NOUVELLES

Les Espagnols en grève générale pour protester contre les mesures d'austérité

29/03/2012 06:52 EDT | Actualisé 29/05/2012 05:12 EDT

MADRID - Les travailleurs espagnols, en colère contre les réformes du travail qu'ils jugent trop favorables aux entreprises, ont organisé une grève nationale de 24 heures jeudi et ont tenté de paralyser le pays en bloquant la circulation, en fermant des usines et en affrontant la police lors de manifestations turbulentes.

Les syndicats se sont félicités de la participation massive au mouvement de grève, mais le gouvernement et les associations patronales ont affirmé que la grève n'était rien de plus qu'une nuisance pour le pays.

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Madrid et dans plusieurs autres villes. La manifestation a tourné à la violence à Barcelone, la deuxième ville du pays, où des militants cagoulés ont brisé les vitrines de banques et de magasins, en plus de mettre le feu à des conteneurs de déchets. La télévision a aussi montré des images de manifestants lançant des pierres contre les véhicules de la police antiémeute.

À Valence, la circulation a été perturbée quand des manifestants ont mis le feu à des matelas sur une autoroute. À Murcia, dans l'est du pays, des manifestants ont lancé un cocktail Molotov sur une voiture de police.

Les autorités ont arrêté au moins 176 manifestants à travers le pays et ont indiqué que 104 personnes avaient été blessées dans les affrontements, dont 58 policiers. Personne n'a été blessé grièvement.

Les manifestations surviennent à la veille de la présentation du budget 2012, dans lequel le gouvernement conservateur du premier ministre Mariano Rajoy annoncera d'autres mesures d'austérité de plusieurs milliards d'euros visant à réduire le déficit dans les limites établies par l'Union européenne, dans l'objectif de rassurer les investisseurs internationaux.

Les travailleurs protestent contre les mesures d'austérité déjà annoncées, qui permettent notamment aux entreprises de congédier plus facilement des employés et de diminuer les salaires de façon unilatérale. Le taux de chômage en Espagne frôle les 23 pour cent, le taux le plus élevé des 17 pays de la zone euro.

Les syndicats ont demandé au gouvernement de faire un «geste» pour réduire la portée des réformes, prévenant qu'ils pourraient paralyser le pays davantage à partir du 1er mai. Le gouvernement a rapidement répondu par la négative.

«Il n'y a pas d'arrêt sur le chemin de la réforme», a dit la ministre du Travail, Fatima Banez.

Les travailleurs estiment qu'ils sont forcés de renoncer à des droits acquis de longue date.

«Pourquoi je manifeste? J'ai passé 45 ans à travailler pour la même entreprise et maintenant, ils peuvent se débarrasser de moi presque gratuitement», a dit José Jimenez, un travailleur du textile âgé de 60 ans qui participait à la manifestation à Madrid.

D'autres estiment que les réformes mises en place en février par le gouvernement ne feront qu'accroître les profits des entreprises et des banques.

«Les travailleurs perdent tous leurs droits et les bénéfices n'iront qu'aux banques et aux entreprises», a estimé Fidel Martin, un chauffeur d'autobus âgé de 57 ans.

Le secrétaire général de l'Union générale des travailleurs, Candido Mendez, a estimé que 77 pour cent des syndiqués avaient participé à la grève jeudi. Dans le domaine industriel et dans le secteur de la construction, le taux de participation a été de 97 pour cent, selon lui. «Cette grève est un succès incontestable», a-t-il estimé.

La consommation d'électricité, qui permet de mesurer l'activité commerciale et industrielle, avait diminué de 17 pour cent en matinée, selon le ministère de l'Intérieur. C'est un peu moins que durant la dernière grève générale, en 2010, qui avait été considérée comme un demi-succès.

La grève s'est particulièrement fait sentir dans le domaine des transports. Les syndicats n'ont garanti que 30 pour cent du service normal aux heures de pointe dans les transports publics. Le principal transporteur aérien espagnol, Iberia, a annulé 65 pour cent de ses vols jeudi.

Selon le syndicat UGT, presque tous les travailleurs des usines Renault, SEAT, Volkswagen et Ford à travers l'Espagne ont respecté la grève, qui a aussi été suivie dans d'autres secteurs industriels comme les mines et les ports.

Les chaînes de télévision régionales en Andalousie, en Catalogne et à Madrid étaient hors d'ondes pour la journée en raison de la grève.

PLUS:pc