Le budget de l'Ontario vise à éliminer les déficits en cinq ans

Première Publication: 27/03/2012 17:07 Mis à jour: 29/03/2012 14:57

Toronto
Le statu quo n'est plus une option pour l'Ontario, estime le gouvernement (Flickr)

TORONTO - L'Ontario écarte pour l'instant les baisses d'impôts pour les entreprises et vise le gel des salaires dans le secteur public, prévoit un budget austère destiné à redresser l'économie de la province et éliminer les déficits d'ici cinq ans.

Les libéraux minoritaires marchent sur une corde raide fiscale et politique avec ce volumineux budget de 304 pages, qui semble apaiser les agences de crédit et la communauté d'affaires — et au moins un parti d'opposition, ce qui devrait éviter le déclenchement d'élections générales.

Le ministre des Finances, Dwight Duncan, a présenté son budget mardi comme un plan solide permettant de revenir à l'équilibre en cinq ans. Il s'est dit confiant qu'il respecte les besoins «des marchés mais aussi ceux de tous les Ontariens».

Aux prises avec un déficit de 15,3 milliards $ cette année, le gouvernement libéral prévoit faire des coupes et réduire les dépenses afin d'économiser 17,7 milliards $ sur trois ans, tout en augmentant les revenus de 4,4 milliards $ — sans hausser les impôts.

Le statu quo n'est plus une option pour l'Ontario, estime le gouvernement, alors que la province verse environ 10 milliards $ par année — davantage que ce qui est dépensé pour les collèges et les universités — en paiements d'intérêts sur la dette de 237,6 milliards $, qui devrait atteindre 260 milliards $ l'année prochaine. Cela portera le ratio de la dette publique en pourcentage du produit intérieur brut (PIB) à 39,5 pour cent, par rapport à 37,2 pour cent cette année, le deuxième plus important taux après celui du Québec.

L'Ontario pourrait perdre des centaines de millions de plus en intérêts si la province devait être frappée par un abaissement de sa note de crédit ou par une hausse des taux d'intérêt, ce qui nuit au sommeil de Dwight Duncan, de son propre aveu.

Pour contenir l'ampleur de la dette, les libéraux prévoient plafonner la croissance annuelle des dépenses des programmes à un pour cent par année. Mais la plupart des dépenses de 127 milliards $ pour 2012-2013, qui incluent 1 milliard $ en réserves, sont tributaires d'un gel des salaires et d'une rationalisation dans le secteur public qui permettraient des économies de près de 13 milliards $ en trois ans.

Après deux ans de négociations difficiles, le gouvernement provincial brandit le bâton: il est prêt à adopter une loi pour décréter un gel des salaires des enseignants, des médecins et des employés du secteur public. Ces groupes devraient aussi être appelés à augmenter leurs contributions au régime de retraite, ou voir les prestations réduites.

Le gouvernement veut aussi prolonger pendant deux autres années le gel de deux ans des salaires des cadres supérieurs des hôpitaux, des universités, des collèges, des conseils scolaires et des agences gouvernementales. Mais le gouvernement ne touchera pas aux bonis qui font augmenter leurs rétributions.

«Nous choisissons d'adopter une approche équitable quant aux salaires et régimes du secteur public car la rémunération est notre dépense unique la plus importante et nous ne pouvons pas mener notre plan pour renforcer notre économie et créer des emplois sans en tenir compte», a déclaré le ministre des Finances. «Et nous avons besoin de l'apport de tous pour équilibrer le budget.»

La province ne peut pas imposer un gel immédiat des salaires — tel que demandé par l'opposition conservatrice — car il serait simplement renversé devant les tribunaux, a argué M. Duncan.

Les mesures énoncées mardi ne sont pas suffisantes aux yeux des conservateurs, qui ont signifié ne pas pouvoir soutenir un budget qui ne s'attaque pas à la gravité de la situation économique difficile de l'Ontario.

«Les déficits et la dette insoutenables — qui tiennent encore en otage la province avec ce budget — sapent la confiance des entreprises», a soutenu le chef conservateur Tim Hudak. «Et cela plombe à son tour la création d'emplois.»

Le meilleur espoir de survie des libéraux — les néodémocrates — obtiennent le gel des taux d'imposition des entreprises qu'ils réclamaient. Les libéraux vont maintenir le ratio à 11,5 pour cent, mais seulement d'ici à ce que l'équilibre budgétaire soit atteint. Toutefois, le Nouveau Parti démocratique (NPD) déplore la menace d'un gel des salaires par une loi spéciale.

La chef du NPD Andrea Horwath n'a pas voulu dire si son parti votera en faveur du budget, laissant planer le sort des libéraux seulement six mois après leur réélection.

«Pour les gens qui s'inquiètent de l'emploi, des salaires qui ne suivent pas le coût de la vie, du système de santé qui les laisse attendre encore davantage pour les services dont ils ont besoin, ce budget a très peu à offrir», a-t-elle fait valoir.

Alors que l'Ontario s'est remise de la récession, son économie devrait croître de seulement 1,7 pour cent en 2012, 2,2 pour cent en 2013 et 2,4 pour cent en 2014.

Mais certains économistes demeurent sceptiques à l'égard de ce plan sur trois ans.

Ce budget n'offre pas une réponse complète sur comment l'Ontario procèdera pour rééquilibrer ses comptes, ont écrit les économistes de la Banque Royale dans une note aux clients.

Les mesures nécessaires pour effacer complètement le déficit «sont encore largement inconnues». Des défis importants demeurent, notamment «la réalité politique de gérer un gouvernement minoritaire», soutiennent les économistes de la Banque de Montréal.

«L'année dernière, nous avions dit que la province était sur une embarcation lente vers l'équilibre. Aujourd'hui, il est clair que le gouvernement est sur le même bateau, mais qu'il a désormais des cartes et une boussole», ont-ils ajouté.

Des leaders syndicaux ont qualifié le plan de gel des salaires de «claque au visage» des travailleurs du secteur public qui paient le prix d'une récession mondiale déclenchée par les grandes entreprises.

«Il n'y a pas de marque de respect dans ce budget», a affirmé Sid Ryan, président de la Fédération du travail de l'Ontario. «Ce n'est qu'une agression, jouant de la simple politique contre les travailleurs du secteur public.»

Les libéraux risquent aussi de s'aliéner les partisans qui les ont gardés au pouvoir durant huit ans s'ils doivent retourner en élections, a-t-il ajouté.

«Il est clair qu'il tente de jouer sur l'opinion publique», a fait valoir Fred Hahn, le président en Ontario du Syndicat canadien de la fonction publique. «C'est tout comme si ce budget démontrait que les libéraux ont abandonné l'espoir dans l'avenir de la province.»

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Publié par Geoffrey Dirat  |