Syrie: Damas dit avoir vaincu la révolte, les combats font rage

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La ville de Homs, le 30 mars 2012. (AFP-Getty)
La ville de Homs, le 30 mars 2012. (AFP-Getty)

DAMAS, 31 mars 2012 (AFP) - Le régime syrien a affirmé avoir gagné "une fois pour toutes" la bataille contre l'opposition et les rebelles mais ses troupes bombardaient toujours samedi des poches de résistance et de violents combats opposaient soldats et déserteurs près de Damas et dans le sud.

Cette annonce intervient à la veille de la réunion des "Amis de la Syrie" à Istanbul, où plus de 70 pays tenteront d'"accroître la pression" sur le régime, mais les perspectives d'avancées restent limitées en raison des divergences au sein de l'opposition syrienne et entre les pays arabes ou occidentaux.

Enhardi par ces divisions et fort de l'appui de son armée et d'une partie de la population, le régime poursuit sa répression brutale et sa guerre sans merci contre les rebelles, tout en disant accepter toutes les initiatives visant à régler la crise.

Samedi, au moins 19 personnes, en majorité des civils, ont péri dans ces opérations, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

"La bataille pour faire tomber l'Etat en Syrie est terminée une fois pour toutes", a pourtant affirmé le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Jihad Makdessi, prévenant que l'armée ne se retirerait des zones résidentielles qu'après "le rétablissement de la sécurité et la paix civile".

Le régime ne reconnaît pas la contestation et attribue les violences, qui ont fait près de 10.000 morts en un an selon une ONG syrienne, à des "bandes terroristes" soutenues par l'étranger.

L'armée continuait samedi sa campagne contre les bastions insurgés, bombardant le quartier de Khaldiyé à Homs (centre) "avec une roquette par minute en moyenne". La répression a tué, entre autres, un civil qui animait par des chants les manifestations dans la province d'Idleb (nord-ouest).

De violents combats entre armée et rebelles se déroulaient également depuis l'aube près de Damas et dans la province de Deraa (sud), selon l'OSDH.

L'AFP n'est pas en mesure de vérifier ces informations et ces bilans en raison des restrictions draconiennes imposées aux médias par les autorités pour la couverture de la crise.

Les violences se poursuivent alors même que Damas a dit accepter le plan de l'émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe, Kofi Annan, qui préconise notamment la cessation de toute forme de violence par toutes les parties sous supervision de l'ONU, la fourniture d'aide humanitaire et la libération des personnes détenues arbitrairement.

Dans ce cadre, Damas a annoncé avoir accepté d'accueillir, à la demande de l'ONU, une équipe d'experts pour étudier les conditions de déploiement d'une mission d'observateurs des Nations unies pour surveiller un éventuel cessez-le-feu.

Avant sa participation à la réunion d'Istanbul, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, entamait son deuxième jour de visite à Ryad, où elle a tenu avec le roi Abdallah et son homologue Saoud al-Fayçal des entretiens axés sur les "efforts de la communauté internationale pour mettre fin au bain de sang en Syrie".

Mais des experts ont exprimé leurs doutes concernant les résultats de la réunion d'Istanbul.

"Je suis très réservée et très sceptique sur ce qui va se passer lors de cette conférence", a déclaré à l'AFP Agnès Levallois, spécialiste du Moyen Orient basée à Paris.

"Il me semble qu'il y a un retrait de la communauté internationale en ce qui concerne la crise syrienne", a-t-elle dit, estimant que les participants vont "essayer de se débarrasser du dossier syrien en le donnant à Kofi Annan pour trouver une solution".

Ce sentiment d'abandon a poussé vendredi des milliers de Syriens à manifester pour exprimer leur déception au lendemain d'un sommet arabe qui s'est contenté d'appeler régime et opposition au dialogue.

"Arabes, cessez de nous ignorer, le peuple syrien veut vivre en paix", clamaient des pancartes brandies par des manifestants.

Le sommet arabe a évité d'appeler le président Assad au départ et d'apporter son soutien à l'armement des rebelles, comme le réclament l'Arabie saoudite et le Qatar.

Il n'est pas non plus revenu sur un plan de la Ligue arabe prévoyant le transfert des fonctions du chef de l'Etat à son vice-président, de nouveau réclamé par le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition.

De son côté, le ministère des Affaires étrangères syrien a estimé que "la conférence d'Istanbul ne réunit pas les amis de la Syrie, et à son programme ne figure pas l'amitié, mais l'inimité envers la Syrie".