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Aung San Suu Kyi devrait l'emporter lors des élections de dimanche en Birmanie

31/03/2012 09:09 EDT | Actualisé 31/05/2012 05:12 EDT

WAH THIN KHA, Myanmar - La Birmanie a tenu dimanche des élections historiques qui devaient voir l'entrée de l'icône de la démocratie Aung San Suu Kyi au Parlement pour son premier poste politique au sein de l'État depuis le début de sa lutte longue de plusieurs décennies contre le gouvernement dominé par l'armée.

L'élection complémentaire de dimanche, visant à combler quelques dizaines de sièges vacants, fait suite à des mois de réformes surprenantes par un gouvernement civil qui ne désire pas nécessairement céder du terrain à Mme Suu Kyi, mais qui doit apparaître comme étant plus démocratique afin de faire mettre fin à des décennies d'isolement international qui ont grevé l'économie de cet État du Sud-Est asiatique.

Le parti de Mme Suu Kyi et ses alliés de l'opposition n'auront pratiquement pas d'influence même s'ils remportent tous les sièges en jeu, puisque le Parlement de 664 sièges demeurera dominé par l'armée et le parti au pouvoir soutenu par les militaires.

Lorsque Mme Suu Kyi entrera en poste, toutefois, cela symbolisera un pas de géant en direction de la réconciliation nationale après près d'un quart de siècle lors duquel elle a passé la majeure du partie du temps en résidence surveillée.

La lauréate du Prix Nobel de la Paix âgée de 66 ans vise à représenter la circonscription de Wah Think Kha, l'un des dizaines de villages pauvres situés au sud de la métropole Rangoon. Elle y affronte Soe Win, un ancien docteur candidat du parti au pouvoir.

Celle que l'on appelle «la Dame» a passé la nuit dans le hameau, où des partisans ont assemblé un petit réseau électrique pour alimenter des lampes installées à l'extérieur de la maison dans laquelle elle est demeurée. Le village de 3000 fermiers n'a pas d'électricité ou d'eau courante, et encore moins de routes pavées, et son absence quasi totale de développement illustre les grands défis auxquels le pays fait face alors qu'il émerge lentement de 49 ans de domination militaire.

L'an dernier, la junte militaire birmane a cédé le pouvoir à un gouvernement civil dominé par les officiers à la retraite, un geste décrié par les sceptiques comme un sauf-conduit pour le maintien du pouvoir entre les mains des militaires. Les nouveaux leaders élus en 2010 lors d'élections qualifiées de ni libres, ni justes par l'opposition, ont surpris le monde avec une vague de réformes, suscitée d'une part par un désir de faire lever les sanctions occidentales et, d'autre part, de se libérer de l'influence du puissant voisin chinois.

Vendredi, «la Dame» a déclaré à des journalistes qu'elle espérait «convaincre l'armée, leur faire comprendre que nous devons travailler ensemble si nous voulons la paix et le progrès».

L'armée doit comprendre que «l'avenir de ce pays est leur avenir et que les réformes signifient des changements pour eux aussi», a-t-elle ajouté.

Mme Suu Kyi a toutefois exprimé de sérieux doutes concernant la légitimité du scrutin, affirmant qu'il ne pouvait être qualifié d'élection libre et juste en raison d'une myriade d'irrégularités et des cas d'intimidation constatés durant la campagne. Son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, affirme que des responsables électoraux se sont illégalement prononcés en faveur du parti au pouvoir, que des affiches de l'opposition ont été vandalisées, et que si certaines listes électorales sont incomplètes, d'autres contiennent les noms de personnes décédées.

Malgré tout, a dit «la Dame», elle ne regrette pas d'être entrée dans la course, et a dit être déterminée à aller de l'avant «parce que c'est ce que nous croyons que le peuple désire».

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