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Birmanie: Aung San Suu Kyi devrait remporter les législatives mais dénonce des irrégularités

30/03/2012 01:53 EDT | Actualisé 30/05/2012 05:12 EDT

YANGON, Myanmar [Burma] - L'opposante birmane Aung San Suu Kyi devrait être élue au Parlement dimanche mais elle estime que ces législatives ne seront ni libres, ni justes en raison de nombreuses irrégularités et de tentatives d'intimidation visant son parti. Le scrutin a valeur de test pour l'ouverture affichée par le régime, qui espère la levée de sanctions internationales.

La lauréate du prix Nobel de la paix a fait état vendredi de "beaucoup, beaucoup de cas d'intimidation" et de violations du code électoral, ainsi que de jets de pierres et autres objets sur des candidats de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) qu'elle dirige. Un de ses gardes aurait été hospitalisé. Malgré tout, "le courage et la détermination du peuple surmonteront ces intimidations".

Les législatives porteront sur 45 des 664 sièges du Parlement mais dans une assemblée très largement dominée par le parti au pouvoir et où 25% des sièges sont réservés à l'armée, l'influence des députés d'opposition risque d'être limitée.

Les pays occidentaux ont laissé entendre qu'ils pourraient lever certaines sanctions visant la Birmanie si le scrutin se déroulait correctement. Depuis un an, le gouvernement civil, qui a officiellement succédé à la junte au pouvoir depuis 1962, mène des réformes à marche forcée, libérant des prisonniers politiques, concluant des cessez-le-feu avec des rébellions ou desserrant son étau sur les médias.

Dimanche dernier, le président Thein Sein a admis "des erreurs" sur les listes électorales et demandé aux politiques de respecter "la décision du peuple". Son conseiller Nay Zin Latt a déclaré à l'Associated Press vendredi qu'"il pourrait y avoir quelques ratés et cahots dans le processus mais (que) nos dirigeants (avaient) publiquement dit qu'ils voulaient un scrutin libre, juste et impartial". "Le pays est sur la voie de la réforme et est en train de construire une société démocratique", a-t-il assuré.

La LND affirme pour sa part que des responsables de la commission électorale ont fait campagne pour le parti au pouvoir ou exclu des listes électorales des personnes qui auraient dû y figurer tandis que des morts étaient inscrits. Elle a aussi dénoncé des achats de voix et l'interdiction faite à sa dirigeante d'organiser des meetings dans des stades.

"Je ne pense pas que nous puissions dire que ces élections seront libres et justes si nous regardons ce qui se passe (...) Les irrégularités dépassent ce qui est acceptable dans des élections démocratiques", a accusé Aung San Suu Kyi lors d'une conférence de presse dans le jardin de sa résidence délabrée à Rangoon.

Elle s'est dite convaincue que le président Thein Sein "souhaite des réformes démocratiques mais, comme je l'ai déjà dit, je n'ai jamais été certaine du soutien dont il bénéficie, en particulier dans l'armée". "Malgré tout, nous sommes déterminés à poursuivre car nous pensons que c'est ce que notre peuple veut."

Aung San Suu Kyi elle-même brigue un siège de députée dans la circonscription de Kawhmu, dans le sud de Rangoon, capitale économique de la Birmanie. Sa probable élection porte une très forte charge symbolique et pourrait ouvrir la voie à sa candidature à la présidence en 2015.

Fille du héros de l'indépendance Aung San, l'opposante âgée de 66 ans lutte sans répit pour la démocratie depuis 1988. Elle y a gagné une formidable popularité dans son pays et à l'étranger mais l'a payé de 15 ans d'assignation à résidence, séparée la plupart du temps de ses enfants et de son époux, lequel est mort en Grande-Bretagne en 1999. Nombre de ses partisans ont été emprisonnés et torturés par la junte, qui a annulé la victoire de la LND aux législatives de 1990.

"La Dame", comme la surnomment respectueusement les Birmans, a estimé vendredi que l'heure était à la politique et pas à la question de "pardonner" ou non les persécutions. Elle a plaidé pour "la réconciliation nationale". C'était sa première apparition en public depuis que l'épuisement l'avait contrainte à suspendre sa campagne la semaine dernière.

Quel que soit le résultat des législatives de dimanche, l'opposition a déjà remporté un "triomphe (...) après des décennies d'engourdissement" en mobilisant l'opinion publique, en particulier les jeunes, sur les enjeux politiques, a estimé Aung San Suu Kyi. AP

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