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La sécurité des Jeux de Londres remise en question après les tueries de Toulouse

29/03/2012 07:15 EDT | Actualisé 29/05/2012 05:12 EDT

LONDRES - Les responsables de la sécurité des Jeux olympiques de Londres ont prévu toutes sortes de situations cauchemardesques, des attentats coordonnées dans les transports en commun comme ceux de 2005 à la «bombe sale», en passant par la cyberattaque, mais après les tueries de la semaine dernière en France, les autorités mettent de l'avant le scénario du «loup solitaire».

«Sur Internet, il y a des sites qui appellent justement à des attaques du type "loup solitaire"», constate Rob Wainwright, à la tête de l'agence policière européenne Europol à La Haye, aux Pays-Bas.

«On ne peut pas exclure ce genre de chose», explique Denis Oswald, chef de la commission de coordination du Comité international olympique (CIO) pour les Jeux de Londres, qui se dérouleront du 27 juillet au 12 août. «Chaque site olympique sera spécialement protégé mais, évidemment, dans la rue, les gens qui attendent le bus pour rejoindre un site olympique pourraient être pris pour cibles», reconnaît-il.

Dans les fusillades survenues en France, un islamiste de 23 ans, Mohamed Merah, a revendiqué les meurtres par balle de sept personnes, trois soldats à Montauban et quatre personnes dans une école juive de Toulouse, avant d'être tué dans l'assaut de son appartement par la police.

Le jeune homme a été largement décrit comme un assassin solitaire par la classe politique, mais la police recherche d'éventuels complices. Selon les autorités, Mohamed Merah fréquentait des fondamentalistes en France et s'était rendu en Afghanistan deux fois.

Il a affirmé à la police avoir reçu un entraînement en Afghanistan et au Pakistan. Il a passé du temps en prison en France et en 2007, son frère Abdelkader avait été soupçonné d'appartenir à une filière islamiste envoyant des combattants en Irak.

Tous ces éléments ne justifiaient cependant pas, du point de vue des autorités, de placer Mohamed Merah sous surveillance permanente. La situation est la même pour certains islamistes radicaux connus des autorités au Royaume-Uni.

«La réalité, c'est qu'il y a plein de gens comme ça et que la plupart ne feront jamais rien. On ne peut pas suivre tout le monde», souligne un responsable gouvernemental britannique ayant requis l'anonymat.

Cela n'empêche pas le Royaume-Uni de posséder l'un des niveaux de sécurité les plus élevés du monde occidental. Après les attentats du 7 juillet 2005 dans les transports en commun de Londres, qui avaient fait 56 morts, le renseignement intérieur (MI5) et la police antiterrorisme ont considérablement renforcé leur réseau d'information.

L'agence de surveillance du pays, le GCHQ (Government Communications Headquarters), peut espionner les échanges téléphoniques et Internet, tandis que des unités de surveillance sont attachées aux troupes à l'étranger, notamment en Afghanistan, pour recueillir des informations pouvant concerner le Royaume-Uni.

Des experts sont également chargés de repérer les transactions financières suspectes. En Norvège, Anders Breivik, raciste et xénophobe d'extrême droite, s'était fait repérer par un transfert d'argent à une usine polonaise, mais les autorités n'avaient pas jugé utile d'enquêter. Le 22 juillet 2011, le jeune homme a tué 77 personnes par balles et dans un attentat à la bombe.

«Le profil de ces solitaires diffère de celui des quatre kamikazes de 2005. Beaucoup ont un peu de formation, beaucoup de conviction, et s'arrangent pour ne pas se faire repérer la plupart du temps», constate Noman Benotman, ancien jihadiste lié à Al-Qaïda, qui a gardé des contacts dans ce milieu.

Au siège du MI5, une horloge tient le compte à rebours de l'arrivée de la flamme olympique, qui doit entamer en mai un parcours de plus de 11 000 kilomètres en passant notamment par l'Irlande du Nord.

«Pour des terroristes, les Jeux représentent une occasion en or parce qu'ils savent qu'ils auront l'attention du monde entier. Peu importe qu'ils tuent sept ou 70 personnes», souligne Noman Benotman, devenu analyste à la Fondation Quilliam, cercle de réflexion basé à Londres et spécialisé dans le «contre-extrémisme» musulman.

Aucun renseignement ne suggère de menace spécifique lors des Jeux de Londres, mais les autorités se préparent à ce scénario depuis des années. Alors que la capitale britannique est déjà connue comme le «Big Brother» de la vidéosurveillance, avec 4,3 millions de caméras dans les lieux publics, d'autres seront encore installées et couplées à des logiciels de reconnaissance faciale, ainsi qu'à des bases de données des immatriculations automobiles.

Quant aux sites olympiques eux-mêmes, ils ont été conçus en tenant compte des menaces pour la sécurité, avec des vitres incassables, des structures devant résister aux explosions et des allées aux tournants et autres obstacles censés ralentir un éventuel assaillant.

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