POLITIQUE

La Protectrice du citoyen critique les soins à domicile aux aînés

30/03/2012 04:27 EDT | Actualisé 30/05/2012 05:12 EDT
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QUÉBEC - Les soins à domicile fournis aux aînés en perte d'autonomie et aux handicapés sont loin de répondre à la demande, selon la protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain.

Là comme ailleurs, les listes d'attente s'allongent et les services offerts, qui varient en quantité et en qualité d'une région à l'autre, ne correspondent pas, loin de là, aux engagements pris par le gouvernement, conclut la protectrice, à la suite d'une enquête dont les conclusions ont été rendues publiques vendredi dans un rapport très critique.

Elle juge que la politique de soutien à domicile, mise en place en 2003, est déficiente et mal appliquée. Au bout du compte, ce sont les citoyens parmi les plus vulnérables de la société qui en payent le prix.

«Le Protecteur du citoyen est vivement préoccupé par l'impact d'un niveau insuffisant de services à domicile sur la qualité de vie des usagers présentant une incapacité permanente ou en perte d'autonomie et sur la sécurité de la clientèle à domicile en attente de services. Nous assistons actuellement à une répartition des ressources et à un discours justificatif qui donnent l'illusion d'une accessibilité équitable pour tous, mais qui, en réalité, répondent bien peu aux besoins adéquatement évalués des personnes visées», écrit Mme Saint-Germain.

À la suite d'une série de plaintes reçues des usagers, la protectrice dénonce le fait que plusieurs centaines d'entre eux sont en attente de services, qu'il s'agisse de l'aide pour les soins d'hygiène, l'habillement, les tâches domestiques et la préparation des repas, notamment.

Le fardeau du soutien et de l'accompagnement de ces personnes vulnérables et en perte d'autonomie est alors reporté sur les proches et les aidants naturels qui se retrouvent épuisés avant longtemps, note-t-elle dans son rapport d'une quarantaine de pages.

Bref, conclut la protectrice, «les services prévus dans la Politique à l'intention des proches-aidants sont peu disponibles et parfois même inexistants. Il faut noter que, tout comme pour les besoins des personnes inscrites au programme soutien à domicile, les besoins des aidants naturels sont soumis à la réalité des listes d’attente».

Dans l'ensemble, elle déplore un nivellement vers le bas des heures de services normalement allouées aux personnes dans le besoin.

Par exemple, elle cite le cas d'un homme lourdement handicapé. Le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de sa région lui avait reconnu un besoin de 38 heures de soutien à domicile par semaine. Pourtant, il n'avait droit qu'à 20 heures de soins, soit le maximum fourni par le CSSS, quel que soit le besoin réel de la personne.

Ailleurs, certains centres fonctionnent à géométrie variable, créant deux catégories d'usagers ayant des droits différents: les personnes handicapées et les personnes âgées. Un exemple: une personne handicapée de moins de 65 ans peut recevoir un maximum de 21 heures de services par semaine, alors qu'une personne âgée en perte d'autonomie de plus de 65 ans reçoit seulement un maximum de 10 heures de services par semaine pour les mêmes besoins identifiés.

De plus, le manque de services à domicile se traduit par une utilisation inappropriée des lits d'hôpitaux ou des places en centres d'hébergement et en centres de réadaptation, ce qui ajoute au problème au lieu de le régler.

Pourtant, Québec a annoncé un ajout budgétaire de 45 millions $ en juin 2011 pour le soutien à domicile des personnes âgées. Mais, en parallèle, «on exigeait du réseau de la santé et des services sociaux des compressions de 300 millions $, en plus de l'atteinte de l'équilibre budgétaire». La protectrice s'interroge donc sur l'utilisation réelle de ces 45 millions $.

La protectrice demande que le ministère de la Santé lui remette un rapport quant au suivi de ses recommandations d'ici le mois de juin. Elle lui demande de clarifier ses intentions.

L'opposition péquiste a aussitôt dénoncé la négligence du gouvernement dans ce dossier depuis 2003.

«L'accessibilité aux soins à domicile se dégrade au Québec parce que le gouvernement libéral néglige l'application d'une politique gouvernementale adoptée en 2003. C'est un cri d'alarme de la Protectrice du citoyen après une vaste enquête. Quand le gouvernement libéral se rendra-t-il compte qu'il n'en fait pas assez?», a demandé la députée d'Hochelaga-Maisonneuve et porte-parole de l'opposition officielle pour les aînés, Carole Poirier.

L'attaché de presse de Dominique Vien, ministre déléguée aux Services sociaux, a réagi en disant que le soutien à domicile constitue une priorité gouvernementale.

«Depuis 2003, les investissements en soutien à domicile ont connu une hausse considérable de 69 pour cent pour atteindre plus d'un milliard de dollars», selon le porte-parole, Florent Tanlet.