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Mali: un groupe rebelle cesse le feu, des civils fuient le Nord

05/04/2012 06:03 EDT | Actualisé 05/06/2012 05:12 EDT

Des centaines de civils fuyaient jeudi le nord du Mali, au lendemain de l'annonce d'un cessez-le-feu unilatéral par un mouvement rebelle touareg, un des nouveaux maîtres de ces régions désertiques accusés d'exactions par la junte militaire au pouvoir depuis deux semaines.

Dans le même temps, le chef des putschistes, le capitaine Amadou Sanogo, poursuivait des discussions avec des émissaires de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), qui a imposé un embargo total au Mali pour contraindre la junte à se retirer du pouvoir.

La Cédéao a également annoncé "la mise en place immédiate de la force d'attente de la Cédéao", entre 2.000 et 3.000 hommes déjà en alerte, dont la mise en place doit être débattue lors d'une réunion de ses chefs d'état-major ouverte jeudi à Abidjan.

Le coup d'Etat contre le régime du président Amadou Toumani Touré, il y a deux semaines, a plongé le pays dans une situation chaotique: des rebelles touareg et groupes islamistes ont pris en fin de semaine dernière le contrôle des trois métropoles du Nord - Kidal, Gao et Tombouctou - sans rencontrer de résistance de la part d'une armée malienne sous-équipée, désorganisée et en déroute, coupant de fait le pays en deux.

Les islamistes d'Ansar Dine, dirigés par le chef touareg Iyad Ag Ghaly, et des éléments d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ont, depuis lors, pris le dessus sur le Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA), qui a annoncé unilatéralement jeudi soir la fin de ses "opérations militaires".

Selon ce mouvement, ce cessez-le-feu tient compte "de la libération complète de l'Azawad", région naturelle considérée comme le berceau des Touareg et dont il revendique l'indépendance, mais aussi "de la forte demande de la communauté internationale".

"En réalité, de ce que l'on sait, le MNLA ne commande rien actuellement" dans le Nord, "c'est Iyad (Ag Ghaly) qui est le plus fort, et il est avec Aqmi", a déclaré à l'AFP une source militaire malienne sous couvert d'anonymat.

C'est la prééminence des islamistes sur le terrain, voulant imposer la charia, qui inquiète la communauté internationale, en particulier l'ONU, les Etats-Unis et la France qui a obtenu mercredi le vote d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU.

Tous ont appelé à un cessez-le-feu et condamné les violences rapportées dans le Nord, qui ont poussé des centaines de personnes à fuir les zones devenues inaccessibles à la presse et aux organisations internationales. De nombreux habitants ont fait état de saccages et pillages à Gao et Tombouctou, et de vandalisme d'ampleur moindre à Kidal.

Quelque 90.000 personnes déplacées qui se trouvaient à Gao, Tombouctou et Kidal, sont "sans assistance", selon Caritas international.

Selon la junte, les nouveaux maîtres du Nord ont commis "de graves violations des droits de l'Homme", dont des viols, particulièrement à Gao. "Ils sont en train de faire toutes sortes d'atrocités, ces gens", a dit jeudi à l'AFP une source militaire proche de la junte.

Selon des témoins, des centaines de civils ont quitté Tombouctou dans la nuit de mercredi à jeudi, essentiellement pour la Mauritanie et le Burkina Faso, pays frontaliers.

Le consulat d'Algérie à Gao a été occupé jeudi par des islamistes armés qui y ont hissé le drapeau salafiste noir et ont arrêté des diplomates algériens, a appris l'AFP auprès de plusieurs témoins. A Tombouctou, trois Occidentaux dont un Français ont été évacués in extremis.

Parallèlement aux négociations avec la Cédéao, d'autres discussions, avec différents acteurs maliens et visant également à trouver une issue à la crise, étaient prévues jeudi à l'initiative de la junte.

Mais une "convention nationale" a été reportée sine die "compte tenu compte des difficultés d'organisation matérielle", a indiqué le colonel Moussa Sinkolo Coulibaly, chef de cabinet du capitaine Sanogo.

Bien avant l'annonce du report, un front anti-junte, rassemblant une cinquantaine de partis politiques et une "centaine" d'associations et organisations syndicales, avait exclu toute participation à la convention.

Une coalition pro-junte, le Mouvement populaire du 22 mars (MP22), a de son côté exhorté la junte "à demeurer ferme et à désormais rejeter entièrement les diktats des impérialistes français et occidentaux".

Le capitaine Sanogo a appelé les Occidentaux à intervenir militairement dans le nord du Mali contre les groupes islamistes armés. Mais la France estime qu'il n'y a pas de "solution militaire" aux revendications des Touareg au Mali et que les pays voisins doivent contribuer à une solution politique, a déclaré jeudi le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé.

En plus de l'embargo de la Cédéao, la junte s'est vu infliger des sanctions par l'Union africaine (UA) et les Etats-Unis, alors que de nombreux pays et organisations ont déjà suspendu leur aide et leur coopération avec le Mali, pays enclavé dépendant en grande partie des contributions de l'étranger, y compris celles de sa diaspora.

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