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Mali: un mouvement islamiste plante son drapeau à Tombouctou

02/04/2012 12:36 EDT | Actualisé 02/06/2012 05:12 EDT

Le menaçant drapeau noir d'une faction islamiste rebelle, Ansar Dine, flotte désormais sur Tombouctou. C'est la troisième grande ville du nord du Mali à tomber entre les mains des rebelles touaregs qui ont profité du chaos provoqué par le coup d'Etat perpétré fin mars à Bamako, la capitale.

Lundi matin, un membre de l'armée malienne, s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, a raconté avoir vu entrer dans Tombouctou le groupe de rebelles Ansar Dine, à bord d'un convoi de dix véhicules. Ils se sont rendus dans le camp militaire de cette ville -située à un millier de kilomètres de Bamako- où ils ont planté leur drapeau noir.

La rébellion rassemble plusieurs groupes touaregs, dont l'un est laïque et un autre islamiste. A Kidal et Gao, la faction islamiste est arrivée la première, et des habitants ont rapporté que les rebelles s'étaient rendus de magasin en magasin, demandant aux commerçants d'enlever les photos considérées comme non-islamistes. Un coiffeur a dit avoir été prié de retirer les photos de différentes coiffures qu'il avait affichées parce qu'elles montraient des femmes non voilées.

Dimanche, quand les rebelles sont entrés à Tombouctou, ils étaient menés par les hommes du Mouvement national de libération de l'Azaouad (MNLA), qui revendiquent l'autonomie de la région de l'Azaouad, foyer traditionnel des nomades touaregs. L'arrivée d'Ansar Dine, la faction islamiste, est très inquiétante pour les habitants de Tombouctou, une ville dont l'économie dépend largement du tourisme.

A Gao, la plus grande ville du nord du pays tombée samedi aux mains des rebelles, des habitants ne savaient plus qui dirigeait la cité. "A Gao, c'est le chaos. Nous ne savons même pas qui contrôle la ville et qui fait quoi", a affirmé un étudiant, Ahmed Ould Fneiny. "Nous avons vu Ansar Dine avec leur drapeau. Nous voyons le MNLA. Nous voyons d'autres groupes touaregs et arabes qui ont déserté de l'armée malienne. Il y a des gens en uniforme militaire qui ont volé toutes les voitures, même les voitures privées de civils. Nous ne pouvons pas quitter la ville. Un litre d'essence coûte désormais 1.000 francs CFA (1,5 euros), alors qu'il valait 650 francs CFA (un euro) hier."

L'insurrection a été lancée le 17 janvier dernier, avec le retour au Mali de Touaregs libyens armés qui avaient combattu pour Mohammar Kadhafi jusqu'à sa chute l'an dernier. Pendant les deux premiers mois, les rebelles n'ont réussi qu'à prendre le contrôle d'une douzaine de petites villes.

Mais ils ont profité de l'instabilité provoquée par le putsch du 21 mars, quand des soldats mutins emmenés par Amadou Sanogo ont encerclé le palais présidentiel et ont pris le pouvoir. Le président Amadou Toumani Touré (ATT), 63 ans, qui avait fui le palais, n'est pas réapparu en public depuis.

Les rebelles touaregs ont ainsi pu prendre Kidal, Gao et Tombouctou, des villes qui n'étaient jamais tombées lors de précédentes insurrections, alors que dans le sud du pays, la junte négociait avec la CEDEAO (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest). L'organisation régionale, qui exige le rétablissement d'un gouvernement civil, a décidé lundi de prendre des sanctions immédiates contre le Mali.

Le capitaine Sanogo a déclaré dimanche qu'il rétablissait la Constitution de 1992 et voulait mettre en place un gouvernement de transition qui organiserait des élections libres à une date restant à fixer. Elu en 2002 et réélu en 2007, ATT avait atteint la limite constitutionnelle de deux mandats et ne comptait pas en briguer un troisième à la présidentielle prévue pour le 29 avril.

A Paris, le ministère français des Affaires étrangères recommande aux ressortissants français "d'éviter tout déplacement au Mali jusqu'à nouvel ordre (...) compte tenu de l'instabilité de la situation sécuritaire", et même, précise-t-il sur son site Web, pour ceux "dont la présence n'est pas indispensable, de quitter provisoirement le pays". AP

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