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Élections en Birmanie: Aung San Suu Kyi déplore des fraudes répandues

30/03/2012 04:54 EDT | Actualisé 29/05/2012 05:12 EDT

RANGOON, Myanmar - À deux jours des élections en Birmanie, l'opposante historique Aung San Suu Kyi a déclaré vendredi que le scrutin ne serait ni libre ni juste en raison d'irrégularités répandues dans tout le pays.

Le scrutin a valeur de test pour l'ouverture affichée par le régime, qui espère la levée des sanctions internationales.

Lors d'une conférence de presse dans le jardin de sa résidence à Rangoon, la lauréate du prix Nobel de la paix, âgée de 66 ans, a affirmé que les irrégularités «dépassent ce qui est acceptable dans des élections démocratiques».

«Je ne pense pas qu'on puisse les considérer comme libres et justes si on envisage ce qui se passe depuis les derniers mois. Nous avons été confrontés à de nombreuses irrégularités», a-t-elle déploré.

Selon Aung San Suu Kyi, des candidats de son parti, la Ligue nationale de la démocratie, ont été victimes d'intimidation, ce qui a entravé leur campagne pour les élections de dimanche. Un des gardes chargés de la sécurité du parti a dû être hospitalisé.

Il y a eu «beaucoup, beaucoup de cas d'intimidation» et de vandalisme contre les affiches de campagne de la LND, que Mme Suu Kyi a attribués à des «personnes à des postes officiels».

Malgré ces irrégularités, Aung San Suu Kyi a assuré que son parti restait déterminé «parce que nous pensons que c'est que veut le peuple».

L'opposante historique est elle-même candidate dans la circonscription de Kawhmu, dans le sud de Rangoon, capitale économique de la Birmanie. Sa probable élection porte une très forte charge symbolique et pourrait ouvrir la voie à sa candidature à la présidence en 2015.

Les législatives porteront sur 45 des 664 sièges du Parlement, mais dans une assemblée très largement dominée par le parti au pouvoir et où 25 pour cent des sièges sont réservés à l'armée, l'influence des députés de l'opposition risque d'être limitée.

Les pays occidentaux ont laissé entendre qu'ils pourraient lever certaines sanctions visant la Birmanie si le scrutin se déroule correctement. Depuis un an, le gouvernement civil, qui a officiellement succédé à la junte au pouvoir depuis 1962, mène des réformes à marche forcée, libérant des prisonniers politiques, concluant des cessez-le-feu avec des rébellions et desserrant son étau sur les médias.

Dimanche, le président Thein Sein a admis «des erreurs» sur les listes électorales et a demandé aux personnalités politiques de respecter «la décision du peuple».

Son conseiller, Nay Zin Latt, a déclaré à l'Associated Press vendredi qu'il pourrait y avoir «quelques ratés et cahots dans le processus», mais que les dirigeants «ont publiquement dit qu'ils voulaient un scrutin libre, juste et impartial».

«Le pays est sur la voie de la réforme et est en train de construire une société démocratique», a-t-il assuré.

La LND affirme pour sa part que des responsables de la commission électorale ont fait campagne pour le parti au pouvoir ou ont exclu des listes électorales des personnes qui auraient dû y figurer. Le parti d'opposition a aussi dénoncé des achats de voix et l'interdiction faite à Aung San Suu Kyi d'organiser des rassemblements dans des stades.

«Je ne pense pas que nous puissions dire que ces élections seront libres et justes si nous regardons ce qui se passe», a dit Aung San Suu Kyi vendredi.

Elle s'est dite convaincue que le président Thein Sein «souhaite des réformes démocratiques mais, comme je l'ai déjà dit, je n'ai jamais été certaine du soutien dont il bénéficie, en particulier dans l'armée».

Aung San Suu Kyi, fille du héros de l'indépendance Aung San, lutte sans répit pour la démocratie en Birmanie depuis 1988. Elle a gagné une formidable popularité dans son pays et à l'étranger, mais l'a payée de 15 ans d'assignation à résidence, séparée la plupart du temps de ses enfants et de son mari, mort au Royaume-Uni en 1999. Nombre de ses partisans ont été emprisonnés et torturés par la junte, qui a annulé la victoire de la LND aux législatives de 1990.

«La Dame», comme la surnomment respectueusement les Birmans, a estimé vendredi que l'heure était à la politique et pas à la question de «pardonner» ou non les persécutions. Elle a plaidé pour la «réconciliation nationale».

Quel que soit le résultat des législatives de dimanche, l'opposition a déjà remporté un triomphe «après des décennies d'engourdissement» en mobilisant l'opinion publique, en particulier les jeunes, sur les enjeux politiques, a estimé Aung San Suu Kyi.

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