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Un tribunal marocain refuse de libérer un rappeur critique envers la monarchie

04/04/2012 11:59 EDT | Actualisé 04/06/2012 05:12 EDT

CASABLANCA, Maroc - Un tribunal de Casablanca a refusé mardi d'accorder la liberté provisoire au rappeur marocain Mouad Belghouat, alias Lhaqed («L'enragé»). Le jeune homme a été arrêté le 29 mars, après une plainte de la Direction générale de la sûreté nationale l'accusant de porter atteinte à l'image de la police. Le procès a été reporté au 16 avril.

La police accuse le rappeur d'avoir posté une chanson sur Internet avec des photos portant atteinte à la réputation des policiers. Lors de la deuxième audience tenue mercredi, le procureur général a affirmé devant les juges que le rappeur avait reconnu les accusations portées contre lui.

Selon ses avocats, Lhaqed reconnaît avoir chanté la chanson, mais il affirme que le montage de photos qui accompagne la vidéo provient d'un internaute anonyme.

«Dans la chanson, Mouad accuse certains policiers de corruption, ce n'est pas un scoop, tout le monde le dit et les organisations internationales le confirment», a expliqué Larbi Chentoufi, avocat de la défense. «Il s'agit d'un procès politique. Lhaqed est devant les juges pour ses opinions», a-t-il estimé.

Lhaqed a crié «Vive le peuple» avant de quitter la salle d'audience.

Des dizaines de militants se sont rassemblés au tribunal après le procès pour demander sa libération. La police les a dispersés à coups de matraque.

Il s'agit de la deuxième arrestation de ce rappeur marocain, membre du Mouvement du 20 février, qui manifeste pour des réformes politiques profondes au Maroc depuis le début du Printemps arabe.

Condamné à quatre mois de prison pour «agression avec coups et blessures contre un manifestant pro-régime», il a été libéré le 12 janvier dernier après une grande mobilisation nationale et internationale.

Lhaqed est un ouvrier et un rappeur amateur. Il vit dans un quartier très pauvre de Casablanca, la capitale économique du Maroc. Il est connu dans les milieux militants pour ses chansons très critiques vis-à-vis du roi Mohamed VI, où il dénonce notamment la fortune royale.

À l'instar des autres pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, le Maroc a connu des manifestations populaires réclamant des réformes politiques profondes. Le roi Mohamed VI a proposé des réformes constitutionnelles, qui accordent plus de pouvoir au chef du gouvernement. La nouvelle Constitution a été approuvée par une majorité écrasante lors d'un référendum organisé le 1er juillet 2011. Un parti islamiste a gagné les élections législatives anticipées organisées après la réforme constitutionnelle.

Les manifestations continuent malgré l'installation du nouveau gouvernement. Les réformes sont jugées «cosmétiques» par l'opposition, qui leur reproche de ne pas toucher pas à l'essentiel des pouvoirs presque absolus du roi.

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