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Damas dit accepter le plan de Kofi Annan, alors que de violents combats ont lieu en Syrie

27/03/2012 03:09 EDT | Actualisé 27/05/2012 05:12 EDT
AP

DAMAS, 27 mars 2012 (AFP) - Damas a dit accepter le plan de sortie de crise de l'émissaire international Kofi Annan, qui a reçu mardi l'appui de Pékin après celui de Moscou, deux alliés de poids de la Syrie, où de violents combats faisaient rage entre soldats du régime et déserteurs passés à l'opposition.

Dans le même temps, plusieurs centaines d'opposants étaient réunis à Istanbul pour envisager l'après Bachar al-Assad et tenter de former un front uni afin de bâtir une "république démocratique".

Sur le terrain, le président Bachar al-Assad s'est rendu dans le quartier de Baba Amr, bastion de la rébellion à Homs (centre) qui a été pilonné par le régime, où il évoqué la reconstruction et justifié de nouveau l'intervention de l'armée par la menace "terroriste", selon les médias officiels.

Les militants, eux, ont fait état de bombardements dans cette ville, et de très violents combats à travers le pays.

Six civils ont péri dans la province de Homs sous les bombardements de l'armée régulière, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), qui décompte au total 17 morts mardi, dont 11 civils.

"Le gouvernement syrien a écrit à l'envoyé spécial conjoint Kofi Annan pour accepter son plan en six points", a indiqué le porte-parole de M. Annan, Ahmad Fawzi.

M. Annan, selon lui, considère cette décision comme une "étape initiale importante" pour mettre fin aux violences qui ont fait, selon l'OSDH, près de 10.000 morts en plus d'un an, et selon l'ONU, plus de 9.000 morts.

Les Etats-Unis ont salué ce "pas important" tout en appelant le régime syrien à "faire taire les canons" sans attendre.

Les pays occidentaux du Conseil de sécurité de l'ONU ont accueilli l'annonce avec prudence. "La Syrie a déjà eu par le passé des problèmes de crédibilité", a souligné l'ambassadeur allemand à l'ONU Peter Wittig.

Le plan Annan, approuvé le 21 mars par le Conseil de sécurité, préconise notamment la cessation de toute forme de violence par toutes les parties sous supervision de l'ONU, la fourniture d'aide humanitaire à toutes les zones affectées par les combats et la libération des personnes détenues arbitrairement.

La réponse du régime est intervenue alors que l'ancien secrétaire général de l'ONU demandait à la Chine "de l'aide et du soutien".

Le chef du gouvernement chinois a estimé que la déclaration de l'ONU, votée par Moscou et Pékin, reflétait "l'important consensus auquel est parvenue la communauté internationale sur la question syrienne".

M. Annan est arrivé à Pékin après avoir obtenu dimanche à Moscou l'appui du président Dmitri Medvedev, un autre allié du pouvoir syrien, qui a demandé au président Bachar Al-Assad d'approuver ce plan pour "éviter la guerre civile".

La Russie et la Chine, qui disposent d'un droit de veto au Conseil de sécurité, y avaient bloqué deux résolutions condamnant la répression en Syrie avant de finalement voter en faveur de la déclaration non contraignante soutenant la mission Annan.

Le président américain Barack Obama a aussi exprimé son appui aux efforts de Kofi Annan.

Tandis que les pays de la Ligue arabe réunis à Bagdad mettaient au point un projet de résolution condamnant les "crimes contre l'humanité" commis à Baba Amr, le chef de l'Etat syrien se rendait dans ce quartier.

Il y a assuré à ses habitants que ce bastion rebelle bombardé pendant un mois avant d'être repris par l'armée, allait être reconstruit "beaucoup mieux qu'avant", selon la télévision d'Etat.

Au cours de cette visite, l'une des rares apparitions publiques de M. Assad depuis le début de la crise en mars 2011, le président syrien a de nouveau attribué les violences à des "terroristes".

De leur côté, les militants sur le terrain ont fait état de bombardements sur plusieurs autres quartiers de Homs, à nouveau pilonnés sans répit depuis une semaine.

La révolte, initialement pacifique, se militarise. Les déserteurs passés à l'opposition s'organisant, les combats ont pris de l'ampleur et gagné récemment la capitale.

L'Iran soutient Assad

Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a de nouveau apporté mardi son soutien au président syrien Bachar al-Assad, dénonçant la politique des pays occidentaux et certains pays du Golfe, en recevant un émissaire du président syrien, a rapporté l'agence officielle Irna.

"Les Américains, en mettant en avant la défense de la liberté et de la démocratie, cherchent à dominer la Syrie, le Liban, l'Iran et tous les autres pays et il faut être vigilant et ferme face à ces complots", a déclaré le président Ahmadinejad en recevant Fayçal Meqdad, émissaire spécial du président Assad.

"Il est devenu clair pour tout le monde que les oppresseurs (Etats-Unis et les pays occidentaux, ndlr) qui cherchent à porter atteinte à l'Iran, à la Syrie et la résistance (...) veulent en fait sauver le régime sioniste", a déclaré M. Ahmadinejad.

Principal allié régional de la Syrie, l'Iran dénonce régulièrement la politique des Etats-Unis, des pays européens et des monarchies arabes du Golfe qui tentent d'obtenir la chute du président Assad en soutenant les groupes d'oppostion syriens.

Les pays arabes doivent approuver jeudi une résolution appelant également l'opposition, qu'ils souhaitent unifiée, et le gouvernement syrien à ouvrir un dialogue national.

Les opposants réunis à Istanbul en amont de la conférence des Amis de la Syrie du 1er avril tentent de s'accorder sur des objectifs communs. Un texte en cours de discussion souligne l'importance du respect des droits de l'Homme et des minorités, et le caractère "civil" (laïque) du nouveau régime, pour conjurer le spectre islamiste. Mais la rencontre, censée créer un front uni, est boycottée par certains courants de l'opposition.

L'ambassadeur américain à Damas Robert Ford a estimé que les violations des droits de l'Homme par le régime "pourraient s'apparenter à des crimes contre l'humanité", notamment dans les prisons syriennes.

Recevant à Téhéran un émissaire syrien, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a de nouveau apporté son soutien au président Bachar al-Assad et dénoncé la politique des pays occidentaux et certains pays du Golfe vis-à-vis de la Syrie et de l'Iran, a rapporté mardi l'agence officielle Irna.

Clinton met la pression

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a exhorté mardi le président syrien Bachar al-Assad à se conformer au plan Annan avec des "des actions immédiates", après que Damas eut dit accepter le plan de sortie de crise de l'émissaire international.

Mme Clinton a également appelé l'opposition syrienne à présenter un message "unifié" à l'occasion de la conférence des "Amis de la Syrie" qui se tiendra dimanche à Istanbul, en Turquie.