Radio-Canada: 650 postes abolis, de la pub à Espace Musique

Première Publication: 4/04/2012 10:43 Mis à jour: 5/04/2012 00:41

Radio Canada
La teneur des compressions budgétaires sera connue cet après-midi à Radio-Canada. (Photo Courtoisie)

MONTRÉAL - Quelque 650 postes seront abolis d'ici trois ans à Radio-Canada et CBC à la suite des compressions imposées par le gouvernement Harper.

De ces 650 postes supprimés, 473 devront l'être dès le présent exercice, a précisé la haute direction de Radio-Canada, par voie de communiqué mercredi. CBC_Radio-Canada emploie à l'heure actuelle 8900 personnes.

Plus précisément, pour 2012, 215 postes devront être supprimés à CBC, 153 à Radio-Canada et 105 dans les services institutionnels.

D'ici trois ans, les 650 postes à supprimer seront répartis ainsi: 256 à CBC, 243 à Radio-Canada et 151 dans les services institutionnels.

La société d'État doit procéder ainsi à cause des compressions budgétaires imposées par le gouvernement fédéral. Celles-ci doivent atteindre 115 millions $ d'ici 2014-2015.

Pour l'exercice 2012-2013, la compression exigée est de 27,8 millions $. Elle doit atteindre 69,6 millions $ (cumulatif) en 2013-2014, puis les 115 millions $ exigés l'année suivante.

Autres moyens

Radio-Canada International est touché par les compressions. On y cessera la production de bulletins de nouvelles et on y fermera les sections russe et brésilienne. RCI se concentrera sur les cinq langues les plus parlées de son auditoire, à savoir le français, l'anglais, l'espagnol, l'arabe et le mandarin.

La société prévoit économiser annuellement à RCI près de 10 millions $ d'ici 2013-2014.

De plus, CBC_Radio-Canada veut inclure de la publicité et des commandites à ses deux réseaux nationaux de radio de musique, Espace musique et Radio 2. La société d'État a déposé une demande d'autorisation en ce sens auprès du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).

CBC_Radio-Canada espère générer 50 millions $ en revenus autogénérés «afin d'atténuer les réductions requises», indique la haute direction.

Elle prend d'ailleurs soin de souligner qu'il n'y aura toujours pas de publicité à la Première chaîne et à Radio One.

La société d'État va également accélérer la mise hors service des émetteurs de télévision analogique.

De même, CBC_Radio-Canada renoncera à la chaîne de télévision numérique axée sur les sports qu'elle avait prévu lancer ainsi qu'à son projet de chaîne de télévision spécialisée numérique pour enfants.

Au cours d'une conférence téléphonique en fin d'après-midi, le président-directeur général de CBC_Radio-Canada, Hubert T. Lacroix, a dit estimer que si l'on tient compte des autres effets, comme la non-indexation des crédits parlementaires, alors que les salaires et les autres coûts, eux, augmentent, le manque à gagner atteint plutôt 200 millions $.

M. Lacroix a précisé que les indemnités de départ à elles seules totaliseront 25 millions $.

Réactions

Réagissant aux compressions annoncées, le président du syndicat des communications de Radio-Canada, Alex Levasseur, s'est dit «déçu, démoralisé, démoli d'apprendre l'ampleur de tout ça».

«Les compressions sont sans fin à Radio-Canada», s'est-il exclamé, en entrevue, faisant l'énumération des compressions imposées pour diverses raisons au fil des ans.

M. Levasseur juge que le service français de Radio-Canada subit plus que sa part des compressions par rapport au service anglais. «Le réseau français va écoper un peu plus», toutes proportions gardées, a-t-il dit.

«Ce n'est pas du tout vrai», a rétorqué M. Lacroix.

«Les pourcentages sont les pourcentages qui ressemblent à la façon dont nos budgets sont divisés», a-t-il assuré, déplorant la «malheureuse impression» laissée par cette affirmation.

Le vice-président principal des services français, Louis Lalande, a expliqué que les nombres sont presque également répartis. «Au niveau du nombre d'employés, il y a souvent des gens qui pensent que le nombre d'employés des services anglais est beaucoup plus élevé que le nombre d'employés des services français, ce qui est faux. On a à peu près la même masse salariale, le même nombre d'employés.» Et les compressions respectent ces proportions, a-t-il assuré.

De son côté, le président du syndicat des employés de CBC hors du Québec, Marc-Philippe Laurin, a exprimé son désarroi. «CBC_Radio-Canada est rendu à l'os. Plus rien ne sera pareil. La CBC qu'on connaissait ne sera plus la même», a-t-il commenté en entrevue.

Il a notamment qualifié les compressions à Radio-Canada International de «nouvelle crève-coeur».

M. Laurin affirme aussi que les employés sont à bout de souffle, après plusieurs vagues de compressions successives. «Nos gens ont été pressés et pressés depuis des années. Ils se sont fait dire d'en faire plus et encore plus, à chaque année. Il n'y a plus d'espace pour en demander plus.»

La société d'État reçoit 1,1 milliard $ de Patrimoine Canada. Le gouvernement fédéral verse l'équivalent de 34 $ par citoyen pour le télédiffuseur et radiodiffuseur public.

La précédente ronde de compressions de 171 millions $ à Radio-Canada, en 2009, s'était traduite par la perte de 800 emplois, en plus de la vente d'actifs. Cette compression n'avait toutefois pas été commandée par le gouvernement; elle provenait de la baisse des revenus publicitaires et de la situation économique difficile.

Radio-Canada exploite 82 stations de radio et 27 chaînes de télévision, en plus d'autres services, dans les deux langues officielles du pays.

Budget 2012: les faits saillants
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  • BUDGET 2012: LES FAITS SAILLANTS

    À la fin de la présente année financière, le déficit s'élèvera à 24,9 milliards $, pour diminuer graduellement afin d'atteindre 1,3 milliard $ en 2014-2015. L'année suivante, le gouvernement prévoit engranger un excédent de 3,4 milliards $. (PC/Sean Kilpatrick)

  • COMPRESSIONS BUDGÉTAIRES

    Le gouvernement réduit de 5,2 milliards $ les dépenses ministérielles, soit 6,9 pour cent de leur budget, avec des départs de 19 200 fonctionnaires à terme, ce qui représente 4,8 pour cent de la fonction publique fédérale.

  • RADIO-CANADA

    Le gouvernement Harper réduit le financement de CBC/Radio-Canada de 115 millions de dollars sur trois ans, soit des compressions de 10 % du budget.

  • LA CENT DISPARAÎT

    La Monnaie royale canadienne cessera de distribuer la pièce d'un cent à compter de l'automne prochain, ce qui permettra des économies annuelles de 11 millions $. (CP photo)

  • LA LOI ET L'ORDRE

    Le ministère fédéral de la Sécurité publique subira une ponction de 179,4 millions $ en 2012-2013. De cette somme, près de la moitié, soit 85,5 millions $, devra être puisée dans le budget des services correctionnels du Canada. En 2014-2015, les économies devront avoir atteint 295,4 millions $ aux services correctionnels du Canada.

  • ENVIRONNEMENT

    Ottawa entend accélérer les processus d'examen environnemental des grands projets. La Table ronde nationale sur l'environnement et l'écologie, une organisation dont le mandat était de trouver des façons de concilier les considérations environnementales et économiques, est abolie.

  • LIBERTÉ 67

    L'âge d'admissibilité aux prestations de la Sécurité de la vieillesse passe de 65 à 67 ans. Il en est de même pour les prestations du Supplément de revenu garanti, dont bénéficient les personnes âgées démunies. La hausse graduelle de l'âge d'admissibilité à ces prestations débutera en avril 2023 et s'étendra jusqu'en janvier 2029.

  • SANTÉ

    Des compressions de 310 millions de dollars d'ici 2014-2015. Santé Canada et l'Agence de santé publique Canada vont fusionner leurs services administratifs. (Alamy photo)

  • RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT

    Le gouvernement annonce une réforme importante de ses programmes d'aide à l'innovation qui se traduira notamment par l'abolition du soutien à la recherche fondamentale et une baisse du crédit d'impôt pour la recherche et le développement.

  • IMMIGRATION

    Le gouvernement compte inciter les entreprises à embaucher des Canadiens avant de recourir aux travailleurs étrangers temporaires. Il veut aussi axer davantage le système d'immigration sur les besoins du marché du travail. (pwenzel on Flickr)

  • AFFAIRES ÉTRANGÈRES

    Le ministère des Affaires étrangères devra vendre certaines résidences, réduire son parc automobile, revoir les allocations de ses employés. Le Canada se retirera de certaines organisations internationales non identifiées jugées non «pertinentes à ses intérêts et priorités». (Amos Ben Gershom/GPO via Getty Images)

  • DÉFENSE

    Le portefeuille de la Défense nationale sera réduit de 326,8 millions $ en 2012-2013 et ultimement de 1,12 milliard $ en 2014-2015. Après la fin de la mission de combat en Afghanistan, la Défense et les Forces armées canadiennes devraient améliorer les processus d'attribution de contrats, rationaliser l'acquisition de matériel de soutien et centraliser la gestion des biens immobiliers, entre autres. Une somme de 5,2 milliards $ en 11 ans sera consacrée au renouvellement de la flotte de la Garde côtière canadienne. (ROMEO GACAD/AFP/Getty Images)

  • KATIMAVIK

    Le programme créé sous Pierre Elliot Trudeau est aboli, <a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/03/30/abolition-katimavik-coup-eclat_n_1392454.html" target="_hplink">comme le rapportait le Huffington Post Canada</a>. (CP photo)

  • PÊCHES ET OCÉANS

    Le budget de Pêches et Océans Canada sera réduit de 79,3 million de dollars d'ici 2014-2015, au prix d'une importante restructuration. (AFP/Getty Images)

  • ÉDUCATION AUTOCHTONE

    Une somme de 275 millions $ en trois ans sera consacrée à l'éducation pour les Premières Nations, en plus de 330,8 millions $ en deux ans pour l'amélioration de la qualité de l'eau sur les territoires autochtones. (CP)

  • FONDS DE RETRAITE

    Les fonds de pension des fonctionnaires fédéraux seront modifiés. Le gouvernement propose de rajuster les cotisations des employés de la fonction publique de façon à ce qu'elles en viennent à être égales à celles de l'employeur, soit une proportion de 50-50. Elles ne sont actuellement que de 37 %. Les députés devront aussi faire un effort. Comme les fonctionnaires, ils devront aussi éventuellement débourser 50 % des cotisations à leur fonds de pension, mais le budget ne souffle mot sur de possibles réductions de leurs généreuses prestations, une fois la retraite arrivée. (Alamy photo)

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Publié par Patrick White  |