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Tunisie: le mouvement islamiste Ennahdha lâche du lest sur la Constitution

26/03/2012 08:44 EDT | Actualisé 26/05/2012 05:12 EDT

TUNIS, Tunisie - Le mouvement islamiste «Ennahdha», au pouvoir en Tunisie, a annoncé lundi qu'il avait décidé d'opter pour le maintien de l'article premier de la Constitution de 1959, au centre de profondes divergences entre islamistes et modernistes. Cet article stipule que «la Tunisie est un État libre, indépendant et souverain», et que «l'islam est sa religion, sa langue l'arabe et la République son régime».

Selon un influent dirigeant d'Ennahdha, Ziad Doulatli, cette décision perçue comme une concession, témoigne de l'esprit consensuel qui caractérise la démarche du mouvement et de sa modération. Elle vise à renforcer le consensus national et à favoriser la réussite de la transition démocratique et à faire en sorte que l'expérience tunisienne puisse servir de modèle à d'autres pays qui ont connu des changements similaires, a-t-il expliqué à l'Associated Press. La décision, qualifiée d'historique, a été adoptée aux deux tiers des plus de 120 membres du comité constitutif d'Ennahdha après un long débat au sein de cette instance dirigeante qui s'est poursuivi samedi et dimanche.

Selon l'universitaire Fadhel Moussa, qui représente le pôle démocratique moderniste (PDM) à l'assemblée nationale constituante (ANC), le problème posé par l'article premier constitue «le noeud» de la nouvelle loi fondamentale. Sa résolution ouvrira la voie à l'élaboration de la future Constitution, principale tâche de l'ANC, a-t-il estimé.

La scène politique tunisienne était divisée depuis des semaines par un débat houleux sur la place publique et à travers les médias, sur la formulation de l'article en question. Il opposait les islamistes radicaux, dont des figures de l'aile dure d'Ennahdha et des courants salafistes, d'un côté, et les partis progressistes modernistes et la société civile et laïque, de l'autre.

Les premiers réclamaient que la charia, la loi islamique, soit l'unique source d'inspiration de la nouvelle Constitution et l'instauration d'un État islamique, alors que le camp opposé appelait au maintien du texte tel quel en revendiquant un État civil.

Lors d'une conférence de presse, le chef d'Ennahdha, Rached Ghannouchi, a justifié la décision par le souci de préserver l'unité nationale.

«Nous ne voulons pas que la société tunisienne soit divisée en deux camps opposés idéologiquement, l'un pro-charia et l'autre anti-charia. Cela ne nous réjouit pas et c'est très grave. Nous voulons plutôt une Constitution qui soit pour tous les Tunisiens quelles que soient leurs convictions», a-t-il expliqué.

«L'essentiel, c'est que les Tunisiens sont aujourd'hui unis autour de l'islam et de la démocratie», a-t-il ajouté en notant que la législation tunisienne est inspirée à 90 pour cent de la loi islamique. Il a déploré que la charia, «mal interprétée et mal appliquée dans certains pays comme l'Afghanistan, soit assimilée à la violence et au terrorisme».

Selon le leader d'Ennahdha, auteur de plusieurs ouvrages qui prônent un islam modéré, le texte religieux «se fonde dans sa quasi-intégralité sur la liberté, le bien-être, le progrès et la tolérance et ne renferme des châtiments que dans une proportion infime de 0,1 pour cent».

«La religion est synonyme de liberté car la foi n'a aucun sens si elle n'émane pas d'une conviction personnelle, loin de toute pression, de violence ou de peur», a-t-il plaidé.

«L'islam n'autorise pas de traiter autrui de mécréants», a-t-il fait remarquer, en allusion aux salafistes qui considèrent les laïcs comme des apostats.

En réponse à une question, il a par ailleurs qualifié de dérapages les slogans hostiles aux juifs scandés dimanche par un cheikh salafiste lors d'une manifestation islamiste. Il les attribués à des parties qui veulent nuire à la révolution et brouiller la joie des Tunisiens pour leur liberté retrouvée.

«La Tunisie garantit les droits de tous ses citoyens. Nous défendons l'intégrité et la dignité de la communauté juive installée en Tunisie depuis des milliers d'années, tout comme les autres minorités et personne n'a de leçons à nous donner en matière de tolérance», a-t-il insisté.

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