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Les ventes des «résidences diplomatiques» terniront-elles l'image du Canada?

30/03/2012 05:47 EDT | Actualisé 30/05/2012 05:12 EDT

OTTAWA - Le ministre des Affaires étrangères, John Baird, a assuré vendredi que les intérêts du Canada à l'étranger ne souffriraient pas des coupes annoncées dans le budget fédéral, qui retranche 170 millions $ et prévoit la vente de «résidences diplomatiques».

En revanche, les analystes croient que ce plan de réduction des coûts au ministère des Affaires étrangères nuira à la diplomatie canadienne au moment où le gouvernement souhaite encourager les échanges commerciaux afin de renflouer les coffres.

Le budget du ministre des Finances, Jim Flaherty, fournit peu de détails à propos des mesures d'austérité auxquelles sera confronté le corps diplomatique, dont les ressources sont déjà limitées.

Il présente toutefois une réduction du financement du ministère de l'ordre de 170 millions $ au cours des trois prochaines années. Les Affaires étrangères bénéficient actuellement d'un budget de 2,6 milliards $.

Le gouvernement prévoit également procéder à la vente de certaines résidences officielles à l'étranger afin de transférer les diplomates vers de plus petits domiciles, une mesure qui devrait permettre de générer des revenus de 80 millions $.

Les conservateurs souhaitent que les diplomates en poste à l'étranger demeurent en poste plus longtemps, afin de diminuer les coûts de déménagement. Il est aussi prévu d'abaisser leur allocation pour le logement, les contraignant à chercher des résidences plus modestes.

«Les séjours prolongés permettront au Canada d'améliorer ses contacts sur le terrain et de réduire les coûts administratifs associés aux relocalisations fréquentes», indique le budget. «Des résidences plus modestes n'auront pas de conséquences sur la capacité de nos diplomates à faire leur travail et contribuera à réduire le nombre d'employés, le tout permettant une réduction des coûts.»

Le ministre Baird avait peu de choses à dire sur ces décisions, mais il a tout de même défendu les choix du gouvernement fédéral.

«Avons-nous besoin de résidences d'une valeur de 20 millions $ dans certaines capitales du monde? Pouvons-nous tenter d'économiser?», a-t-il demandé. «Je crois fermement que nous le pouvons, que nous continuerons malgré tout à faire du bon travail diplomatique et des bonnes affaires au niveau des échanges commerciaux.»

Mais la confiance du ministre est loin d'épater certains analystes et diplomates à la retraite.

«Nous ne serons pas en mesure de défendre les intérêts du Canada en servant du 'Ginger Ale' et des craquelins Ritz dans un appartement au sous-sol», a lancé Fen Hampson, qui dirige l'école Norman Paterson des affaires internationales à l'université Carleton. «En bout de ligne, les résidences ne sont pas là pour que les diplomates mènent une vie luxueuse, mais plutôt pour symboliser l'importance d'une relation avec un pays.»

Bien que la vente de résidences de grande valeur puisse être bénéfique au niveau national, elle risque d'envoyer le mauvais message à l'étranger, selon M. Hampson. «Le message que nous envoyons au pays hôte, c'est qu'il n'est plus aussi important pour nous qu'il l'a déjà été. C'est un grand danger quand on vend des résidences officielles.»

D'autres ont dénoncé cette annonce, la qualifiant de mauvaise décision d'affaires et disant considérer les résidences comme des investissements de grande valeur.

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