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Nucléaire: Téhéran manifeste sa mauvaise humeur à Ankara à propos de la Syrie

05/04/2012 04:28 EDT | Actualisé 04/06/2012 05:12 EDT

La volte-face de l'Iran sur le choix d'Istanbul pour ses prochaines discussions nucléaires avec les grandes puissances illustre l'irritation croissante de Téhéran contre une politique d'Ankara jugée de plus en plus anti-iranienne, estiment analystes et diplomates.

Plusieurs responsables iraniens ont annoncé mercredi que Téhéran souhaitait tenir à Bagdad ou Pékin les discussions prévues les 13 et 14 avril avec les grandes puissances sur son dossier nucléaire controversé, plutôt qu'à Istanbul initialement proposée par l'Iran.

Si le ministère iranien des Affaires étrangères est demeuré vague sur la question, médias et responsables politiques ont justifié le revirement iranien par le soutien turc à l'opposition syrienne au régime de Damas, principal allié de Téhéran dans la région.

"La Turquie est désormais exclue (par) le Parlement et le gouvernement (iraniens)", a expliqué le chef de la Commission des Affaires étrangères au Parlement, Allaeddine Boroujerdi, en affirmant qu'Ankara avait "perdu de fait toute compétence pour accueillir la réunion" sur le nucléaire en raison de "sa position extrémiste et illogique" sur la Syrie.

La Turquie a servi depuis deux ans d'intermédiaire entre Téhéran et les grandes puissances dans le dossier nucléaire. Elle s'est également dissociée des sanctions occidentales contre l'Iran, qui présentait récemment encore Ankara comme l'un de ses partenaires politiques et économiques privilégiés.

Mais la question syrienne empoisonne les relations irano-turques depuis plusieurs mois. Téhéran avait peu apprécié en février les critiques du vice-premier ministre turc Bülent Ariç dénonçant le mutisme iranien face à la répression en Syrie et se demandant si la République islamique était "digne de porter le mot islam".

Mais les dirigeants iraniens semblent avoir été particulièrement irrités par la tenue la semaine dernière à Istanbul d'une conférence des "Amis de la Syrie", qui rassemble 83 pays réclamant un changement de régime à Damas.

Cette rencontre a été vivement critiquée par plusieurs responsables, notamment le président du parlement Ali Larijani, au point qu'Ankara a convoqué mercredi l'ambassadeur d'Iran pour protester.

"Le principal défi dans les relations entre l'Iran et la Turquie est la Syrie", analysait jeudi le quotidien Tehran Emrouz, proche du pouvoir conservateur.

"La partialité de la Turquie et son animosité à l'égard de la Syrie sont la principale raison" du changement iranien sur le lieu des discussions avec les grandes puissances, a estimé de son côté le site officieux Irannuc.ir qui défend les positions de l'Iran dans la crise nucléaire.

Mais ce geste de mauvaise humeur de Téhéran suit aussi l'annonce la semaine dernière par la principale compagnie pétrolière turque d'une réduction de 20% de ses importations de brut iranien pour se plier à l'embargo décrété par les Occidentaux, relève un ambassadeur européen à Téhéran.

Selon des responsables économiques iraniens, certaines banques turques ont également commencé à prendre leurs distances avec l'Iran, notamment pour ses transactions pétrolières devenues de plus en plus compliquées depuis un an du fait des sanctions bancaires occidentales.

La Turquie a aussi durci depuis le début de l'année ses conditions de séjour pour les Iraniens, notamment les étudiants, selon des témoignages concordants.

Le site conservateur Tabnak a dénoncé jeudi "les efforts anti-iraniens de la Turquie et son alignement progressif sur les sanctions occidentales". Il a également critiqué la politique de la Turquie en Irak, jugée hostile au gouvernement chiite de Bagdad soutenu par Téhéran.

L'Iran, estiment plusieurs diplomates européens, n'a toujours pas digéré non plus le feu vert d'Ankara, fin 2011, à l'installation sur son territoire du bouclier antimissile de l'Otan, explicitement destiné à protéger l'Europe contre d'éventuels missiles iraniens.

Les responsables militaires iraniens font régulièrement allusion à cette décision vivement dénoncée par Téhéran, et l'Iran a à nouveau manifesté sa sensibilité en mettant en garde mercredi ses voisins arabes du Golfe contre toute participation à un projet similaire envisagé avec eux par Washington.

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