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Le Niger redoute les répercussions de la crise au Mali voisin

05/04/2012 08:28 EDT | Actualisé 05/06/2012 05:12 EDT

Le Niger redoute les répercussions de la crise au Mali voisin, où combattants touareg et islamistes armés se sont emparés du nord du pays, certains responsables craignant même une "contagion" de la rébellion sur son sol.

En proie dans le nord, comme le Mali, à des rébellions touareg dans les années 1990 puis 2000 et depuis plusieurs années aux activités d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), le Niger est concerné au premier chef par le conflit chez son voisin, qui l'a déjà obligé à redoubler de vigilance.

"Nos forces ont renforcé leur présence près de la frontière du Mali et des surveillances aériennes sont assurées 24H/24", a déclaré jeudi à l'AFP un officier en poste à Arlit, zone d'extraction d'uranium près d'Agadez, la grande ville du nord du pays désertique.

Des hélicoptères militaires sont "opérationnels" et les autorités vont acheter "de nouveaux avions militaires", a affirmé mercredi devant l'Assemblée le Premier ministre Brigi Rafini, lui-même Touareg, lançant "un appel pressant" à l'unité pour préserver un "climat de paix et de sécurité" au Niger.

Il répondait à l'opposition qui dénonce "l'inertie et l'incapacité du régime" du président Mahamadou Issoufou dans le nord face aux "risques de contagion" du conflit malien et réclame une "large concertation" dans le pays.

Les jeunes ex-combattants nigériens de la rébellion de 2007-2009 représentent de l'avis général l'un des principaux dangers.

"Nous ne les contrôlons plus, ils sont libres, certains pourront être tentés d'aller monnayer leurs services au Mali", avertit Mohamed Wagaya, porte-parole du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ, ex-rébellion).

"Le pire est à craindre", le climat dans le nord du Niger est "délétère", alerte Boutali Tchiwiren, ancien porte-parole d'une dissidence du MNJ, soulignant que "les ex-rebelles se sentent trahis, abandonnés".

Une intervention militaire de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) engendrerait "d'énormes risques de déstabilisation", met-il en garde: "nous avons la même origine avec nos frères du Mali, c'est le même sang qui coule dans nos veines, on ne peut donc pas présager de la réaction (des Touareg du Niger) si la Cédéao lance son offensive au Mali".

Pour exorciser le syndrome malien, des chefs touareg ont mené ces dernières semaines des tournées de sensibilisation dans le nord du Niger.

Mais beaucoup soulignent que la situation du Niger est différente de celle du Mali.

"Nous avons un Premier ministre touareg, nos régions sont administrées par nos frères. Contre qui va-t-on alors se révolter?", explique Mansour Elias, Touareg d'Agadez et étudiant à Niamey.

Les principaux chefs des anciens mouvements rebelles ont été intégrés dans l'appareil d'Etat, en particulier pour gérer le nord, depuis l'arrivée au pouvoir du président Issoufou en 2011.

Figure emblématique des rébellions touareg au Niger, Rhissa Ag Boula, devenu conseiller du président, jugeait fin janvier, soit une quinzaine de jours après me début de la nouvelle rébellion au Mali, que les Touareg maliens empruntaient une voie sans issue.

"Comment les frères touareg du Mali vont-ils créer une République touareg sans nous, sans les Touareg d'Algérie, sans ceux de Libye et du Burkina Faso?", interrogeait-il.

"Entre les rebelles laïques du MNLA et les islamistes radicaux, nous ne nous sentons pas concernés en tant que Touareg", assure aussi Attahir Mohamed, un notable d'Agadez.

Le chef du groupe islamiste malien Ansar Dine, Iyad Ag Ghali, fut une figure de la rébellion des années 1990 au Mali. Sous son influence, les Touareg du Niger s'étaient soulevés en 1991-1995 pour exiger une meilleure répartition des revenus de l'uranium.

"A cette époque, ajoute M. Mohamed, il s'agissait de la défense pure et simple des intérêts des Touareg, de leur survie et non pas de religion ou de sécession".

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