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Aung San Suu Kyi victorieuse espère le début d'une "nouvelle ère" en Birmanie

02/04/2012 10:16 EDT | Actualisé 02/06/2012 05:12 EDT
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RANGOON, Myanmar - Aung San Suu Kyi a proclamé lundi sa victoire aux élections législatives partielles en Birmanie, avec l'espoir que ce scrutin historique marque le début d'une «nouvelle ère» pour son pays.

Moins de deux ans après avoir recouvré la liberté, la «Dame de Rangoon» entre au Parlement et pourrait désormais viser la présidence en 2015.

La lauréate du prix Nobel de la paix a été acclamée lundi par des milliers de partisans en liesse massés devant le siège de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), à Rangoon.

Dès dimanche, la LND avait affirmé qu'Aung San Suu Kyi l'avait emporté dans la circonscription rurale de Kawhmu, au sud de la capitale économique du pays.

Un porte-parole du parti, Han Than, a estimé que les candidats de la LND avaient obtenu au moins 43 des 44 sièges qu'ils briguaient sur les 45 en jeu.

La Commission électorale, citée par la radio et la télévision d'État, a attribué 40 députés à la LND, dont les six de Rangoon, et attend dans les prochains jours les résultats de cinq circonscriptions reculées.

«Le succès que nous rencontrons, c'est le succès du peuple», a lancé Aung San Suu Kyi devant ses partisans qui scandaient son nom. «Ce n'est pas tant notre triomphe que le triomphe du peuple, qui a décidé qu'il devait s'impliquer dans le processus politique de ce pays», a-t-elle ajouté. «Nous espérons que ce sera le début d'une nouvelle ère.»

Aung San Suu Kyi occupera pour la première fois une fonction élective. À 66 ans, «la Dame», comme la surnomment respectueusement les Birmans, prendra la tête d'un petit groupe de députés de l'opposition au Parlement. L'assemblée de 664 parlementaires reste dominée par le Parti de la solidarité et du développement de l'Union (PSDU), et un quart des postes sont réservés à l'armée.

Ce succès électoral n'en constitue pas moins une victoire symbolique majeure pour Aung San Suu Kyi, qui lutte depuis près de 25 ans pour la démocratie dans son pays. Un combat que la fille du héros de l'indépendance, le général Aung San, a payé chèrement.

Avant la levée de son assignation à résidence le 13 novembre 2010, elle a passé 15 années privée de liberté et séparée de sa famille. Lauréate du prix Nobel de la paix en 1991, elle a dû renoncer à se rendre aux obsèques de son mari britannique en Angleterre en 1999, de peur que la junte ne l'empêche de revenir en Birmanie. Ses partisans ont été emprisonnés et torturés.

Mais depuis un an, le gouvernement civil du président Thein Sein, qui a officiellement succédé à l'armée au pouvoir depuis 1962, a engagé des réformes, espérant la levée des sanctions qui pèsent sur le pays. Affichant sa volonté d'ouverture, le régime a notamment libéré des prisonniers politiques, conclu des cessez-le-feu avec des rébellions et desserré son étau sur les médias. Le scrutin de dimanche faisait figure de test à cet égard.

Les observateurs de la LND continuaient lundi de transmettre des résultats au siège du parti. Selon un porte-parole, Han Than, l'opposition s'est notamment emparée des quatre sièges en jeu dans la capitale, Naypyitaw, infligeant un cinglant revers au gouvernement dans cette ville peuplée de fonctionnaires.

Un conseiller du président Thein Sein, Nay Zin Latt, s'est dit «pas vraiment surpris que la LND ait remporté une majorité de sièges» et n'a pas exclu qu'Aung San Suu Kyi entre au gouvernement. «Tout est possible. On pourrait lui confier n'importe quel poste de responsabilité étant donné ses capacités», a-t-il déclaré à l'Associated Press.

Malgré des irrégularités dénoncées par la LND, la responsable de l'équipe d'observateurs de l'Union européenne, Malgorzata Wasilewska, a jugé le vote «suffisamment convaincant», sans aller jusqu'à le déclarer crédible. «Dans les bureaux de vote que j'ai visités (...), j'ai vu beaucoup de bonnes pratiques et de bonne volonté, ce qui est très important», a-t-elle noté.

Les États-Unis et leurs alliés, dont l'Union européenne, avaient prévenu qu'ils tiendraient compte du déroulement du scrutin pour décider d'un allégement des sanctions.

«Même les régimes les plus répressifs peuvent se réformer et même les sociétés les plus fermées peuvent s'ouvrir», s'est réjouie dimanche la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton.

Son homologue français, Alain Juppé, a salué «une journée historique pour le peuple birman», qui «marque un jalon vers le retour à la démocratie en Birmanie».