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Le pape Benoît XVI appelle à la liberté et au renouveau à Cuba

27/03/2012 07:32 EDT | Actualisé 27/05/2012 05:12 EDT

LA HAVANE, Cuba - Benoît XVI a prié pour la liberté et le renouveau «pour le plus grand bien de tous les Cubains» devant la sainte patronne de l'île mardi, mais les dirigeants communistes du pays ont rapidement rejeté l'appel du pape en faveur d'un changement politique.

L'échange est survenu quelques heures avant une rencontre d'une durée de 55 minutes, derrière des portes closes, entre le pape et le président cubain Raul Castro. Une brève vidéo diffusée mardi soir montre Benoît XVI et Raul Castro ensemble devant le palais présidentiel de La Havane, avant d'entrer tous les deux à l'intérieur.

Il n'y a pas eu de visite de l'ancien président Fidel Castro, mais un porte-parole du Vatican n'a pas écarté la possibilité d'une telle rencontre avant le départ du pontife, mercredi après-midi. Les autorités cubaines n'ont pas dit si le pape prévoyait rencontrer le président vénézuélien Hugo Chavez, qui se trouve à Cuba pour des traitements de radiothérapie pour soigner son cancer.

Le pape a semblé marcher avec une vigueur renouvelée lors de son arrivée à La Havane, plus tôt dans la journée. Le soir précédent, son porte-parole avait admis que Benoît XVI était fatigué après son voyage au Mexique.

Il a été reçu sur la piste de l'aéroport de La Havane par des enfants qui jouaient de la musique et qui dansaient.

Quelques jours après avoir rejeté l'idéologie marxiste sur laquelle est fondé le système politique cubain, le pape a continué d'aborder des thèmes hautement sensibles lors de ses prières et de sa courte visite au sanctuaire de la Vierge de la charité d'El Cobre, mardi, dans l'est du pays.

«J'ai confié à la mère de Dieu l'avenir de votre pays, pour qu'il avance sur les voies du renouveau et de l'espoir, pour le plus grand bien de tous les Cubains», a dit le pape à Santiago de Cuba. «J'ai aussi prié la Vierge pour les besoins de ceux qui souffrent, de ceux qui sont privés de liberté, de ceux qui sont séparés de leurs proches ou qui vivent des moments difficiles.»

Un haut responsable en poste à La Havane lui a rapidement répondu.

«À Cuba, il n'y aura pas de réformes politiques», a lancé Marino Murillo, vice-président et responsable des politiques économiques cubaines.

Le pape a tenu des propos vagues et ouverts aux interprétations, mais les commentaires de M. Murillo ne laissent aucune place au doute. Ils ont rapidement été repris par les blogues et les comptes Twitter pro-gouvernementaux.

Raul Castro a déjà affirmé que le fait d'ouvrir le système politique cubain marquerait inévitablement la fin du projet socialiste, parce que toute solution de rechange serait dominée par les ennemis de Cuba aux États-Unis et ailleurs.

Le pape a aussi appelé les Cubains à embrasser la foi catholique. Bien que la majorité des Cubains se définissent comme catholiques, ils sont moins de 10 pour cent à être pratiquants.

Le pape s'est agenouillé devant la statue de la Vierge de la charité à Santiago. Aidé par deux évêques, il s'est ensuite relevé et s'est approché de la statue de bois, a allumé une bougie et a prié alors qu'une chorale entonnait des chants religieux.

Il a appelé les Cubains à «travailler pour la justice», à être «des serviteurs de la charité» et à «persévérer face aux épreuves».

Le pape a fait référence à la Vierge de la charité en l'appelant par son nom populaire, La Mambisa, dans un geste envers les nombreux Cubains non catholiques qui vénèrent tout de même la statue en tant que divinité afro-cubaine. Mambisa est le nom donné aux combattants cubains qui ont obtenu l'indépendance de l'Espagne au tournant du dernier siècle.

De façon subtile, le pape a admis qu'il y avait un manque de foi à Cuba et a tenté de rendre sa visite attrayante pour les fidèles potentiels. Sa visite coïncide avec le 400e anniversaire de l'apparition de la statue de la Vierge devant deux pêcheurs et un esclave africain dans une baie cubaine.

Dunia Felipillo, âgée de 45 ans, s'est dite fière de voir le pape prier devant la Vierge de la charité, même si elle n'est pas catholique elle-même.

«Nous demandons tous des faveurs à la Cachita», a-t-elle dit en utilisant le terme cubain pour désigner la Vierge, tout en regardant la cérémonie à la télévision dans le hall d'un hôtel de Santiago.

Des dissidents cubains ont par ailleurs affirmé mardi qu'ils ne connaissaient pas l'identité de l'homme qui a crié «À bas la révolution! À bas la dictature!» avant la messe célébrée par le pape lundi à Santiago.

Des agents de sécurité ont rapidement emmené l'homme à l'écart de la foule. Un vidéo tournée pendant l'incident montre l'homme se faire frapper par un autre homme qui porte un uniforme des services de secours, avant que des agents de sécurité ne les séparent.

«Nous ne connaissons pas son nom et nous ne savons pas où il se trouve, seulement que (l'incident) a été un peu violent», a dit Elizardo Sanchez, à la tête d'un groupe qui surveille les détentions d'opposants par le gouvernement cubain.

M. Sanchez a exhorté les autorités cubaines, qui n'ont pas commenté l'incident, à identifier l'homme publiquement.

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