NOUVELLES

Le cinéaste français Claude Miller est décédé à l'âge de 70 ans

05/04/2012 04:34 EDT | Actualisé 04/06/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - Claude Miller était un cinéaste de l'intimiste, un passionné qui adorait le Québec et qui aurait pu faire encore tellement d'autres films si la mort ne l'avait pas emporté, jeudi, à l'âge de 70 ans.

C'est ainsi que le comédien Yves Jacques décrit celui avec qui il a travaillé dans sept films et qui est devenu, au fil des ans, un ami.

L'acteur québécois se souvient encore de sa première rencontre avec le cinéaste, il y a de nombreuses années. Miller l'avait vu jouer au Théâtre National de Chaillot et il avait beaucoup aimé sa performance.

Yves Jacques a d'abord travaillé avec le réalisateur pour «La classe de neige» (1998) et a participé à presque tous ses films par la suite.

«"La classe de neige" a remporté le prix du jury à Cannes et à partir de ce moment-là, il a toujours dit que je lui portais bonheur», s'est remémoré Jacques en riant.

Le comédien ne tarissait pas d'éloges, jeudi matin, au sujet de celui qu'il considère comme son «grand frère du cinéma français» et qui était, croit-il, «l'un des derniers vrais cinéastes d'auteur».

«C'est le cinéaste de l'intimiste. Il n'aimait pas la mièvrerie, tout ce qui était entendu, s'est-il rappelé. Il aimait bien la vérité, une vérité cruelle même par moment. (...) Ce n'était pas un cinéaste qui parlait beaucoup, c'est un cinéaste qui laissait entendre des choses, ce que j'aime beaucoup.»

Le comédien a par ailleurs insisté sur l'amour que Miller portait au Québec.

«Il adorait le Québec, il voulait même se faire soigner ici quand il a su qu'il était malade et on lui a conseillé de le faire plutôt dans son pays, a-t-il confié. Sur les trois coproductions qu'on a faites, ce qu'il aimait, c'était tout ce qui était (fait en) post-production ici, loin de la hiérarchie française. Il a tissé beaucoup de liens avec des producteurs et des techniciens d'ici.»

Yves Jacques aura travaillé avec Miller jusqu'à la fin, apparaissant dans le dernier film du réalisateur, «Thérèse Desqueyroux», qui doit prendre l'affiche en novembre, en France. Il y tient le rôle de l'avocat du personnage d'Audrey Tautou.

Jeudi, le Festival des films du monde de Montréal (FFM) a confirmé avoir déjà approché le producteur de «Thérèse Desqueyroux» dans l'espoir d'inscrire le film à sa programmation, cet été.

«C'est avec une profonde tristesse que j'ai appris la disparition de Claude Miller, qui a très souvent offert ses films au FFM et dont il a présidé le jury», a souligné le président du FFM, Serge Losique, précisant que le cinéaste est «un ami personnel, ainsi que du FFM et de Montréal en général».

La maison de production de Claude Miller, Les Films du 24, a annoncé la mort du cinéaste, survenue dans la nuit de mercredi à jeudi. Les causes du décès n'ont pas été précisées.

Né le 20 février 1942 à Paris, diplômé de l'Institut des hautes études cinématographiques, Claude Miller avait d'abord été l'assistant de Marcel Carné, Robert Bresson, François Truffaut, Jacques Demy et Jean-Luc Godard, avant de passer lui-même à la réalisation. Son premier long métrage, «La meilleure façon de marcher», avec Patrick Dewaere et Patrick Bouchitey, sort en 1976.

Il réalise ensuite «Dites-lui que je l'aime» (1977) et remporte en 1982 le César du meilleur scénario original pour «Garde à vue», avec Lino Ventura, Michel Serrault et Romy Schneider. On lui doit aussi notamment «Mortelle randonnée» (1982), «L'Effrontée» (1985, prix Louis Delluc, un film qui révéla Charlotte Gainsbourg, César du meilleur espoir féminin), «La petite voleuse» (1988), «Le sourire» (1994), «La petite Lili» (2003) et «Un secret» (2007).

En France, les réactions ont été nombreuses à l'annonce du décès du réalisateur.

«Véritable humaniste, Claude Miller était parvenu à réconcilier le public et la critique autour de ses explorations à la fois minutieuses, inquiètes mais bienveillantes, des méandres de l'âme humaine», a souligné le président Nicolas Sarkozy. Il a rendu hommage à celui qui «a filmé comme personne l'enfance et l'adolescence, avec une prédilection pour les récits initiatiques comme "L'Effrontée", qui révéla Charlotte Gainsbourg en 1985, ou "La Petite Voleuse"».

«La littérature était son autre source d'inspiration et il s'était fréquemment emparé de romans qu'il avait adaptés librement à l'écran, comme "La classe de neige", d'après Emmanuel Carrère, couronné par le Prix du Jury à Cannes en 1998, "La Petite Lili", tiré de Tchekhov, ou "Un secret", inspiré du roman autobiographique de Philippe Grimbert, a noté le chef d'État dans un communiqué diffusé par l'Élysée. L'adaptation du roman de François Mauriac, "Thérèse Desqueyroux", que Claude Miller venait de réaliser, témoigne encore du rôle joué par la littérature dans son oeuvre.»

Les cinéastes de l'ARP (Société civile des Auteurs Réalisateurs Producteurs), dont Claude Miller a été président de 1997 à 1999, ont salué la disparition d'un réalisateur «de talent, cinéphile et curieux». «"La meilleure façon de marcher", "Dites-lui que je l'aime", "Garde à vue", "L'effrontée", "La classe de neige", "La petite Lili", "Un secret", "Je suis heureux que ma mère soit vivante", jusqu'à son dernier film encore inédit "Thérèse Desqueyroux"... auront signé une filmographie à la fois populaire et exigeante, révélant un vrai regard d'auteur», ont-ils précisé dans un communiqué.

La Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) a pour sa part rendu hommage à un «découvreur de talents» qui avait notamment dirigé Patrick Dewaere, Christine Pascal, Miou-Miou, Isabelle Adjani, Gérard Depardieu, Michel Serrault, Romy Schneider, Charlotte Gainsbourg, Jean-Pierre Marielle, Nicole Garcia, Ludivine Sagnier et Julie Depardieu. «Son travail avec les acteurs caractérise la qualité de sa mise en scène», a souligné la SACD dans un communiqué.

Eric Garandeau, le président du Centre national du cinéma et de l'image animée, a quant à lui salué, dans un communiqué, un réalisateur «enthousiaste», «engagé, attentif à la santé du cinéma français et à la formation des jeunes créateurs, que ce soit comme membre de la Commission cinéma de la SACD, président de la Fémis, de l'ARP ou du réseau de salles Europa Cinémas».

PLUS:pc