Aveos: il n'y aura pas de plan de sauvetage dit le ministre des Transports

Denis Lebel

Première Publication: 27/03/2012 10:04 Mis à jour: 29/03/2012 14:59

OTTAWA - Il n'y aura pas de plan de sauvetage d'Aveos, a déclaré mardi le ministre fédéral des Transports, Denis Lebel, après la fermeture de l'entreprise qui s'occupait de l'entretien des avions d'Air Canada.

La semaine dernière, Aveos a annoncé la fermeture de ses ateliers. Sans préavis, les 2600 employés, dont 1800 à Montréal, se sont retrouvés sans emploi. Air Canada était le principal client d'Aveos et bon nombre de ses employés d'entretien travaillaient auparavant pour le transporteur aérien.

Depuis, le ministre Lebel se fait accuser d'inaction dans le dossier par les employés d'Aveos et par l'opposition.

Ils demandent au gouvernement d'intervenir pour forcer Air Canada à respecter sa loi constituante, qui exige que les activités d'entretien des avions soient maintenues en tout temps à Montréal, à Mississauga en Ontario et à Winnipeg.

Bombardé de questions aux Communes, le ministre a été ferme mardi.

«Il s'agit d'une décision d'affaires impliquant deux entreprises privées. Nous n'envisageons aucun plan de sauvetage pour Aveos et Air Canada», a-t-il indiqué.

Denis Lebel a fait cette déclaration peu après une manifestation sur la Colline parlementaire de quelques centaines d'employés mis à pied d'Aveos.

Brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire «Conservateurs = destructeurs d'emplois», «Hors la loi», «Harper = menteur», ils ont demandé une intervention du gouvernement pour sauver leurs emplois.

Air Canada doit respecter la loi, ont-ils insisté dans les marches du Parlement.

«Les emplois, ce sont des emplois techniques. (...) On veut garder les emplois techniques en Amérique du Nord, au minimum au Canada», a déclaré un technicien d'Aveos, Nick Boucher, qui s'inquiète de la délocalisation des emplois par Air Canada.

Un représentant du syndicat, Serge Gélinas, a offert cette solution pour régler les difficultés: «on demande qu'Air Canada reprenne ses anciens employés», a-t-il insisté mardi.

Plus tôt dans la journée, en comité parlementaire, le ministre Lebel avait mis la table en martelant que la décision d'Aveos de cesser ses activités est une décision d'affaires, prise par des hommes d'affaires.

«Ce n'est pas une question gouvernementale, a-t-il alors affirmé. Je ne peux pas aller gérer la compagnie à leur place.»

Il a bien insisté sur le fait qu'Air Canada, une ancienne société d'État, a depuis été privatisée.

M. Lebel a aussi déclaré à plus d'une reprise qu'il y a d'autres entreprises compétentes au pays qui peuvent s'occuper de l'entretien des avions.

Mais il semblait pourtant avoir apporté une petite lueur d'espoir pour les travailleurs mis à pied.

«Air Canada va devoir respecter la loi constituante et on va s'assurer de cela», a aussi déclaré le ministre devant les députés présents en comité.

«La loi est la loi. La loi sur la participation publique d'Air Canada requiert que nous maintenions ce centre, et nous aurons à respecter la loi», a-t-il précisé en Chambre.

Cette loi constituante ne prévoit toutefois pas par qui l'entretien doit être fait. Toutefois, les employés d'Aveos étaient des employés d'Air Canada avant la restructuration du transporteur aérien.

M. Lebel a immédiatement ajouté en comité que la loi est «vague», faisant référence à un jugement rendu l'an dernier par un juge de la Cour supérieure de l'Ontario.

Ce commentaire laisse présager la teneur d'un avis juridique que le ministre doit déposer jeudi. Cet avis détaillera les obligations légales d'Air Canada, a-t-il fait savoir.

Les députés d'opposition ont aussitôt fait remarquer que si le ministre rend public un tel avis jeudi — le jour du dépôt du budget fédéral — c'est pour étouffer l'affaire, puisque tous les yeux seront tournés vers le document du ministre des Finances.

Lundi, des représentants syndicaux d'Aveos avaient rencontré le ministre Lebel, sans trop de succès. Il avait alors référé le conflit en comité parlementaire pour étude.

«Ce n'est qu'une manoeuvre pour gagner du temps», a déploré un employé du centre de Montréal, présent sur la Colline parlementaire.

Et le temps qui passe peut faire mal aux employés. Ils craignent que pendant que le gouvernement dit étudier la question, leurs centres de services ne soient démantelés et vidés de tout leur équipement.

Les partis d'opposition ont d'ailleurs fait front commun pour soutenir les employés, étant présents à la manifestation.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, accuse le gouvernement de se défiler.

«Ce n'est pas une question de plan de sauvetage, a-t-il dit après la période de questions. Il s'agit d'une obligation légale créée par une loi du Parlement du Canada.»

Air Canada n'est pas une compagnie privée comme les autres, s'est insurgé le chef par intérim du Parti libéral, Bob Rae.

«Ils (les conservateurs) vont faire des choses pour la gestion d'Air Canada, pour le management d'Air Canada, qu'ils ne feront pas pour aucune autre compagnie, a dit le chef libéral. C'est une compagnie privée qui a été la propriété du gouvernement du Canada. Le gouvernement du Canada a décidé de privatiser la compagnie mais avec des garanties spécifiques et des garanties qui n'ont pas été respectées par la compagnie.»

«Denis Lebel doit rencontrer Air Canada et leur dire qu'il faut faire respecter la loi», a exigé le chef bloquiste Daniel Paillé, comme ses collègues de l'opposition.

SUIVRE LE Québec

Publié par Jean-Philippe Cipriani  |