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Législatives en Birmanie: vers un succès historique pour Suu Kyi et la LND

01/04/2012 05:02 EDT | Actualisé 31/05/2012 05:12 EDT

RANGOON, Myanmar - Figure de l'opposition à la junte birmane en 1988, Aung San Suu Kyi a décroché dimanche un siège de député à l'occasion des élections législatives partielles organisées dans le pays, selon son parti. Ce scrutin historique, qui porte sur 45 des 664 sièges d'un Parlement largement dominé par le parti au pouvoir et où un quart des sièges sont réservés à l'armée, a toutefois été marqué par des "irrégularités", a noté l'opposition.

Nyan Win, porte-parole de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) dirigée par Aung San Suu Kyi, a ainsi dénoncé "des irrégularités répandues". Les reproches portent notamment sur des bulletins de vote en papier ciré où il était difficile de cocher les cases. D'autres documents ne portaient pas le sceau de la Commission électorale. Certains des quelque sept millions électeurs inscrits disent aussi n'avoir pu voter, leur nom ne figurant pas sur les listes électorales.

Les bureaux de vote ont fermé à 16h locales (9h30 GMT). Mais on ignorait quand les premiers résultats officiels seraient rendus publics.

Alors que les observateurs de la LND faisaient remonter les résultats des bureaux de vote, Nyan Win estimait que l'opposition remporterait 40 des 45 sièges en jeu, dont quatre dans la capitale administrative Naypyitaw, considérée comme un bastion de la formation au pouvoir, le Parti de la solidarité et du développement de l'Union (PSDU). D'autres membres du parti, qui ont requis l'anonymat, affirmaient que la formation d'Aung San Suu Kyi avait fait le plein de voix, remportant les 44 sièges qu'elle briguait.

Si ces résultats officieux se confirment pour la fille du père de l'indépendance, le général Aung San, elle sera élue dans la circonscription rurale de Kawhmu, au sud de Rangoon, la capitale économique du pays. D'après la LND, elle disposait d'au moins 65 pour cent des suffrages dans 82 des 129 bureaux de vote de la circonscription.

"Elle ne pourra pas faire grand-chose pour l'heure", a confié Go Khehtay, après avoir voté pour l'opposante à Wah Thin Kha, un petit village rural de cette circonscription de Kawhmu. "Mais un jour, j'espère qu'elle pourra apporter un vrai changement", espère-t-il, alors qu'une élection présidentielle est prévue pour 2015.

"La Dame", comme elle est respectueusement surnommée, a voté en matinée dans ce village très pauvre situé à près de trois heures de route de Rangoon et peuplé de nombreux membres de l'ethnie karen. Aung San Suu Kyi a passé de longues minutes à saluer partisans et curieux.

Les premiers chiffres officieux ont en tout cas provoqué la joie des partisans de la LND à Rangoon. Des milliers d'entre eux, massés devant le siège du parti, ont scandé "On a gagné! On a gagné!", en applaudissant, dansant, agitant les drapeaux, levant le pouce ou faisant le V de la victoire.

Sur le panneau d'affichage numérique, l'opposante a toutefois fait diffuser un message dans lequel, tout en reconnaissant leur désir de crier leur joie, elle enjoint ses partisans de se montrer dignes dans la victoire. "N'ayez pas un comportement inapproprié qui mécontenterait la partie adverse", conseille-t-elle.

Après que la junte eut annulé la victoire massive de la LND aux législatives de 1990, ce scrutin a valeur de test pour l'ouverture affichée par le régime, qui espère la levée de sanctions internationales. Les pays occidentaux ont laissé entendre qu'ils pourraient lever certaines d'entre elles si le scrutin se déroulait correctement.

Depuis un an, le gouvernement civil du président Thein Sein, qui a officiellement succédé à l'armée au pouvoir depuis 1962, mène des réformes à marche forcée, libérant des prisonniers politiques, concluant des cessez-le-feu avec des rébellions ou desserrant son étau sur les médias. Une autre réforme majeure va entrer en vigueur lundi avec l'adoption d'un système de taux de change flottant. Jusqu'ici, la devise, le kyat, était soumise à plusieurs taux de change plus ou moins officiels.

Agée de 66 ans, la lauréate du Nobel de la paix en 1990 lutte sans répit pour la démocratie depuis 1988. Elle y a gagné une formidable popularité dans son pays et à l'étranger, mais l'a payé de 15 ans d'assignation à résidence, séparée la plupart du temps de ses deux enfants et de son époux, lequel est mort en Grande-Bretagne en 1999. Nombre de ses partisans ont été emprisonnés et torturés par la junte.

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