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Libye: à Zouara, les habitants disent combattre pour leur "dignité"

04/04/2012 12:26 EDT | Actualisé 04/06/2012 05:12 EDT

Des avions militaires survolent l'ouest libyen. Le nouveau régime semble vouloir signaler sa présence, sans décourager pour autant les combattants amazighs de Zouara, entre Tripoli et la frontière tunisienne, qui préparent leurs armes pour une nouvelle journée de combats.

Sur la ligne de front, séparant la ville de Zouara des localités rivales de Regdaline et Jamil, les combats font rage depuis lundi, faisant plus d'une vingtaine de morts et des dizaines de blessés.

Marginalisés sous l'ancien régime de Mouammar Kadhafi, les habitants de Zouara se disent "déterminés" à combattre jusqu'à ce que leurs rivaux déposent les armes.

La trêve de douze heures, durant lesquelles les rivaux ont refusé de remettre leurs armes aux autorités comme l'exigent les Zouaris, a pris fin vers midi.

Armes légères, lance-roquettes, canons anti-aériens sont nettoyés, graissés. Les positions fortifiées, les snipers prennent position. Des tirs sporadiques sont d'abord entendus, avant que les combats ne s'intensifient à nouveau.

"Nous combattons pour nos droits. Ces gens ont spolié nos terres (sous l'ancien régime) et nous ont combattu durant la révolution" libyenne, affirme Suleiman Al-Houch, 56 ans, venu s'encquérir de la situation sur le front.

"Le gouvernement nous propose des solutions superficielles. Il n'a pas le courage de s'attaquer aux racines de ces violences", estime-t-il.

Les combats entre les villes rivales ont éclaté après que les habitants de Jamil et Regdaline ont enlevé plus de vingt ex-rebelles qui étaient de passage dans leur région, à une centaine de km à l'ouestd e Tripoli.

Après l'intervention du nouveau régime, ces hommes qui étaient chargés de surveiller la frontière tunisienne sur ordre des autorités, ont été libérés après avoir été torturés et dépouillés de leurs armes, selon les habitants de Zouara qui affirment avoir été touchés dans leur "dignité".

"Pour Zouara, les combats sont d'abord pour la dignité mais aussi pour la défense de notre Etat, dans la mesure où les hommes kidnappés travaillaient sous ordre du ministère de la Défense", affirme Fethi Ben Khlifa, président du Congrès mondial amazigh, originaire de Zouara.

"Les autorités veulent faire croire que les combats sont liés à des conflits tribaux. Alors que le problème est plus profond. Et il ne faut pas oublier que ces gens (de Regdaline et Jamil) ont soutenu Kadhafi jusqu'au bout", estime-t-il.

"Ce sont tous des milices de Kadhafi qui n'ont fait que retirer le drapeau vert (de l'ancien régime) et de le remplacer par celui de la révolution", lance Riadh Mansour, une jeune artiste de la ville.

A Zouara, la plupart des boutiques ont fermé. "Pas par peur. C'est parce qu'ils sont tous sur le front", explique Mahmoud, 60 ans, qui demandait des nouvelles du front auprès de ses voisins de centre ville.

Sur le front, dans une maison touchée la veille par un obus, des morceaux de chair sont toujours collés sur les murs et des traces de sang sont visible sur le sol.

"Un jeune a été touché hier. Il a perdu sa jambe", déplore Osman, un jeune de 30 ans qui réside à Tripoli, mais qui est venu "tout de suite" dans sa ville d'origine comme beaucoup d'autres Zouaris pour "défendre" les leurs.

Selon lui, les habitants de la ville sont propriétaires de plusieurs fermes et terrains situés dans les environs de Regdaline et Jamil, auxquels ils n'ont plus accès depuis le début de la révolution en février 2011.

"Ils nous ont étouffés durant toute la révolution. La moitié des hommes de ces villes sont recherchés pour crimes de guerre. Nous avons les listes des noms de tous ceux qui ont participé aux côtés des brigades de kadhafi. Mais le gouvernement ne fait rien pour les arrêter ou même de les désarmer", déplore-t-il.

ila/hj

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