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Égypte: la minorité copte boycotte le processus constitutionnel

02/04/2012 07:44 EDT | Actualisé 02/06/2012 05:12 EDT

LE CAIRE, Égypte - L'Église copte égyptienne s'est retirée lundi de l'assemblée chargée de rédiger la nouvelle Constitution du pays, largement dominée par les islamistes. Un représentant de la communauté a déclaré que la minorité chrétienne n'y avait jamais été représentée de toute façon.

Cette décision fait craindre que les islamistes et les militaires finissent par contrôler les plus importantes institutions gouvernementales dans l'Égypte post-révolutionnaire, et que les minorités, les femmes et les groupes progressistes en soient totalement exclus. Sur les 100 membres que comptait l'Assemblée constituante au départ, il y avait seulement six chrétiens, six femmes et une poignée de progressistes.

Yousef Sidhom, un responsable de l'Église copte et rédacteur en chef du journal «Watani», a expliqué que l'Église n'avait jamais proposé les six membres de la communauté choisis pour faire partie de l'Assemblée la semaine dernière.

«Comment pouvons-nous nous retirer d'une assemblée dont nous n'avons jamais fait partie?, a-t-il dit. Nous appelons les gens à s'en retirer avec les autres groupes qui se sont retirés avant.»

L'agence de presse officielle MENA a rapporté que l'Église copte avait jugé sa participation «futile» dans la composition actuelle de l'Assemblée constituante.

La nouvelle Constitution égyptienne déterminera si l'Égypte deviendra un pays plus influencé par l'islam conservateur, et si l'ancien système qui concentrait les pouvoirs entre les mains du président sera maintenu ou remplacé par un Parlement renforcé dominé par une majorité islamiste.

La boycottage de la minorité copte est la dernière en date au sein de l'Assemblée constituante, dont les travaux établiront le fonctionnement du gouvernement égyptien pour les décennies à venir. Les membres laïques et progressistes ont déjà quitté l'Assemblée pour dénoncer son manque de diversité, ce qui a permis aux islamistes déjà majoritaires de cimenter leur emprise sur le processus constitutionnel.

Les Frères musulmans et un petit parti ultraconservateur ont remporté plus de 70 pour cent des sièges au Parlement lors des premières élections organisées depuis le renversement du régime de Hosni Moubarak. C'est le Parlement qui a nommé les membres de l'Assemblée constituante.

Les Frères musulmans ont par ailleurs déclaré cette semaine qu'ils présenteraient un candidat à l'élection présidentielle du mois de mai, revenant sur leur promesse précédente de ne pas soumettre de candidat. Cette décision a renforcé les craintes de ceux qui pensent que le futur gouvernement ne sera pas inclusif et ne représentera pas toutes les franges de la société égyptienne.

Les chrétiens représentent environ 10 pour cent des 85 millions d'Égyptiens, et la plupart d'entre eux sont coptes.

Un ancien membre du comité administratif de l'Église copte, Nabil Mirhom, et l'avocat du patriarche copte, Magdy Shenouda, ont été nommés comme représentants symboliques des coptes au sein de l'Assemblée constituante et ils s'en sont tous les deux retirés, selon M. Sidhom. Ils faisaient partie des six chrétiens nommés à l'Assemblée.

La semaine dernière, une ancienne avocate chrétienne et professeure de sciences politiques, Mona Makran Obeid, a reproché à l'Assemblée constituante de n'inclure aucun Bédouin de la péninsule du Sinaï et aucun Nubien du sud du pays. Les deux groupes représentent des minorités égyptiennes.

«Ce comité doit être plus que le résultat des élections parlementaires», a dit Mme Obeid pour expliquer son retrait.

Jusqu'à maintenant, quelque 25 personnalités publiques se sont retirées de l'Assemblée constituante, estimant qu'elle ne représentait pas suffisamment la diversité du pays et qu'elle ne comprenait pas assez d'experts constitutionnels.

Un représentant de l'université Al-Azhar, considérée comme une référence dans le domaine des études islamiques, s'est également retiré de l'Assemblée.

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