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Le suicide d'un retraité en plein centre d'Athènes bouleverse la Grèce

04/04/2012 06:12 EDT | Actualisé 04/06/2012 05:12 EDT

ATHÈNES, Grèce - Un retraité grec s'est suicidé par balle mercredi matin sur une place publique du centre d'Athènes, laissant une note où il explique son geste par les graves problèmes économiques que traverse le pays.

Quelques heures plus tard, plus de 1500 manifestants se sont réunis sur la place en accusant les politiciens de pousser la population vers le désespoir avec les réductions budgétaires radicales mises en place pour que la Grèce obtienne des plans de sauvetage internationaux.

De légers affrontements ont éclaté entre les manifestants et la police, qui a utilisé une petite quantité de gaz poivre pour repousser de jeunes manifestants qui leur lançaient des bouteilles d'eau.

À l'heure de pointe mercredi matin, un pharmacien âgé de 77 ans a sorti un pistolet et s'est tiré une balle dans la tête près d'une sortie de métro du centre d'Athènes où se trouvaient des milliers de personnes, selon la police. L'incident s'est produit sur la place Syntagma, face au parlement grec, qui est le point central des manifestations publiques à Athènes.

La police a indiqué qu'une note manuscrite avait été découverte sur le corps du pharmacien à la retraite, dans laquelle l'homme explique son suicide par la crise de la dette.

Selon le texte de la note publié par des médias grecs, l'homme a déclaré que le gouvernement ne lui permettait pas de survivre avec les prestations de retraite pour lesquelles il a contribué pendant 35 ans.

«Je ne vois pas d'autre solution qu'une fin digne avant de commencer à fouiller dans les poubelles pour trouver de la nourriture», disait la note, selon les médias grecs. La police n'a pas voulu confirmer l'authenticité du message.

Le suicide a bouleversé l'opinion publique et s'est rapidement immiscé dans le débat politique. Le premier ministre et les chefs des deux partis qui appuient la coalition au pouvoir ont exprimé leur chagrin.

«Un pharmacien devrait pouvoir vivre confortablement avec sa pension de retraite», a dit Vassilis Papdopoulos, porte-parole d'un mouvement citoyen opposé aux mesures d'austérité qui a organisé la manifestation. «Qu'il ait atteint le point du suicide à cause des difficultés économiques a une grande signification. Cela montre à quel point le tissu social se désintègre.»

La Grèce dépend des prêts internationaux depuis mai 2010. Pour les obtenir, le gouvernement a mis en place de difficiles mesures d'austérité et coupé les salaires et les prestations de retraite, tout en augmentant les taxes. Les mesures ont aggravé la récession et provoqué des milliers de pertes d'emploi. Un Grec sur cinq est désormais au chômage.

«En tant que Grec, je suis véritablement choqué», a dit Dimitris Giannopoulos, un médecin d'Athènes, avant la manifestation. «Je suis choqué parce que je vois que (le gouvernement) détruit ma dignité (...) et la seule chose dont il se soucie, ce sont les comptes bancaires.»

La Grèce a assisté à une augmentation du nombre de suicides depuis deux ans, une période pendant laquelle le pays s'est plusieurs fois retrouvé au bord de la faillite.

La police n'a pas rendu public le nom du pharmacien et a donné peu de détails à son sujet.

Mercredi soir, des dizaines de messages avaient été épinglés sur l'arbre sous lequel le corps du pharmacien a été trouvé.

«C'était un meurtre, pas un suicide», «L'austérité tue», pouvait-on lire.

Des centaines de manifestants ont marché de la place Syntagma jusqu'au parlement en scandant «Ce n'est pas un suicide, c'est un meurtre perpétré par l'État» et «Le sang coule et veut sa revanche».

L'organisateur de la manifestation, Vassilis Papdopoulos, a estimé que le suicide du pharmacien montrait que les Grecs n'en peuvent plus de l'austérité.

«Ce suicide est de nature politique et porte une grande charge symbolique. Ce n'est pas comme un suicide à la maison», a-t-il dit lors d'une entrevue téléphonique. «Il y a avait une note de suicide politique et cela s'est produit devant un lieu clairement politique, le parlement, où les mesures d'austérité ont été approuvées.»

Le premier ministre Loucas Papademos a diffusé un communiqué au moment où les manifestants se rassemblaient sur la place Syntagma.

«Il est tragique que l'un de nos compatriotes mette fin à sa vie», a-t-il dit. «En ces temps difficiles pour notre société, nous devons tous soutenir ceux d'entre nous qui sont désespérés.»

Le porte-parole du gouvernement, Pantelis Kapsis, a qualifié l'incident de «tragédie humaine» mais a estimé qu'il ne devait pas s'inscrire dans le débat politique.

Le chef du Parti socialiste, Evangelos Venizelos, a déclaré que le suicide était si troublant qu'il rendait «tout commentaire politique inconvenant».

«Réfléchissons sur l'état du pays et sur notre société en termes de solidarité et de cohésion», a dit M. Venizelos, qui a été ministre des Finances pendant huit mois avant de démissionner pour diriger le Parti socialiste.

Le chef du Parti conservateur, Antonis Samaras, a estimé que la tragédie mettait en évidence l'urgence de sortir la Grèce de la crise.

«Malheureusement, ce n'est pas le premier (suicide). Ils ont atteint un niveau record», a-t-il dit.

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