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Relecture de 22 000 mammographies: 109 cancers détectés

27/03/2012 10:12 EDT | Actualisé 27/05/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - L'enquête de vérification de 22 000 mammographies réalisée par le Collège des médecins a confirmé que cette relecture était bel et bien nécessaire, puisque 109 cancers du sein ont ainsi été détectés.

Le médecin radiologiste à l'origine de ces problèmes n'exerce plus depuis octobre 2010 puisqu'il a pris sa retraite, a précisé le Collège des médecins, qui a rencontré la presse, mardi à Montréal, pour faire le point sur cette enquête de vérification.

Le Collège avait dû procéder à ces relectures après avoir été informé en novembre 2010 de la possibilité d'erreurs de lecture de la part de ce radiologiste dans des mammographies. Le radiologiste sous enquête avait travaillé dans trois cliniques privées: Radiologie Fabreville à Laval, Jean-Talon_Bélanger à Montréal et Radiologie Domus Medica à Montréal. Les dossiers revus dataient d'octobre 2008 à octobre 2010.

Uniquement pour ce radiologiste, 96 cancers ont été détectés grâce à l'enquête de relecture. Dans son cas, les deux enquêtrices ont trouvé «un nombre anormalement élevé de discordances sur les films revus», a rapporté le président-directeur général du Collège des médecins, Charles Bernard.

Les 13 autres cancers détectés lors de l'enquête de relecture _ du total de 109 _ provenaient du fait que la vérification avait été élargie, après recommandation en ce sens, à d'autres radiologistes travaillant dans les mêmes cliniques.

Dans leur cas, l'enquête de vérification n'a pas démontré de distorsion avec ce qu'il est habituel d'observer.

Les 109 femmes concernées ont été prises en charge au fur et à mesure et sont traitées depuis. Il n'y a eu aucun décès, affirme le Collège des médecins.

Selon le secrétaire du Collège, Yves Robert, il est très difficile de découvrir une lésion sur une mammographie.

«Oui, c'est possible de manquer ça, parce qu'on dépend de l'oeil d'un expert, a-t-il dit. Il y a toujours une erreur possible. Dans un cas de dépistage, on cherche chez une femme qui n'a aucun symptôme et aucune lésion visible un flocon de neige dans une tempête de neige. Ça demande énormément d'habileté, d'expertise pour être capable de ne pas manquer cette petite lésion qui en est à son début.»

Le président de l'Association des radiologistes, Frédéric Desjardins, a confirmé qu'il est très difficile de détecter des lésions problématiques sur une mammographie, aussi parce que les mammographies sont un type d'examen moins évolué que d'autres, comme les scans, les échographies et les examens de résonance magnétique, où l'on peut couper les organes en tranches pour mieux visualiser. «Ça, ce n'est pas encore arrivé en mammographie», a ajouté le docteur Desjardins.

Il a assuré que les mammographies demeurent malgré tout le meilleur moyen pour détecter les cancers du sein.

Le docteur Desjardins ne croit pas qu'il faille être plus sévère envers les médecins spécialistes très âgés. À son avis, le Collège des médecins surveille déjà plus étroitement les médecins ayant 30 ou 35 ans de pratique.

Selon lui, le cas du radiologiste en question était «un cas isolé» et malheureux. Et ses erreurs de lecture sont surtout dues au fait qu'il travaillait de façon isolée, sans pouvoir bénéficier de la rétroaction de ses pairs, a dit le docteur Desjardins.

Recommandations

Pour éviter que de tels cas se reproduisent, le Collège formule quelques recommandations, dont plusieurs ont déjà été implantées ou sont en voie de l'être.

Il recommande notamment la nomination de quatre radiologistes experts pour faire le suivi de l'assurance qualité.

Il recommande aussi que tous les radiologistes effectuant des mammographies de dépistage reçoivent les indicateurs personnalisés leur permettant d'évaluer leur propre pratique.

Il recommande aussi d'instaurer un système de «double lecture» lorsque les indicateurs laissent croire qu'un radiologiste s'écarte de la moyenne provinciale.

Fait à noter, depuis cette affaire malheureuse, deux des trois cliniques visées ont changé de propriétaires et l'autre a fermé ses portes.

Comme le radiologiste concerné a pris sa retraite, le Collège des médecins ne peut plus faire grand-chose, a expliqué le docteur Robert.

Les femmes concernées pourraient toutefois intenter des poursuites.

«Il y a certainement des poursuites qui sont en cours présentement. Le meilleur conseil qu'on peut donner aux femmes, c'est de consulter un avocat et de voir quels sont les recours possibles pour pouvoir, si elles le jugent opportun, se faire indemniser», a résumé le docteur Robert en entrevue.

Réactions

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc, a indiqué que l'important pour lui était d'abord que les 109 femmes à qui on a diagnostiqué après coup un cancer aient été «rapidement» prises en charge et bénéficient des soins appropriés.

Ensuite, il estime qu'il faudra voir à ce que les recommandations soient implantées «le plus rapidement possible» pour corriger les failles relevées.

La Société canadienne du cancer a exprimé son inquiétude. «Les conclusions du rapport démontrent des failles dans notre système de santé et le fait qu'il faut demeurer très vigilant», a conclu la SCC.

Elle s'est dite «grandement attristée de voir que 109 femmes se battent présentement contre un cancer du sein, très avancé pour certaines, alors qu'elles n'ont pas reçu le suivi approprié lors de leur mammographie de routine».

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