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Un Burundais recherché pour fraude vit au Québec

03/04/2012 02:05 EDT | Actualisé 03/06/2012 05:12 EDT

OTTAWA - Les autorités canadiennes n'auront pas à chercher bien loin pour retrouver un Burundais soupçonné de s'être enfui avec l'aide humanitaire de l'ACDI destinée à un petit village africain.

L'homme, qui détient le statut de résident permanent au Canada, vit et travaille au Québec sans être ennuyé.

Emmanuel Batururimi, qui dirigeait jadis l'organisation sans but lucratif CFORES au Mali, nie les allégations contre lui et ne comprend pas pourquoi le gouvernement canadien se dit incapable de le retrouver.

Au cours des dernières années, il a collaboré avec une association québécoise d'agents de voyage. Des documents obtenus par La Presse Canadienne en vertu d'une demande d'accès à l'information affirment pourtant que les autorités sont incapables de le retracer.

«En date du 4 avril 2011, les autorités maliennes étaient incapables de retrouver (M. Batururimi), indique un rapport de l'Agence canadienne de développement international (ACDI) publié l'an dernier. En raison des ressources limitées dont disposent les autorités maliennes, et considérant que le président de CFORES passe la majeure partie de son temps à l'extérieur du Mali, les chances de (retrouver l'argent perdu) sont très faibles.»

M. Batururimi affirme que les accusations contre lui sont fausses.

«L'ACDI dispose de toutes les ressources nécessaires pour retrouver un citoyen canadien, a-t-il écrit dans une longue réponse. Au lieu de choisir d'humilier mon organisation et la personne qui en est responsable, toutes les pistes auraient dû être explorées, ce qui n'a pas été le cas. C'est pourquoi j'envisage des recours contre les coupables.»

Le document de l'ACDI prétend que M. Batururimi s'est enfui du Mali quand des diplomates canadiens se sont adressés à la justice pour récupérer l'argent qui aurait dû financer un projet d'hygiène publique dans un petit village de ce pays pauvre d'Afrique.

Le document ajoute que l'organisme de M. Batururimi avait signé une entente de 70 000 $, en mai 2008, pour moderniser les latrines, construire cinq hangars et creuser une tranchée de drainage dans le village de Sanankoroba, à environ 30 kilomètres au sud de la capitale, Bamako.

CFORES aurait demandé plus d'argent après seulement cinq mois, ce qui aurait fait sourciller l'ambassade canadienne au Mali. Un expert dépêché sur place aurait constaté que des travaux d'une valeur d'environ 30 000 $ demeuraient incomplets.

L'ambassadeur du Canada au Mali a écrit à M. Batururimi en juillet 2009 pour demander le remboursement de l'argent qui n'avait pas été utilisé pour le projet, le menaçant du fait même de poursuites judiciaires. Le document de l'ACDI affirme que M. Batururimi n'a jamais répondu à l'ambassadeur.

L'ambassade s'est tournée vers la justice en février 2010. M. Batururimi a été convoqué devant le tribunal un mois plus tard, mais il ne s'y serait jamais présenté.

M. Batururimi a communiqué avec La Presse Canadienne après que l'agence de presse nationale ait fait état du rapport de l'ACDI, le mois dernier. Son nom avait été mal épelé dans le document de l'ACDI, et les efforts déployés jusqu'alors pour le retrouver avaient échoué.

Une copie du rapport lui a été envoyée pour qu'il puisse commenter.

«Le document remis aux médias affirme que (l'ACDI) a été incapable de me retrouver et que je me suis enfui, a-t-il écrit. C'est une preuve de mauvaise gestion et, pire encore, de mauvaise foi, parce que j'ai plusieurs adresses bien connues au Mali, où j'ai des bureaux; au Canada, où j'ai une demeure et où je vis depuis 1993; et au Burundi, où je me suis inscrit auprès du consulat canadien dès mon arrivée.»

Le ministère des Affaires étrangères n'a pas immédiatement été en mesure de commenter le dossier.

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