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La CEDEAO impose des sanctions aux putschistes maliens

29/03/2012 06:37 EDT | Actualisé 29/05/2012 05:12 EDT

BAMAKO, Mali - La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a annoncé jeudi soir la fermeture de toutes les frontières terrestres avec le Mali et le gel des avoirs de la banque centrale malienne, dans une volonté de forcer les putschistes à rendre le pouvoir au gouvernement démocratiquement élu, après le coup d'État de la semaine dernière.

Les sanctions financières sont parmi les plus sévères imposées ces dernières années contre un pays d'Afrique de l'Ouest et pourraient étrangler le Mali, qui importe presque tout son pétrole de la Côte d'Ivoire voisine.

Kadré Désiré Ouedraogo, président de la commission de la CEDEAO, a déclaré aux journalistes en Côte d'Ivoire que les sanctions entreraient en vigueur d'ici 72 heures.

M. Ouedraogo a ajouté qu'en plus de la fermeture de toutes les frontières avec le Mali, les 15 pays membres de la CEDEAO empêcheraient les autorités maliennes d'utiliser leurs ports. L'organisation a également ordonné à la banque centrale de cesser tous les transferts dans les comptes gouvernementaux établis dans des banques commerciales.

De longues files d'attente ont déjà commencé à se former à l'extérieur des principales banques de Bamako, des citoyens paniqués tentant de retirer leur argent le plus vite possible.

Des soldats mutins ont renversé le président démocratiquement élu la semaine dernière. Les États-Unis, la France et l'Union européenne ont suspendu toutes leurs aides au Mali. Les sanctions financières imposées par les pays de la région représentent un sérieux revers pour la junte, qui aura du mal à poursuivre ses activités.

Plus tôt dans la journée, cinq présidents africains qui devaient atterrir au Mali pour tenter d'y rétablir la démocratie ont été forcés de faire demi-tour, des partisans de la junte ayant envahi les pistes de l'aéroport de Bamako pour empêcher les avions de se poser.

Les présidents de la Côte d'Ivoire, du Bénin, du Liberia, du Niger et du Burkina Faso devaient arriver au Mali dans la journée. Les avions qui les transportaient ont finalement atterri en Côte d'Ivoire, où ils ont tenu leur réunion, selon des responsables.

Le coup d'État de la semaine dernière est survenu dans l'une des rares démocraties d'Afrique de l'Ouest. Le capitaine Amadou Haya Sanogo, qui est âgé dans la trentaine, a renversé le président Amadou Toumani Touré, qui devait quitter le pouvoir après les élections prévues à la fin du mois d'avril.

Les putschistes ont saccagé le palais présidentiel. Ils ont installé leur siège du pouvoir dans un vieil édifice de la base militaire de Kati, à environ 10 kilomètres du palais présidentiel à Bamako. Les soldats ont justifié le coup d'État par la mauvaise gestion par le gouvernement de la lutte contre la rébellion touareg dans le nord du pays.

Des milliers de personnes ont manifesté cette semaine dans la capitale pour exprimer leur soutien aux putschistes, laissant penser que l'insatisfaction face au gouvernement dépasse les rangs de l'armée.

Amadou Toumani Touré n'a plus été revu en public depuis le coup d'État. Jeudi, il a accordé une entrevue à la radio française RFI, affirmant qu'il était en bonne santé et qu'il suivait attentivement les développements dans le pays.

Les rebelles touaregs ont par ailleurs commencé, jeudi, à attaquer à l'arme lourde la ville de Kidal, dans le nord. La décision d'attaquer a été prise après une semaine de négociations infructueuses avec les nouvelles autorités, selon une source gouvernementale du Niger qui est en contact avec les deux camps.

La prise de Kidal serait un succès majeur pour les rebelles, qui ont relancé leur insurrection à la mi-janvier, menés par des officiers et des soldats qui ont combattu aux côtés du dictateur libyen Mouammar Kadhafi et qui sont ensuite revenus au Mali lourdement armés. Kidal est l'une des deux grandes villes du nord du pays que les rebelles touaregs n'ont pas réussi à prendre lors de leurs précédentes rébellions.

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