Plusieurs dizaines de milliers de Cubains rassemblés à La Havane pour une messe en plein air de Benoît XVI

Première Publication: 28/03/2012 10:05 Mis à jour: 29/03/2012 14:57

LA HAVANE, Cuba - Le pape Benoît XVI a demandé plus de liberté pour l'Église catholique à Cuba et a dénoncé le «fanatisme» qui tente d'imposer sa vérité aux autres, mercredi, lors d'une messe en plein air célébrée devant des centaines de milliers de personnes sur la place de la Révolution à La Havane.

C'est sur cette place que le prédécesseur de Benoît XVI, Jean Paul II, avait célébré une messe en 1998, en présence de Fidel Castro, alors président. Jean Paul II y avait prononcé des mots devenus célèbres, souhaitant que Cuba «puisse s'ouvrir au monde» et que «le monde puisse s'ouvrir à Cuba».

L'homélie inhabituellement politique du pape Benoît XVI était clairement destinée aux dirigeants cubains. Mais Benoît XVI a aussi utilisé un langage plus simple pour appeler à la fin de l'isolement de l'île communiste, en référence à l'embargo économique imposé par les États-Unis.

Peu après la messe, Benoît XVI a eu un entretien d'une trentaine de minutes avec l'ancien président Fidel Castro à l'ambassade du Vatican. Selon le porte-parole du Vatican, le père Frederico Lombardi, l'entretien s'est résumé à une interview du pape par Fidel Castro. Il lui a posé des questions sur les changements liturgiques depuis son enfance, sur son expérience en tant que pape et sur les défis qui se posent à l'humanité, selon le père Lombardi.

Le pape a quant à lui abordé des sujets comme la liberté, d'après le père Lombardi. Fidel Castro lui a présenté sa compagne, Dalia Soto del Valle, et a demandé au pape de lui envoyer des livres sur les sujets dont ils ont discuté, a indiqué le père Lombardi.

La veille, peu après son arrivée à La Havane en provenance de Santiago de Cuba, Benoît XVI avait rencontré l'actuel président Raul Castro pendant près d'une heure. Selon le porte-parole du Vatican, le pape a évoqué des questions «humanitaires», une apparente allusion aux prisonniers politiques.

«Vive Cuba! Vive le pape!», a scandé la foule à l'arrivée du souverain pontife sur la place de la Révolution. D'immenses drapeaux cubains et un portrait d'Ernesto Che Guevara, figure mythique de la révolution cubaine, ornaient les bâtiments autour de la place.

Le pape a déclaré que les gens trouvaient la liberté quand ils recherchent la vérité que le christianisme a à leur offrir. «De l'autre côté, il y a ceux qui interprètent faussement cette recherche de vérité, ce qui les mène vers l'irrationalité et le fanatisme; ils s'enferment dans 'leur vérité' et tentent de l'imposer aux autres», a dit Benoît XVI.

Devant les hauts responsables cubains, le pape a fermement dénoncé l'intolérance religieuse à Cuba, en rappelant comment les gens persécutés par le roi de Babylone «ont préféré affronter la mort par le feu plutôt que de trahir leur conscience et leur foi».

Les Cubains qui ont assisté à la messe à La Havane ou qui l'ont regardée à la télévision ne semblaient pas tous avoir compris les propos du pape. Certains membres de la foule ont dit avoir eu du mal à comprendre ses paroles à travers les haut-parleurs ou n'ont pas compris son message biblique dense.

«Je n'ai rien compris à cette messe. Je n'ai aucune éducation sur ces choses et je ne connais rien de la religion», a dit Mario Mendez, un étudiant en communications âgé de 19 ans. «Et en plus, je n'entendais rien.»

D'autres ont simplement dit avoir voulu profiter d'un événement rare.

«Le pape est quelque chose d'important pour les Cubains», a affirmé Carlos Herrera, un employé du secteur du tourisme venu sur la place de la Révolution avec sa femme. «Je suis venu entendre ses paroles, ses paroles sages destinées au peuple cubain. Cela nous aide. Cela nous donne la paix, l'unité. Nous ne voulons pas la guerre.»

Certains participants ont affirmé s'être faits ordonner d'assister à la messe par leur employeur. La place de la Révolution peut contenir 600 000 personnes et semblait presque pleine mercredi, bien que plusieurs Cubains soient partis après avoir signé leur nom dans les registres de présence.

«Nous sommes venus avec notre classe et nous partons parce que nous ne pouvons plus tenir», a expliqué un élève qui s'est seulement identifié par son prénom, Roberto, par crainte de s'attirer des problèmes. «Je suis venu faire ce que mon professeur a dit. Je me suis présenté, et maintenant je pars.»

Avant la messe, des blogueurs dissidents ont affirmé que des membres des Dames en blanc, un groupe d'opposition bien connu, avaient été empêchées d'assister à l'événement et que des dissidents avaient été arrêtés. Ces allégations ont été reprises par Amnistie internationale.

Plus tard dans la journée, un journaliste de l'Associated Press a vu un homme dans la foule se faire entraîner à l'écart par d'autres personnes en tenue civile après avoir crié «Ne partez pas avant la chute du communisme!» à l'intention du pape.

Lundi, lors de la messe de Benoît XVI à Santiago de Cuba, un homme avait scandé des slogans antigouvernementaux avant d'être emmené à l'écart.

Le pape en sombrero
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Le pape Benoît, en sombrero, salue la foule mexicaine le dimanche 25 mars 2012. (Photo AP/Osservatore Romano)
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Publié par Patrick White  |