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Le Sénat adopte C-19 qui met fin au registre des armes de chasse

04/04/2012 04:32 EDT | Actualisé 04/06/2012 05:12 EDT

OTTAWA - Chose promise, chose faite: le Sénat venant d'adopter mercredi le projet de loi qui vise à abolir le registre des fusils de chasse, les conservateurs peuvent se targuer d'avoir respecté l'une de leurs principales promesses électorales.

Par un compte de 50-27, les sénateurs ont voté pour mettre fin au registre, établi en 1995.

Trois sénateurs libéraux et un indépendant ont voté avec les conservateurs pour adopter C-19, sous les cris d'approbation et les applaudissements de leurs collègues assis en face d'eux.

Forts de leur majorité à la Chambre haute, les sénateurs conservateurs étaient certains de pouvoir liquider le registre qu'ils jugent inefficace et considèrent comme un gaspillage de fonds publics.

Non seulement le registre ne sera plus que chose du passé, mais toutes les données sur les enregistrements des armes seront détruites.

«C'est un édifice qui vient d'être démoli. D'un simple vote», a déploré Nathalie Provost, une survivante de la tuerie de l'École Polytechnique, où 14 jeunes femmes ont été abattues.

Pour elle comme pour bien d'autres, la journée a rayé d'un trait le fruit de leurs nombreux efforts pour mettre sur pied le registre, justement dans la foulée du massacre de 1989.

Mais pour les conservateurs, il s'agissait de l'aboutissement satisfaisant de nombreuses tentatives législatives pour se débarrasser du registre.

Aux Communes mercredi, les députés conservateurs ont chaudement applaudi, ovation debout, la députée Candice Hoeppner qui s'est levée pour annoncer que le vote final sur C-19 aurait lieu le jour même.

«Nous comptons tous les heures avant le moment où les Canadiens respectueux des lois n'auront plus besoin d'enregistrer leurs armes d'épaule», a-t-elle déclaré, tout sourire.

L'opposition a déploré la disparition du registre, faisant écho à ceux qui ont aidé à le mettre en place.

La Coalition pour le contrôle des armes, présumant déjà de l'issue du vote, s'était dite atterrée peu avant.

Selon elle, le gouvernement a clairement ignoré les recommandations émises par la majorité des Canadiens, incluant les victimes de violence par armes à feu, les groupes de femmes, les experts en prévention du suicide, les policiers et les syndicats qui ont vanté l'utilité du registre.

Les membres de la Coalition s'inquiètent que son abolition ne soit qu'une étape vers un démantèlement du contrôle des armes au pays.

L'abolition du registre marque d'ailleurs un recul important pour le Québec et le Canada, juge Louise Riendeau, du regroupement des maisons d'hébergement pour femmes victimes de violence conjugale.

«Cela va signifier beaucoup d'insécurité et de l'impunité pour un certain nombre d'hommes qui vont utiliser des armes pour tuer des femmes ou les blesser. Et cela va signifier, pour les policiers, pour ceux qui luttent contre la violence faite aux femmes, un travail beaucoup plus compliqué», a-t-elle noté.

La députée néo-démocrate Françoise Boivin espère au moins que les démarches du gouvernement du Québec, qui a déposé une demande en justice pour empêcher la destruction des données du registre, porteront fruit. Québec veut récupérer toutes les informations sur l'enregistrement des fusils afin de constituer son propre registre.

«S'il n'y avait pas le recours du Québec, je vous dirais que je suis tellement déprimée aujourd'hui», a laissé tomber la néo-démocrate.

«C'est notre dernier espoir», a renchéri Mme Provost.

Elle dit ressentir mercredi un grand sentiment de perte et de tristesse. De colère aussi, puisqu'elle estime que le débat ces derniers mois s'est fait sans respect des faits et des experts.

«C'est une décision idéologique», dit-elle au sujet du projet de loi C-19 du gouvernement Harper. «Je suis très très en colère que le Canada puisse être gouverné de cette façon. Ce n'est pas le Canada dans lequel je suis née».

Elle fait valoir qu'il n'y aura plus moyen de retracer une arme, et que les vendeurs n'auront plus besoin d'exiger la publication du permis pour pouvoir en vendre une. Un retour aux années 1970, explique la femme qui juge que C-19 va bien au-delà de l'abolition d'un registre.

Après un débat déchirant et houleux, et de nombreuses manifestations de la population, la Chambre des communes avait adopté le projet de loi pour abolir le registre — malgré l'opposition qui a voté contre — le 15 février dernier.

Quant à la sanction royale nécessaire pour que C-19 devienne loi, elle devrait être accordée jeudi après-midi.

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