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La Syrie accepte le plan de paix proposé par Kofi Annan

27/03/2012 06:33 EDT | Actualisé 27/05/2012 05:12 EDT

BEYROUTH - La Syrie a accepté le plan de paix présenté par l'émissaire des Nations unies et de la Ligue arabe, a annoncé le porte-parole de Kofi Annan mardi.

La Ligue arabe, réunie à Bagdad, devait discuter du conflit mardi, mais ses dirigeants ne devraient pas exiger la démission du président syrien Bachar el-Assad, selon le ministre irakien des Affaires étrangères.

Le porte-parole de Kofi Annan, Ahmad Fawzi, a déclaré que Damas avait accepté le plan de sorti de crise, qui prévoit notamment un cessez-le-feu des forces gouvernementales, une trêve de deux heures par jour pour évacuer les blessés et fournir une aide humanitaire, et l'ouverture de pourparlers entre toutes les parties pour chercher une solution politique. M. Fawzi a précisé que le gouvernement syrien avait donné son accord dans une lettre adressée à M. Annan.

Des membres de l'opposition syrienne ont toutefois réagi avec scepticisme. Louay Safi, membre du Conseil national syrien qui vit aux États-Unis, a notamment affirmé que le régime avait accepté d'autres initiatives de paix, mais que les violences continuaient toujours.

«Nous ne savons pas si c'est une manoeuvre politique ou un acte sincère», a-t-il déclaré lors d'une réunion de l'opposition en Turquie. «Nous ne faisons pas confiance au régime actuel. Nous voudrions voir des mesures concrètes. Nous devons voir qu'ils ont arrêté de tuer des civils.»

Le coordonnateur spécial des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, Robert Serry, a affirmé mardi devant le Conseil de sécurité de l'ONU que le conflit en Syrie avait fait plus de 9000 morts. La précédente estimation de l'ONU faisait état de plus de 8000 morts depuis le début de la contestation en Syrie, en mars 2011.

Le mouvement initialement pacifique s'est radicalisé face à la violence des forces de sécurité et a été rejoint par des déserteurs de l'armée. Le pays menace désormais de basculer dans la guerre civile.

La Syrie n'a pas été invitée au sommet de la Ligue arabe, qui s'achèvera jeudi avec la réunion des chefs d'État et de gouvernement.

D'après le ministre irakien des Affaires étrangères, Hoshyar Zebari, les dirigeants seront probablement d'accord sur une solution «faisable» pour mettre fin à la violence, mais «c'est au peuple syrien de déterminer son avenir, ce n'est pas à d'autres pays de dicter aux Syriens le genre de dirigeants qu'ils doivent avoir ou pas».

«Je ne pense pas qu'il y aura un appel à la démission de Bachar», a-t-il ajouté.

Le nouveau plan de sortie de crise serait donc similaire à celui présenté il y a quelques mois par la Ligue arabe, qui prévoyait un transfert pacifique du pouvoir du président El-Assad à son vice-président jusqu'à la tenue d'élections, selon M. Zebari.

Le régime syrien, qui affirme que l'opposition est manipulée par l'Occident et met en oeuvre un complot terroriste de l'étranger visant à déstabiliser le pays, a dénoncé les critiques de la Ligue arabe concernant la répression.

Le chef de la diplomatie irakienne a par ailleurs exhorté l'opposition syrienne à «s'unir avant tout» pour présenter un plan de paix commun. Il a précisé que les dirigeants de l'opposition seraient les bienvenus à Bagdad après le sommet pour discuter des options. L'Irak présidera alors la Ligue pendant un an.

Sur le terrain, les violences se sont poursuivies mardi. L'Observatoire syrien des droits de l'homme a déclaré que les forces de sécurité avaient tué au moins dix personnes au cours de la journée: quatre dans la province d'Idlib (nord-ouest) et six à Zabadani et à Douma, des banlieues de Damas. Il y aurait aussi eu des victimes à Homs (centre), l'un des bastions de l'insurrection, et dans la région de Deir el-Zour (est).

Selon l'agence de presse officielle SANA, le président El-Assad s'est rendu mardi dans le quartier de Baba Amr à Homs, repris à l'insurrection après un mois de siège et de combats qui ont fait des centaines de morts.

Sur des images diffusées par la télévision syrienne, on pouvait voir Bachar el-Assad, apparemment détendu, promettre que le quartier serait reconstruit «mieux qu'il n'était avant». Il a été accueilli par des résidants qui criaient: «Nous sommes avec vous jusqu'à la mort!»

Deux responsables libanais de la sécurité, l'un de la police et l'autre de l'armée, ont par ailleurs déclaré sous le couvert de l'anonymat que des balles tirées lors de combats dans la zone de Machareaa al-Qaa, en Syrie, avaient traversé la frontière.

Deux autres témoins s'exprimant sous couvert d'anonymat ont dit avoir vu plusieurs dizaines de soldats entrer au Liban. D'après l'un d'eux, des soldats syriens ont incendié plusieurs maisons.

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