NOUVELLES

Mali: une faction islamiste de la rébellion touareg s'empare de Tombouctou

02/04/2012 06:06 EDT | Actualisé 02/06/2012 05:12 EDT

BAMAKO, Mali - Le menaçant drapeau noir d'une faction islamiste rebelle, Ansar Dine, flotte désormais sur Tombouctou. C'est la troisième grande ville du nord du Mali à tomber entre les mains des rebelles touaregs, à la faveur du chaos provoqué par le coup d'État perpétré à la fin du mois de mars à Bamako, la capitale.

Lundi matin, un membre de l'armée malienne s'exprimant sous le couvert de l'anonymat a raconté avoir vu entrer dans Tombouctou le groupe rebelle Ansar Dine à bord d'un convoi de dix véhicules. Les rebelles se sont rendus dans le camp militaire de cette ville, située à plus de 1000 kilomètres de Bamako, où ils ont planté leur drapeau noir.

La rébellion rassemble plusieurs groupes touaregs, dont un groupe laïque et un autre islamiste. À Kidal et à Gao, la faction islamiste est arrivée la première, et des habitants ont rapporté que les rebelles s'étaient rendus de magasin en magasin, demandant aux commerçants d'enlever les photos considérées comme non conformes à l'islam. Un coiffeur a dit avoir été prié de retirer les photos de différentes coiffures qu'il avait affichées parce qu'elles montraient des femmes non voilées.

Dimanche, quand les rebelles sont entrés à Tombouctou, ils étaient menés par les hommes du Mouvement national de libération de l'Azaouad (MNLA), qui revendique l'autonomie de la région de l'Azaouad, foyer traditionnel des nomades touaregs. L'arrivée d'Ansar Dine, la faction islamiste, est très inquiétante pour les habitants de Tombouctou, une ville dont l'économie dépend largement du tourisme.

À Gao, la plus grande ville du nord du pays tombée samedi aux mains des rebelles, les habitants ne savent plus qui dirige la cité.

«À Gao, c'est le chaos. Nous ne savons même pas qui contrôle la ville et qui fait quoi», a affirmé un étudiant, Ahmed Ould Fneiny. «Nous avons vu Ansar Dine avec leur drapeau. Nous voyons le MNLA. Nous voyons d'autres groupes touaregs et arabes qui ont déserté de l'armée malienne. Il y a des gens en uniforme militaire qui ont volé toutes les voitures, même les voitures privées de civils. Nous ne pouvons pas quitter la ville. Un litre d'essence coûte désormais 1000 francs CFA, alors qu'il valait 650 francs CFA hier.»

L'insurrection a été lancée le 17 janvier, avec le retour au Mali de Touaregs libyens armés qui avaient combattu pour Mouammar Kadhafi jusqu'à sa chute, l'automne dernier. Pendant les deux premiers mois, les rebelles n'ont réussi qu'à prendre le contrôle d'une douzaine de petites villes.

Mais ils ont profité de l'instabilité provoquée par le putsch du 21 mars pour prendre Kidal, Gao et Tombouctou, des villes qui n'étaient jamais tombées lors de précédentes insurrections.

La junte au pouvoir négocie la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), qui exige le rétablissement du gouvernement civil. Lors d'une réunion lundi à Dakar, l'organisation a décidé d'imposer des sanctions au Mali.

À l'issue d'une réunion à huis clos qui a duré plusieurs heures, le président ivoirien, Alassane Ouattara, a annoncé que les sanctions, incluant la fermeture des frontières du Mali et le gel des comptes de ce pays dans la banque centrale régionale, entreraient en vigueur immédiatement.

Le chef des putschistes, le capitaine Sanogo, a déclaré dimanche qu'il rétablirait la Constitution de 1992 et voulait mettre en place un gouvernement de transition qui organiserait des élections libres à une date restant à fixer. Élu en 2002 et réélu en 2007, le président renversé, Amadou Toumani Touré, avait atteint la limite constitutionnelle de deux mandats et ne comptait pas en briguer un troisième à la présidentielle prévue le 29 avril.

PLUS:pc