Sénégal: Macky Sall élu, Abdoulaye Wade reconnaît sa défaite

Publication: 25/03/2012 18:40 Mis à jour: 25/03/2012 20:03

DAKAR, 25 mars 2012 (AFP) - Le président sénégalais sortant Abdoulaye Wade a reconnu dimanche soir sa défaite à la présidentielle et félicité son rival et ex-Premier ministre Macky Sall, a annoncé la télévision publique sénégalaise (RTS).

Le président Wade "a appelé dimanche à 21h30 (locales et GMT) son rival Macky Sall (...) pour le féliciter après les premières tendances qui le donnent vainqueur du second tour de la présidentielle", selon la RTS rerpise par l'Agence de presse sénégalaise (APS, publique).

Cette information a été confirmée par Moussa Diop, un proche conseiller de Macky Sall qui a déclaré: "La victoire est officielle, Wade a reconnu sa défaite".

Les premiers résultats officiels ne sont pas attendus avant mardi ou mercredi, mais les chiffres bureau par bureau égrenés depuis la fermeture des bureaux de vote à 18H00 (locales et GMT) par les médias sénégalais, dont l'agence de presse publique APS, donnaient M. Sall, 50 ans, en tête dans la plupart d'entre eux.

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(ISSOUF SANOGO/AFP)

Avant même l'annonce de vistoire, des milliers de personnes se sont rassemblées dimanche soir devant le siège de campagne à Dakar de Macky Sall.

Aux cris de "Macky président", "Cette fois ça y est!" ou "On a gagné", ces partisans dansaient au son d'une musique rythmée poussée à fond par une puissante sonorisation.

Des scènes de liesse similaires avaient lieu dans plusieurs quartiers de Dakar, y compris au coeur de la ville, Place de l'Indépendance, proche du palais présidentiel.

Macky Sall, le "résistant républicain" à l'ascension-éclair

Macky Sall, qui a remporté dimanche la présidentielle au Sénégal face à son mentor Abdoulaye Wade, a eu une ascension-éclair qui, en une douzaine d'années, l'a propulsé d'une très discrète position dans l'opposition au sommet de l'Etat.

A 50 ans, Macky Sall, qui se qualifie de "résistant républicain", réussit un coup de maître: à sa première élection présidentielle, il l'emporte sur celui qui l'a inspiré et dont il fut l'homme de confiance, le président Abdoulaye Wade.

Cet ingénieur-géologue, géophysicien, formé au Sénégal et en France, marié et père de trois enfants, est presque inconnu du gotha politique sénégalais quand Wade l'appelle pour la première fois au gouvernement, en mai 2001, comme ministre des Mines, de l'Energie et de l'Hydraulique (2001-2003).

Il est alors directeur général de la Société des pétroles du Sénégal (Petrosen, publique). Suit un parcours fulgurant qui le mène dans plusieurs ministères dont celui de l'Intérieur (2003-2004) puis Premier ministre (2004-2007) avant d'être président de l'Assemblée nationale (2007-2008).

Entre-temps, il devient le directeur de campagne du président Wade pour la présidentielle de 2007 et est le numéro 2 du Parti démocratique sénégalais (PDS, pouvoir) où il milite depuis 1988, après un bref passage à gauche.

Mais après les ors de la République, va commencer sa brève descente aux enfers.

En 2008, il entre en conflit avec le président Wade qui n'apprécie pas que son fils, Karim Wade, président d'une Agence nationale chargée des travaux pour un sommet islamique à Dakar en mars 2007, soit convoqué devant les députés pour une explication sur son action à la tête de cette agence.

Son tort: ne pas en avoir parlé au préalable au chef de l'Etat dont les partisans, qui redoutent un "piège" tendu à Karim Wade avec cette convocation, lui font payer cher ce "crime de lèse-majesté", en suscitant une loi qui réduit de cinq à un an le mandat de président de l'Assemblée nationale qu'il occupe.

Il refuse de démissionner de ce poste comme le lui demande une pétition signée par la majorité des députés du PDS.

Macky Sall rejette également la disposition réduisant la durée de son mandat, taillée sur mesure contre lui à l'initiative de Wade selon certains, et entre en dissidence.

Il démissionne en novembre 2008, le soir même de l'adoption du nouveau texte, de toutes ses fonctions étatique et élective, président de l'Assemblée nationale, député et maire de Fatick, commune du centre où il est né le 11 décembre 1961.

"J'ai voulu donner un exemple de résistance républicaine", disait-il le soir de sa démission, devant plusieurs centaines de partisans.

Il créé alors l'Alliance pour la République (APR), un parti libéral, sous la bannière duquel il redevient maire de Fatick en 2009.

Il s'ancre de plus en plus dans l'opposition et refuse depuis lors tout compromis avec Wade, qu'il dit n'avoir pas rencontré depuis son départ du pouvoir.

Cet homme grand et enrobé, au visage austère au point d'être surnommé "Niangal", visage fermé en langue nationale wolof, peu expansif, dégage un air de naïf. Une image trompeuse selon des proches.

"Il n'est pas du tout docile comme il en a l'air. C'est un homme constant qui respecte sa parole", dit de lui El Hadji Wack, député PDS.

Ses anciens amis au pouvoir le présentent comme "un homme pas mûr", d'autres dans l'opposition comme "un complice du système Wade" doublé d'"un homme pressé de prendre le pouvoir".

A contrario, ses partisans mettent en avant son expérience accumulée comme homme d'Etat et son flair politique lui ayant permis d'éviter de circonscrire sa campagne dans la seule dénonciation de la candidature de Wade à la présidentielle de 2012.

"Pendant que les opposants restaient à Dakar dans les salons, il a fait le tour du pays et à l'extérieur pour chercher des voix. C'est un homme avec qui il faudra compter pendant des années", remarque l'opposant sénégalais Moustapha Fall.

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Publié par Jean-Philippe Cipriani  |