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Mali: les rebelles touaregs attaquent Gao, discussions au Burkina Faso

31/03/2012 11:14 EDT | Actualisé 31/05/2012 05:12 EDT

BAMAKO, Mali - Dix jours après le coup d'Etat militaire, la crise s'accentue au Mali, avec la progression de l'insurrection touareg dans le nord du pays. Après s'être emparés la veille de la capitale provinciale Kidal, les rebelles ont attaqué samedi la ville stratégique de Gao et l'inquiétude régnait à Tombouctou, selon des témoins et une source au Niger voisin.

Alors que la CEDEAO a donné jusqu'à lundi à la junte pour restaurer un gouvernement civil, des discussions ont eu lieu au Burkina Faso samedi, où une délégation des putschistes du 21 mars a rencontré le président Blaise Compaoré.

Après cet entretien, un représentants des mutins, le colonel Moussa Coulibaly, a assuré que la délégation partait "confiante". "Nous espérons que nous parviendrons dans les délais les plus brefs à trouver un consensus sur la façon de restaurer les institutions de l'Etat d'une façon qui soit acceptable pour le monde", a-t-il dit. Le président Compaoré fait partie des cinq dirigeants de la région qui tentent une médiation pour rétablir l'ordre constitutionnel au Mali.

Depuis le coup d'Etat, le pays s'est vu imposer de sévères sanctions économiques. Et la CEDEAO (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest) a donné 72 heures -soit jusqu'à lundi- à la junte pour redonner le pouvoir aux civils. Sinon, l'organisation ouest-africaine menace de fermer les frontières du pays et geler ses comptes sur la banque centrale régionale.

Le chef des putschistes, le capitaine Amadou Haya Sanogo, a assuré qu'il "comprend" la position de l'instance régionale, tout en appelant les Etats voisins à se pencher sur les motifs du coup d'Etat, et notamment les opérations militaires ratées dans le nord du pays qui ont coûté leur vie à plusieurs soldats.

Dans le nord justement, les rebelles touaregs poursuivent leur offensive. Les villes de Kidal et Gao constitueraient de belles prises pour l'insurrection, lancée en janvier dernier. Gao se situe à environ 1.200km de la capitale malienne. Si elle devait tomber, le pouvoir de Bamako ne contrôlerait plus que Tombouctou dans le Nord.

La ville se trouvait en état d'alerte. Samedi, Baba Boré, programmateur sur la radio locale Alfarouk, a rapporté que des coups de feu avaient été entendus un peu plus tôt dans la journée. Les familles de militaires stationnés dans les deux casernes de la ville ont été évacuées dans la crainte d'une attaque. Les commerces ont fermé et des barrages routiers été installés partout.

A l'est de Tombouctou, la ville de Gao a essuyé une offensive rebelle tôt samedi matin, selon un journaliste de la radio Aadar. Il y a eu de violents combats toute la matinée et cela continue toujours actuellement", a dit Ibrahima Ly à la mi-journée. "On peut entendre des tirs d'armes lourdes et de mitrailleuses. La plupart des combats se situent juste à la sortie de la ville. Il y a eu des affrontements près du camp militaire à l'est de la ville", a-t-il ajouté. "Il y a eu aussi des combats dans la ville même, mais c'est assez léger. Tout le monde a peur et reste enfermé chez soi".

L'attaque sur Gao a été confirmée également par de source gouvernementale au Niger, en contact avec les deux parties. A Gao, les Touaregs devraient rencontrer une plus forte résistance, la majorité des troupes de l'armée appartenant à l'ethnie bambara. A Kidal, prise vendredi, la plupart des soldats étaient des Touaregs.

Les rebelles touaregs du Mouvement national de libération de l'Azaouad (MNLA) ont lancé le 17 janvier un nouveau soulèvement dans le nord du pays. Le MNLA revendique l'autonomie de la région de l'Azaouad, foyer traditionnel des nomades touaregs. L'aile militaire du mouvement a été renforcée par des Touaregs libyens qui ont combattu pour Moammar Kadhafi et ont gagné le Mali après sa chute l'an dernier.

Les trois mois d'insurrection ont fait plusieurs dizaines de morts chez les soldats maliens envoyés combattre les rebelles, souvent sans suffisamment de munitions. La semaine dernière, les soldats d'une garnison de Bamako avaient commencé à tirer en l'air pour protester contre le traitement de leurs frères d'armes.

La mutinerie s'est propagée à d'autres garnisons et le soir du 21 mars, des soldats mutins, avec à leur tête Amadou Sanogo, ont encerclé le palais présidentiel et ont pris le pouvoir dans la nuit. Le président Amadou Toumani Touré, 63 ans, qui avait fui le palais, n'est pas réapparu en public depuis.

Samedi, un rassemblement de soutien au coup d'Etat a été organisé dans un stade de Bamako, où plusieurs centaines de personnes avaient été acheminées en car par les partis politiques favorables aux putschistes. Les manifestants brandissaient des pancartes disant "Non à une démocratie de façade". AP

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