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Mali: les rebelles islamistes imposent la charia à Tombouctou

04/04/2012 08:09 EDT | Actualisé 04/06/2012 05:12 EDT

BAMAKO, Mali - La faction islamiste qui s'est emparée de Tombouctou, dans le nord du Mali, a annoncé qu'elle imposait la loi islamique dans la ville, ont rapporté des responsables de la cité historique mercredi.

Les rebelles touaregs du nord du Mali ont tiré avantage de l'instabilité créée par le coup d'État perpétré par des soldats mutins le 21 mars dans la capitale, Bamako. Ils ont pris le contrôle de plusieurs villes stratégiques du nord, dont Tombouctou, à plus de 1000 kilomètres de la capitale. La rébellion touareg comprend des factions laïques qui réclament l'indépendance, ainsi qu'une aile islamiste appelée Ansar Dine.

Le maire de Tombouctou, Ousmane Halle, a expliqué que le chef d'Ansar Dine avait convoqué les imams de la ville mardi pour annoncer que la charia serait désormais appliquée.

Selon M. Halle, les imams de cette ville connue pour son pluralisme religieux et son interprétation modérée de l'islam avaient trop peur du chef islamiste pour s'opposer à sa décision. Mais il a déclaré que la communauté n'accepterait pas que les femmes se fassent imposer le port du voile.

Kader Kalil, directeur d'une station de radio communautaire qui a couvert la réunion et qui a rencontré le chef d'Ansar Dine, Iyad Ag Ghali, a confirmé que la loi islamique avait été imposée à Tombouctou.

Il a précisé que les femmes devaient porter le voile, que les voleurs seraient punis en se faisant couper la main et que les personnes jugées coupables d'adultère seraient lapidées.

Dans une démonstration de force, les rebelles islamistes ont parcouru la ville à bord d'un véhicule blindé de transport de troupes mercredi. Leur drapeau noir était hissé bien en évidence sur le canon du véhicule.

Plus de 90 pour cent des quelques 300 chrétiens de Tombouctou ont fui la ville depuis qu'elle est passée sous le contrôle des rebelles dimanche, selon le prêtre baptiste Nock Ag Info Yattara, qui a trouvé refuge à Bamako. Il a affirmé que tous les membres de sa congrégation, présente à Tombouctou depuis les années 1950, avaient quitté la ville.

«Nous ne pouvons vivre ainsi», a-t-il dit.

La milice Ansar Dine serait alliée à une faction d'Al-Qaïda présente dans la région, qui a déjà enlevé 50 Occidentaux depuis 2003, dont le diplomate canadien Robert Fowler au Niger.

«Le problème, c'est que nous ne savons pas qui dirige notre ville», a dit le maire Ousmane Halle, en expliquant que la faction islamiste avait pris le contrôle du camp militaire, tandis que les rebelles laïques ont pris l'aéroport.

«Je déplore le départ de la communauté chrétienne. Plusieurs m'ont dit qu'ils étaient obligés de partir. Et ils ont raison. Je ne peux garantir leur sécurité. Et ce sont des gens qui vivent à nos côtés depuis des siècles.»

Le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné mercredi le coup d'État militaire au Mali et a appelé au retour immédiat de l'ordre constitutionnel. Le Conseil a aussi appelé les rebelles qui ont pris le contrôle du nord du pays à cesser les violences.

«Le Mali n'a jamais vécu une telle situation», a dit l'ambassadeur malien aux Nations unies, Omar Daou. «Notre peuple est divisé. Notre pays est menacé de partition. Le nord du Mali est occupé par des rebelles touaregs et des salafistes. Des centaines de milliers de réfugiés et de personnes déplacées vivent présentement dans des conditions inimaginables.»

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