Grève étudiante : Québec modifie son programme de prêts

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(Radio-Canada.ca) Le gouvernement du Québec va élargir son programme de prêts étudiants et va mettre en place un régime de remboursement proportionnel au revenu, a annoncé jeudi matin le ministre des Finances.

Raymond Bachand a fait cette annonce aux côtés de sa collègue de l'Éducation, Line Beauchamp, lors d'une conférence de presse convoquée à la hâte jeudi matin.

M. Bachand a annoncé qu'à compter de septembre 2012, le régime de prêts n'exigera « aucune contribution parentale [...] jusqu'à un revenu familial de 60 000 $ ». Les prêts pourront couvrir les droits de scolarité, le matériel scolaire et les frais de subsistance.

« Un étudiant dans cette situation, qui est inscrit à 30 crédits pour une année, qui demeure chez ses parents et n'a aucun revenu, recevra une aide totale de 7400 $ par année », a précisé la ministre Beauchamp.

Les enfants des couples gagnant jusqu'à 100 000 $ auront aussi accès au programme, mais seulement pour couvrir les droits de scolarité et le matériel scolaire. Selon le gouvernement, ce montant sera de 4525 $ pour 30 crédits en 2016-2017, l'année où la hausse des droits de scolarité de 1625 $ sera complète.

À l'heure actuelle, les enfants dont les parents gagnent plus de 60 000 $ n'ont pas droit à des prêts étudiants. Québec estime que cet élargissement « majeur » de son programme de prêts pourrait profiter à environ 50 000 étudiants supplémentaires.

Les étudiants qui ont terminé leurs études pourront quant à eux rembourser leurs prêts en fonction de leur revenu à compter de l'automne 2013. Le ministre Bachand argue que l'idée de rembourser les prêts « à un rythme qui dépend de la capacité financière » de chacun est une mesure « très progressiste ».

Cet élargissement du programme de prêts n'entraînera « aucun coût additionnel pour le contribuable québécois », a affirmé le ministre Bachand. « On parle d'un coût qui s'échelonne graduellement jusqu'à 20-21 millions de dollars par année. Ce qu'on demande, c'est aux universités d'augmenter leurs efforts pour aller chercher de la philanthropie », a-t-il dit.

La ministre Beauchamp affirme que le gouvernement est « pleinement conscient » que les leaders étudiants rétorqueront que la modification annoncée au programme de prêts ne répond pas à leurs demandes.

« Les leaders étudiants veulent nous amener autour d'une table pour parler de la gratuité du diplôme universitaire ou encore du gel des droits de scolarité. Les étudiants veulent qu'on parle de leur contribution en disant : "ma facture, je ne veux pas la prendre, refilez-la à quelqu'un d'autre". Pour nous, ce ne sera jamais une bonne base de discussion. L'étudiant universitaire doit faire sa juste part », a-t-elle fait valoir.

Le ministre Bachand a dit que le gouvernement est passé à l'action, même sans avoir discuté au préalable avec les étudiants. « Nous avons entendu, nous avons attendu, et il n'y a personne pour s'asseoir avec nous pour discuter, donc nous avons décidé comme nous devons le faire », a-t-il affirmé.

« Nous nous attendons à ce que les étudiants retournent en classe, pour ceux qui ne sont pas déjà en classe, car la majorité y est déjà », a pour sa part déclaré le premier ministre Jean Charest à son entrée à l'Assemblée nationale.

Des propositions accueillies froidement

La présidente de la Fédération universitaire du Québec, Martine Desjardins, a réagi froidement à l'annonce. Si elle salue l'élargissement du programme, elle n'en croit pas moins que le problème de l'endettement des étudiants demeurera entier. Elle assimile l'annonce gouvernementale à une « procédure préélectorale ».

« Je ne pense pas que ça va être suffisant pour convaincre les étudiants », a indiqué le président de la Fédération des étudiants collégiaux du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin. « On ne propose pas de modifications aux droits de scolarité, [il n'y a] rien sur la mauvaise gestion universitaire, on propose d'augmenter la dette des étudiants et de leur famille, et ça, ce n'est pas très intéressant ».

Le porte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), Gabriel Nadeau-Dubois, souligne pour sa part que le discours du gouvernement est empreint de contradictions.

« L'endettement des étudiants et étudiantes, ce n'est pas une solution, c'est un problème. Les gens ne vont pas à l'université parce qu'ils sont effrayés à l'idée d'une dette de 20 000 $, 25 000 $, 30 000 $. La ministre nous propose un endettement supplémentaire comme une solution à l'accessibilité », déplore-t-il.

« D'un côté, on impose, sans consultation préalable, une hausse des frais de scolarité de 75 %, de manière obligatoire, et de l'autre côté, on demande aux entreprises une contribution philanthropique, et donc volontaire, qu'on estime à 20 millions de dollars », ajoute Gabriel Nadeau-Dubois.

Le porte-parole de la CLASSE soutient que les annonces du gouvernement ne répondent pas aux raisons pour lesquelles les étudiants sont en grève, mais que le sujet sera néanmoins présenté par les associations étudiantes à leurs membres en assemblée générale.

Entre-temps, les quelque 200 000 étudiants québécois qui débraient pour contester la hausse des droits de scolarité de 1625 $ sur cinq ans décrétée par le gouvernement Charest continuent de manifester dans plusieurs villes du Québec, jeudi, malgré le risque que leur session soit compromise.

Certains étudiants en sont à leur 52e journée de débrayage, soit autant que lors de la précédente grande grève, en 2005. Ce conflit, qui portait sur des compressions au programme de prêts et bourses, s'était terminé par une entente négociée.

D'autres réactions en bref

Selon la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec( CREPUQ), les mesures annoncées par le gouvernement « contribueront à assurer davantage l'accessibilité à une formation de qualité ». Le financement du nouveau mécanisme de remboursement des prêts sera cependant puisé à même le Plan de financement des universités québécoises, note-t-elle, de sorte que les universités devront « faire un effort supplémentaire pour compenser cet impact ».

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) se dit « extrêmement déçue » des « propositions » du gouvernement parce qu'elles « ne tiennent pas compte des revendications » des étudiants au sujet de la gestion et du financement des universités. L'approche du gouvernement, dit-elle, constitue « davantage une bonne nouvelle pour les banques plutôt que pour les étudiantes et les étudiants puisque ce sont les banques qui bénéficieront d'une hausse de l'endettement étudiant par l'augmentation des prêts ».

La Confédération des syndicats nationaux (CSN) souligne que l'annonce du gouvernement « démontre qu'il est possible de discuter de solutions différentes de celles décidées sans débat ». Elle croit toutefois qu'il faut « distinguer dans l'accessibilité l'impact des prêts et bourses et celui des droits de scolarité ». La CSN demande au gouvernement de suspendre la hausse des droits de scolarité pour laisser place à un débat constructif sur le sujet.

« Moi je pense que M. Charest doit faire preuve de leadership. Il doit inviter les étudiants à discuter. », a pour sa part déclaré le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault. « Mais je pense qu'il y a deux choses qui doivent être mis sur la table: une bonification des prêts et bourses, mais aussi, une façon de mieux gérer les fonds des universités. »

Pas question de bouger sur les droits de scolarité

À l'Assemblée nationale, mercredi, la ministre Beauchamp n'avait donné aucun signe qu'elle était prête à revoir la hausse des droits de scolarité, que le ministre Bachand a annoncée dans son budget de mars 2011.

« Nous sommes fermes sur la question de la hausse des droits de scolarité. D'ailleurs nous avons des appuis. Nous avons un fort appui dans l'opinion publique, on a des appuis à l'Assemblée nationale du Québec », a-t-elle dit.

La ministre de l'Éducation avait aussi souligné qu'en tenant compte d'un crédit d'impôt applicable aux droits de scolarité, la hausse serait en fait de 230 $ par année au cours des cinq prochaines années, pour un total de 1150 $.

Mme Beauchamp a par ailleurs mis de la pression sur les étudiants en arguant que le réaménagement de la session des grévistes deviendra de plus en plus compliqué si le conflit persiste après Pâques.

« Il n'y a pas de date précise », pour sauver la session, a pour sa part soutenu le président-directeur général de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec, Daniel Zizian. « Ça dépend de chacun des départements, mais plus on avance, plus il y a de risque effectivement que des cours soient suspendus, c'est-à-dire reportés à une autre session, ou annulés. »

« À la limite extrême, on pourrait reporter une fin de session vers la mi-août, mais ça aurait un impact sur la session d'automne. Mais c'est sûr que ce n'est pas ce scénario-là qu'on envisage », affirme de son côté Jean Beauchesne, président-directeur général de la Fédération des cégeps.

De son côté, la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ) a pressé le gouvernement de faire une proposition aux étudiants pour mettre fin à la grève et éviter que la session soit compromise.

La FNEEQ croit qu'un moratoire d'un an sur la hausse des droits de scolarité et la tenue d'un véritable débat public sur l'éducation seraient accueillis favorablement par les étudiants et pourraient mettre fin à leurs moyens de pression.

Les professeurs de cégep et les chargés de cours de la FNEEQ se disent prêts à faire preuve de souplesse pour que leur session soit sauvée, mais ils tiennent aussi à ce que leur convention collective soit respectée. Si les grèves persistent au-delà de la mi-avril, il sera extrêmement difficile de trouver des compromis.

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