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Syrie: l'armée bombarde Homs, la Turquie et la Norvège ferment leurs ambassades

26/03/2012 12:07 EDT | Actualisé 26/05/2012 05:12 EDT

BEYROUTH - L'armée syrienne a pilonné lundi des quartiers tenus par l'insurrection à Homs, dans le centre du pays. Ces bombardements, qui durent depuis plusieurs jours, semblent destinés à préparer un assaut pour déloger les combattants de la troisième ville du pays.

Le régime du président Bachar el-Assad poursuit son offensive contre l'opposition malgré un isolement international croissant. La Turquie, ancien allié devenu son plus critique le plus virulent, a fermé son ambassade à Damas et rappelé son ambassadeur. Lundi, la Norvège annonçait à son tour qu'elle avait aussi décidé de fermer sa représentation diplomatique pour des raisons de sécurité.

Les pressions internationales et la mission «de la dernière chance», selon le président russe Dimitri Medvedev, de l'émissaire des Nations unies et de la Ligue arabe Kofi Annan n'ont pas jusqu'ici suspendu ni même ralenti la répression menée par le régime. Selon l'ONU, plus de 8000 personnes sont mortes depuis le début du mouvement de contestation il y a un an.

Depuis plusieurs jours, les opposants de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, basé à Londres, et les Comités locaux de coordination signalent des bombardements à Homs. D'après l'Observatoire, 19 personnes ont été tuées lundi dans des violences dans tout le pays, dont neuf à Homs. Deux de ces victimes auraient été torturées.

Mais selon les Comités locaux de coordination, le bilan des victimes serait nettement plus lourd, soit 59 personnes ont été tuées en Syrie, dont 33 dans la province de Homs.

Des vidéos amateurs mises en ligne par des militants syriens montraient des colonnes de fumée s'élevant de plusieurs points du centre-ville, alors qu'on entendait des explosions. Un habitant rapportait que, par moments, quatre obus par heure en moyenne tombaient sur le secteur.

Le 1er mars, les forces du régime avaient envahi le quartier rebelle de Baba Amr, mais des poches de résistance subsistent dans la ville, l'une des plus durement touchées par la répression.

Par ailleurs, selon l'Observatoire, le cadavre du militant Khalaf Mohammed al-Chab a été retrouvé dimanche soir, quelques heures après son enlèvement près de la ville de Derbasiyeh, à majorité kurde, dans le nord-est du pays. C'était le neveu du défunt responsable kurde Mechaal Tamo, assassiné en octobre dernier.

Dimanche soir, la Turquie a annoncé que les activités de son ambassade à Damas étaient «temporairement suspendues». Mais le consulat d'Alep reste opérationnel, selon un bref communiqué posté dimanche soir sur le site de l'ambassade. Le pays a également rappelé son ambassadeur et plusieurs autres diplomates.

De son côté, le ministre norvégien des Affaires étrangères Jonas Gahr Stoere a précisé que l'ambassade norvégienne était fermée jusqu'à nouvel ordre, mais qu'un diplomate continuerait de travailler en Syrie via l'ambassade danoise.

Plusieurs pays, dont le Canada, les États-Unis, la France, l'Arabie saoudite et le Qatar ont déjà fermé leurs ambassades en Syrie. Il y a deux jours, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan avait prévenu qu'Ankara était au bord de la rupture diplomatique avec Damas.

Ancien allié de la Syrie, avec laquelle elle partage une frontière de 911 km, la Turquie a dit ne pouvoir fermer les yeux sur les violences perpétrées à sa porte. Quelque 17 000 réfugiés syriens se trouvent aujourd'hui en Turquie, pour beaucoup dans des camps provisoires. Le pays a également accueilli des civils et déserteurs de l'armée voulant se mettre à l'abri pour pouvoir se regrouper.

M. Erdogan s'est entretenu dimanche avec le président américain Barack Obama de la situation en Syrie, avant un sommet sur la sécurité nucléaire à Séoul. À la suite du sommet, des responsables américains ont fait savoir lundi que les États-Unis et plusieurs de leurs alliés envisageaient de fournir à l'opposition syrienne une aide médicale, ainsi qu'en matière de communications et autre assistance non létale.

À Damas, l'agence officielle SANA a rapporté que les troupes syriennes avaient déjoué une tentative d'infiltration d'un groupe terroriste armé qui tentait d'entrer dans le pays depuis la Turquie. Les troupes ont tué ou blessé plusieurs de ses membres, selon SANA, qui ajoute que des équipes médicales turques ont évacué les morts et blessés en Turquie.

Les États-Unis, l'Europe et plusieurs pays arabes ont appelé le fils de Hafez el-Assad à mettre fin aux violences et à quitter le pouvoir. Mais la Russie et la Chine, membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, ont empêché jusqu'à présent que l'instance approuve une condamnation du régime syrien.

La Syrie est le dernier allié de la Russie au Moyen-Orient et un important client de l'industrie de l'armement russe. Mais Moscou commence à donner des signes d'impatience envers le régime. Le président russe Dimitri Medvedev, a apporté dimanche son soutien à la mission de Kofi Annan, qu'il a reçu à Moscou avant que ce dernier ne se rende à Pékin.

À la veille de l'ouverture du sommet de la Ligue arabe, qui se tiendra pour trois jours à Bagdad, le ministre irakien des Affaires étrangères Hoshyar Zebari a fait savoir que les chefs d'Etat et de gouvernement arabes n'exigeraient pas la démission de Bachar el-Assad, ajoutant que l'opposition syrienne devait se mettre d'accord sur une stratégie unique pour mettre fin à la crise.

D'après lui, les dirigeants réunis à Bagdad se mettront vraisemblablement d'accord sur une solution "réalisable" pour faire cesser les violences. Elle s'inscrira dans la lignée des précédentes propositions de la Ligue arabe pour un transfert pacifique du pouvoir à un vice-président avant la tenue d'élections transparentes.

Dimanche soir, le mouvement islamiste interdit des Frères musulmans a annoncé de son côté que si Bachar el-Assad était renversé il oeuvrerait à bâtir un État démocratique moderne et ne tenterait pas de dominer la vie politique du pays. Cette déclaration du plus influent groupe d'opposition syrien, qui appartient à la majorité sunnite, apparaît destiné à rassurer les minorités du pays, essentiellement les Alaouites, dont fait partie la famille Assad, et les chrétiens.

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