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Les Maliens craignent une pénurie de carburant après les sanctions de la CEDEAO

03/04/2012 10:50 EDT | Actualisé 03/06/2012 05:12 EDT

BAMAKO, Mali - Les Maliens faisaient la file mardi devant les stations-service pour faire le plein de carburant, alors que le pays vivait sa première journée sous le régime des sanctions prises la veille par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) en réponse au coup d'État perpétré le 21 mars à Bamako, la capitale.

Le chef des putschistes, le capitaine Amadou Haya Sanogo, a appelé la CEDEAO à réexaminer la question et il a proposé l'organisation d'une conférence nationale à partir de jeudi.

Pour tenter de contraindre les auteurs du putsch du 21 mars à rendre le pouvoir aux civils, les membres de la CEDEAO, réunis lundi au Sénégal, ont décrété un embargo, fermé leurs frontières avec le Mali et gelé les comptes du gouvernement malien à la banque centrale régionale. Le Mali importe tout son pétrole, qui est transporté par camion depuis la Côte d'Ivoire et le Sénégal.

Le réseau électrique du pays risque aussi de pâtir de cet embargo dans les semaines ou même les jours qui viennent, parce qu'il est en partie alimenté au diesel pendant la saison chaude.

La CEDEAO, qui représente 15 pays de la région, s'est montrée inhabituellement sévère dans sa condamnation du coup d'État. A l'expiration lundi du délai de 72 heures qu'elle avait donné à la junte pour rendre le pouvoir aux civils, l'organisation régionale a annoncé que les sanctions entraient en vigueur immédiatement.

Bathily Seye, propriétaire d'Afrique Oil, une chaîne malienne de stations-service, a affirmé que s'il n'était plus approvisionné, ses 15 pompes seraient rapidement à sec.

«Nous n'avons pas notre propre essence. Elle est entièrement importée», a-t-il expliqué. «Il n'y a absolument rien ici. Nous n'avons aucune capacité de raffinage. (...) Je n'ai pas de stock. Dans deux jours, je n'aurai plus d'essence.»

Dans une station Total lundi soir, alors que l'embargo venait d'être annoncé, un jeune ingénieur est venu faire le plein de sa voiture. Il a ensuite demandé au pompiste de remplir des bidons en plastique. «J'essaie de faire des réserves», a expliqué Mohamed Lamine Dembele. «S'ils gardent la frontière fermée, il sera très difficile pour nous de refaire le plein. Nous risquons de ne plus avoir d'essence dans tout le pays.»

L'instabilité provoquée par le putsch a par ailleurs permis à la rébellion touareg de s'emparer d'une bonne partie du nord du pays. Une faction jihadiste a planté son drapeau à Tombouctou lundi.

Un ancien ministre se présentant comme le négociateur en chef de la junte putschiste, Mohamed Ag Erlaf, a affirmé mardi que le principal groupe rebelle touareg était disposé à discuter de l'avenir du pays, mais un porte-parole du Mouvement national de libération de l'Azaouad (MNLA) a démenti cette affirmation.

Le porte-parole, Moussa Ag Attaher, a déclaré lundi soir sur la chaîne de télévision France-24 que son groupe n'avait pas de contact direct avec les militaires qui ont renversé le président Amadou Toumani Touré et son gouvernement. Il a ajouté que ni le MNLA, ni le peuple malien, ni la communauté internationale ne reconnaissaient la légitimité du chef des putschistes, le capitaine Amadou Haya Sanogo, que la rébellion ne considère donc pas comme un interlocuteur valable.

L'insurrection a été lancée le 17 janvier, après le retour au Mali de Touaregs libyens armés qui avaient combattu pour Mouammar Kadhafi jusqu'à sa chute l'automne dernier. Avant le coup d'État, les rebelles n'avaient réussi qu'à prendre le contrôle d'une douzaine de petites villes. Le président Amadou Toumani Touré, 63 ans, qui a fui le palais encerclé par les putschistes à Bamako, n'est pas réapparu en public depuis.

À Genève, des responsables de l'ONU ont fait part de leur préoccupation concernant l'instabilité, les groupes armés et la perspective d'une pénurie alimentaire au Mali, où 200 000 personnes ont fui leurs maisons pour chercher refuge ailleurs.

Elisabeth Byrs, porte-parole du Programme alimentaire mondiale (PAM), a précisé que son agence s'inquiétait particulièrement de la perspective d'une pénurie alimentaire dans le pays.

À la demande de Paris, le Conseil de sécurité des Nations unies devait se réunir mardi pour examiner la situation au Mali, afin notamment de soutenir les efforts de la CEDEAO dans la recherche d'une solution et de condamner les actes perpétrés par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), selon le ministère français des Affaires étrangères.

La directrice générale de l'UNESCO s'est pour sa part inquiétée des combats autour de Tombouctou, une ville historique classée au Patrimoine mondial. Elle a appelé les autorités maliennes et les rebelles à respecter l'obligation internationalement reconnue des pays à sauvegarder leur patrimoine en temps de guerre.

«Les merveilles architecturales en terre de Tombouctou que sont les grandes mosquées de Djingareyber, Sankoré et Sidi Yahia doivent être préservées. Avec les 16 cimetières et les mausolées, elles sont essentielles à la préservation de l'identité du peuple malien et de notre patrimoine universel», a déclaré Irina Bokova.

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