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Mali: les Touaregs décrètent une trêve, la CEDEAO prépare une intervention

05/04/2012 06:17 EDT | Actualisé 05/06/2012 05:12 EDT

BAMAKO, Mali - Les rebelles touaregs qui ont pris le contrôle des trois principales villes du nord du Mali ont annoncé un cessez-le-feu, jeudi, affirmant avoir atteint leur objectif militaire.

Un porte-parole du Mouvement national de libération de l'Azaouad (MNLA), Moussa Ag Assarid, a précisé que son groupe avait décrété un cessez-le-feu pour permettre la reprise de l'aide humanitaire dans le nord du Mali, où des magasins ont été pillés.

En Côte d'Ivoire, les chefs d'état-major des pays voisins du Mali se sont réunis jeudi pour élaborer leur plan en vue d'une intervention militaire. Le vice-ministre ivoirien de la Défense, Paul Koffi, a indiqué qu'une action militaire était envisagée pour rétablir l'ordre constitutionnel après le coup d'État du 21 mars, et pour préserver l'intégrité territoriale du Mali après l'avancée des rebelles dans le nord.

M. Koffi a demandé aux 15 pays membres de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) de déterminer combien de soldats et quel matériel militaire chaque pays compte envoyer, et d'établir un échéancier.

À Paris, le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a déclaré que la France était prête à aider les forces africaines dans le domaine de la logistique. Le chef d'état-major de l'armée française, l'amiral Edouard Guillaud, s'est rendu au Burkina Faso jeudi pour discuter des détails de l'intervention avec le président burkinabé, Blaise Compaoré.

Depuis lundi, le Mali fait l'objet d'un embargo imposé par la CEDEAO. En conséquence, le pays peine à importer du carburant, entièrement transporté par la route à partir du Sénégal ou de la Côte d'Ivoire. Les pannes d'électricité se multiplient dans la capitale et le courant ne fonctionne que la nuit dans plusieurs quartiers.

Un représentant de l'entreprise nationale d'électricité a déclaré mercredi à la télévision qu'elle ne travaillait qu'à 50 pour cent de sa capacité à cause de l'embargo, et que la situation pourrait empirer. Le gouvernement fournit d'abord de l'électricité aux lieux prioritaires comme les hôpitaux et les installations militaires, a-t-il précisé.

Les rebelles touaregs ont lancé leur insurrection en janvier, affirmant vouloir établir un État touareg indépendant dans le nord du Mali, une région connue sous le nom d'Azaouad. Ils n'avaient pris que de petites villes avant le coup d'État du 21 mars dans la capitale, Bamako.

Dans la confusion qui a suivi le coup d'État, les rebelles ont lancé une nouvelle offensive et ont réussi à s'emparer des capitales des trois principales provinces du nord du Mali. Ils ont pris Kidal vendredi, puis Gao samedi et Tombouctou dimanche.

«Le MNLA a atteint la fin de ses opérations militaires pour la libération du territoire de l'Azaouad», a affirmé le chef du groupe, Moussa Ag Assarid, joint par téléphone à Paris. «Depuis avant-hier, nos unités ont atteint Douentza, que nous considérons comme la frontière de l'Azaouad», a-t-il dit, en référence à cette ville située à environ 600 kilomètres de Bamako. «L'offensive militaire est terminée.»

Le MNLA est le plus important groupe impliqué dans la rébellion, mais il n'est pas le seul. Dans les trois principales villes du nord, les autorités locales ne savent pas très bien quel groupe contrôle la situation. Des observateurs internationaux ont exprimé des inquiétudes quant à la présence d'une faction islamiste appelée Ansar Dine, qui a planté son drapeau noir dans les trois capitales provinciales. Le groupe a annoncé qu'il imposait la loi islamique à Tombouctou, ville historique classée au patrimoine mondial de l'humanité.

Le chef d'Ansar Dine, Iyad Ag Ghali, a déjà été un diplomate en poste au consulat du Mali en Arabie saoudite. À l'époque, il était régulièrement en contact avec l'ambassade des États-Unis à Bamako, selon des documents diplomatiques publiés par WikiLeaks. Pendant des années, il a été un chef rebelle touareg et a joué le rôle d'intermédiaire quand des étrangers ont été enlevés par la filiale d'Al-Qaïda présente dans le nord du Mali. Il serait en contact avec Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), mais il n'aurait pas lui-même participé à des activités terroristes.

Le ministre algérien des Affaires étrangères, Mourad Medelci, a annoncé jeudi que le consul d'Algérie à Gao et les six agents du consulat avaient été enlevés par des inconnus armés.

Ils ont été forcés à sortir du siège de la représentation diplomatique, a dit M. Medelci. Ils sont actuellement «sous la responsabilité de parties que nous ne connaissons pas et conduits vers une destination inconnue», a déclaré le ministre, cité par l'agence de presse officielle algérienne APS.

En Côte d'Ivoire, où étaient réunis jeudi les responsables militaires de la région, le chef d'état-major ivoirien a déclaré que le possible lien entre les rebelles et le terrorisme était une raison suffisante pour envisager une intervention militaire.

«L'avancée du MNLA, associée à des groupes comme AQMI, Ansar Dine et d'autres, donne à l'ensemble de la région des raisons suffisantes de se mettre en garde», a dit le général Soumaila Bakayoko.

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