Pénurie de médicaments: les médecins spécialistes québécois pourraient passer en mode été

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Les médecins, les pharmaciens et les infirmières jugent tous la situation «critique» (Flickr)
Les médecins, les pharmaciens et les infirmières jugent tous la situation «critique» (Flickr)

MONTRÉAL - L'été pourrait arriver bien avant le 21 juin dans les hôpitaux du Québec, préviennent les médecins spécialistes qui, devant le problème d'approvisionnement en médicaments intraveineux, ont pris la décision de réduire les services dans un avenir rapproché.

Le docteur Gaétan Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), a confirmé à La Presse Canadienne que des discussions ont eu lieu la semaine dernière afin de décider, à très court terme, du passage à un horaire d'été.

Cette pratique «estivale» signifie un ralentissement de services. Le moment où elle sera officiellement lancée n'a pas été précisé.

«Nous n'avons pas encore réduit parce qu'on nous annonce une amélioration de l'approvisionnement. Si la promesse n'arrive pas, nous passerons en mode estival», déclare le docteur Barrette en entrevue.

La compagnie pharmaceutique Sandoz Canada a annoncé avoir entièrement repris sa production d'avant l'incendie du 4 mars à son usine de Boucherville, mais cela ne signifie pas une reprise complète de la production de ses médicaments, puisque l'entreprise fonctionnait déjà au ralenti avant l'incendie.

La direction de Sandoz Canada refuse toujours d'accorder des entrevues. Les seules communications disponibles sont celles présentées sur le site Web de l'entreprise ou encore par courriel.

Pour obtenir le véritable pouls de la situation, il faut se tourner vers la ligne de feu, où les médecins, les pharmaciens et les infirmières confirment tous que la situation demeure «critique» et que même si l'approvisionnement a recommencé dans les établissements de santé, la situation est loin d'un retour à la normale.

Régine Laurent, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), estime que cette crise fragilise tout le réseau de la santé.

«J'espère qu'on profitera de cette situation pour tirer des leçons», affirme Mme Laurent.

Le président de l'Association des pharmaciens d'établissements de santé (APES), Charles Fortier, concède toutefois qu'un peu d'oxygène a été insufflé dans les hôpitaux, mais le soulagement véritable tarde à se faire sentir.

«Nous avons des comités de sécurité pharmacologique qui s'occupent d'aviser lorsqu'on modifie les concentrations. Ça demande une vigilance accrue. La situation demeure critique et doit être évaluée au jour le jour», reconnaît M. Fortier.

La pénurie était «prévisible»

Alors que les professionnels de la santé peinent partout au Canada, l'interruption de production était connue et même annoncée par Sandoz dès le 15 février. Pourtant, rien n'a été fait pour tenter d'en atténuer l'impact.

Une lettre signée par Michel Robidoux, président et directeur général de Sandoz, précisait que l'ajustement de la production aura des conséquences.

«Tous les processus de fabrication seront touchés, ce qui réduira substantiellement le débit de production de notre usine de Boucherville et entraînera vraisemblablement des ruptures temporaires dans l'approvisionnement de certains produits», écrivait-il.

Dès novembre, Sandoz savait qu'elle devait se conformer à un avertissement de la Food and Drugs Administation (FDA) et faire en sorte d'améliorer sa capacité à prévenir les contaminations microbiologiques lors de la production de ses médicaments.

Le milieu médical était aussi au courant de ce problème, notamment le ministère fédéral de la Santé. Personne n'a toutefois pris de mesure préventive, à quelque palier que ce soit, en novembre.

«C'est une des choses qu'on reproche à tout ce beau monde. La solution était au fédéral et le fédéral l'a négligée», affirme le docteur Barrette.

Le président de la FMSQ soutient que les démarches de sa Fédération et d'autres organisations dans d'autres provinces ont été balayées du revers de la main sous le prétexte qu'il s'agissait d'un problème d'ordre commercial et non gouvernemental.

«Le message qui a été envoyé par la ministre de la Santé, Leona Aglukkaq, se résumait à une situation similaire à Air Canada: c'est du privé, alors on ne s'occupe pas de ça», soutient le docteur Barrette.

Charles Fortier, de l'APES, tente de nuancer.

«Les ruptures d'approvisionnement ne sont pas récentes et les causes sont multiples», plaide-t-il.

Il concède toutefois que l'épisode de crise chez Sandoz est venu amplifier le problème.

«La pénurie est une source de stress supplémentaire, dans une profession où on n'a pas le droit à l'erreur», insiste pour sa part Régine Laurent.

Sandoz a repris la production de certains médicaments, mais pas tous. Pour certains produits, le retour à 100 pour cent de la production n'est prévu qu'au 31 décembre.

«Quand on nous dit qu'il y a une possibilité ou que le risque est augmenté, pour nous, c'est une charge mentale plus grande. Ça veut dire qu'on passe tout le temps de travail à nous demander 'est-ce que c'est la bonne ampoule?'», avoue Régine Laurent.

La présidente de la FIQ espère que la situation va se résorber avant décembre.

«J'espère que le leadership du ministère de la Santé va servir à rapatrier la médication qu'on a besoin avant le 31 décembre, sans quoi ce serait anormal et ce serait vraiment un constat d'échec», juge Mme Laurent.

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