Birmanie: Aung San Suu Kyi élue députée, des irrégularités constatées

Aung San Suu Kyi

Première Publication: 1/04/2012 09:45 Mis à jour: 1/04/2012 09:49

RANGOUN, 1 avr 2012 (AFP) - L'opposante birmane Aung San Suu Kyi a remporté un siège de députée pour la première fois de sa carrière lors d'élections partielles historiques, a affirmé dimanche son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), tablant sur des victoires dans tout le pays.

Aung San Suu Kyi aurait remporté 99% des voix dans sa circonscription rurale de Kahwmu, a déclaré à l'AFP Soe Win, un cadre de la Ligue, tandis que des milliers de partisans hurlaient leur joie et chantaient devant le siège du parti à Rangoun.

Selon le responsable, la lauréate du prix Nobel de la paix aurait remporté la victoire dans tous les bureaux de vote de cette circonscription à deux heures de Rangoun.

Soe Win a aussi fait état de sérieux espoirs de victoire dans les 44 circonscriptions où la LND présentait un candidat, sur un total de 45 mises en jeu lors du scrutin: 37 à la chambre basse du parlement (sur 440 députés), six à la chambre haute et deux dans des chambres régionales.

"Nous sommes en tête pour remporter les 44 sièges. Nous attendons toujours l'annonce officielle", a-t-il déclaré alors que le régime birman n'avait encore communiqué aucune estimation.

Considérée il y a encore deux ans comme l'ennemie publique numéro un par la junte alors au pouvoir, Suu Kyi était très largement favorite même si elle affrontait le verdict des urnes pour la première fois.

"Nous avons attendu ce jour si longtemps. Je suis si heureuse. Je ne peux pas décrire ce que je ressens", a déclaré Kalyar, une mère de famille de 40 ans.

LA CARRIÈRE DE AUNG SAN SUU KYI EN IMAGES: (Suite du texte dessous)

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Le gouvernement, des anciens militaires réformateurs arrivés au pouvoir il y a un an, tente de prouver que ses réformes justifient la levée des sanctions occidentales qui étranglent l'économie du pays.

Au terme d'un processus de transition non violent et sous contrôle de l'armée, cette nouvelle équipe a proposé à Suu Kyi d'intégrer l'échiquier politique officiel. Selon les analystes, le gouvernement a lui-même intérêt à voir l'opposante triompher sous le regard de la communauté internationale.

Suu Kyi a plusieurs fois dénoncé une campagne pleine d'irrégularités. Mais elle a aussi revendiqué le besoin de participer - donc de légitimer - le processus en cours.

La LND a dénoncé dimanche la présence de cire sur des bulletins à côté du nom de ses candidats. Un procédé qui pourrait faciliter l'annulation de votes.

Des incidents minimisés par Surin Pitsuwan, secrétaire général de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean), qui a envoyé des observateurs.

"Globalement, les choses se passent bien et il y a beaucoup de plaintes de ce type dans les élections de nombreux autres pays", a-t-il relevé. "Je n'ai rien entendu de sérieux".

Malgorzata Wasilewska, une observatrice de l'Union européenne, a elle aussi jugé le déroulement des opérations "encourageant", tout en considérant qu'il était trop tôt pour tirer des conclusions sur l'ensemble du pays et sur la réelle crédibilité du processus.

Après des années à dissimuler leur soutien pour une femme qui s'est muée en icône de la résistance à la junte, les partisans d'Aung San Suu Kyi avaient laissé depuis quelques semaines éclater leur joie, convaincus de sa victoire.

La chanson "Notre mère est de retour" est ainsi devenue un tube de campagne.

Dimanche, après avoir mis un terme à ses derniers déplacements à la suite de problèmes de santé mineurs, Suu Kyi a déambulé toute la matinée vêtue d'une robe rouge, tout sourire et très à son aise, dans les villages de sa circonscription.

La "Dame" de Rangoun avait triomphé aux élections de 1990, sans que la junte ne reconnaisse jamais les résultats. Elle était encore en résidence surveillée vingt ans plus tard, en novembre 2010, lors de législatives boycottées par la LND et qualifiées de mascarade par l'Occident.

"Le processus électoral de 2010 (...) a représenté une opportunité ratée (...) Cela ne doit pas se reproduire alors que la Birmanie entre dans une ère nouvelle", avait estimé avant le vote l'envoyé spécial de l'ONU sur les droits de l'Homme en Birmanie, Tomas Ojea Quintana.

Le pouvoir n'avait pour sa part rien à craindre d'un point de vue comptable.

Le Parti de la solidarité et du développement de l'Union (USDP), créé de toutes pièces par l'ancienne junte, avait revendiqué environ 80% des sièges en 2010. Et un quart des parlementaires sont, en vertu de la Constitution, des militaires d'active désignés en marge du processus électoral.

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Publié par Myriam Lefebvre  |