NOUVELLES

Nord Mali: Iyad Ag Ghali, chef touareg devenu combattant du jihad

05/04/2012 07:07 EDT | Actualisé 05/06/2012 05:12 EDT

Grand vainqueur de l'offensive dans le nord du Mali, le chef charismatique de la communauté touareg, intermédiaire obligé des Occidentaux pour la libération d'otages aux mains d'Al-Qaïda, Iyad Ag Ghali se veut aujourd'hui un combattant "au service de l'islam" contre "les mécréants".

De son vaste désert saharien, il sait presque tout, selon son entourage: les hommes, le climat, l'histoire des Touareg... Originaire de Kidal (nord-est du Mali), près de la frontière algérienne, Iyad Ag Ghaly est un Touareg de la tribu des Iforas, de la fraction des Irayakane.

Plutôt petit, longue barbe noire, visage autoritaire, l'homme est considéré comme un sage, un notable respecté et consulté au sein de sa communauté, qui le surnomme notamment "le lion du désert".

Fils d'éleveurs nomades, passionné de courses de chameaux dans sa jeunesse, Iyad Ag Ghali a été, entre autres, mécanicien, agent administratif en Libye et en Algérie.

C'est au nom des "souffrances" de son peuple qu'il prend les armes d'une rébellion touareg en 1990. Il donne lui-même l'exemple en dirigeant l'assaut, resté célèbre, contre une garnison militaire à Ménaka (extrême est) en 1990, qui marque le début de la révolte.

Chef politique et militaire du Mouvement populaire de l'Azawad (MPA), Ag Ghaly est alors connu pour demander à ses combattants de ne s'attaquer qu'aux symboles de l'Etat et à des cibles militaires.

"Iyad est d'un calme olympien. Il ne panique jamais devant une situation" difficile, raconte un ancien ministre, dont Ghaly a "sauvé un parent" durant le conflit.

L'un des premiers à s'être lancé dans la lutte armée, il est aussi de ceux qui en ont éteint le feu dès janvier 1991, lors de la signature avec l'armée des accords de cessation des hostilités, conclus sous médiation algérienne.

Avec la fin de la rébellion, il décline l'offre d'intégrer l'armée malienne pour se convertir dans les affaires. Il ne fait plus parler de lui sur la scène politico-militaire pendant de longues années.

Jusqu'à l'arrivée au cours des années 2000 dans cette partie du Sahel des islamistes algériens et d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), où il est alors régulièrement sollicité par les services secrets occidentaux pour négocier la libération des otages aux mains des affidés locaux d'Oussama ben Laden.

De cette période, au cours de laquelle il se serait rendu au Pakistan, date sa découverte de la vraie "foi" et sa radicalisation, même si, toujours selon son entourage, Ghaly n'est pas un extrémiste, et reste profondément généreux et hospitalier.

Alors que le Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA), renforcé par l'arrivée de Libye des supplétifs touareg de Mouammar Kadhafi, prépare l'offensive contre l'armée malienne dans le nord, Ag Ghaly joue la discrétion.

Avec les premiers succès des rebelles, Ghaly sort du bois, et s'impose sur le terrain. "Moi, je ne suis pas pour l'indépendance (du nord du Mali). C'est la charia que je veux pour mon peuple", lance-t-il au cours d'une rencontre avec le MNLA après la prise de Tessalit fin janvier.

Avec la capture de Kidal le 30 mars, la rupture est consommée. Si le MNLA et Ansar Dine cohabitent encore dans les dunes, Ag Ghaly et ses "moujahidines" s'affirment comme les vrais maîtres de la ville.

Le scénario est le même pour la mythique Tombouctou. Le MNLA participe à la prise de la "perle du désert", mais est immédiatement évincé par Ansar Dine, désormais ouvertement soutenu par les combattants d'Aqmi, dont trois chefs algériens sont vus aux côtés de Ghaly.

"Tous ceux qui ne sont pas sur la voix d'Allah sont des mécréants (...). Notre combat est le redressement. (...) Nos ennemis sont les mécréants et les polythéistes" comme les "Occidentaux incultes", prêche Ghaly sur les ondes d'une radio locale de Tombouctou.

"Nous devons combattre tous ceux qui s'opposent à l'épanouissement de l'islam. Nous devons les éliminer (...), c'est une guerre sainte que nous devons mener", menace le chef touareg, désormais incontournable homme fort du nord malien, qui peut compter dans sa lutte sur la force de frappe d'Aqmi.

sd-hba/stb/aub

PLUS:afp