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Sénégal: un deuxième tour sous tensions de la présidentielle aura lieu dimanche

24/03/2012 09:03 EDT | Actualisé 24/05/2012 05:12 EDT

DAKAR, Sénégal - Abdoulaye Wade a reçu un appel téléphone improbable de la part du président sénégalais d'alors, afin de lui concéder la victoire lors de l'élection de 2000. Plusieurs se demandent désormais si M. Wade voudra lui-même céder sa place s'il perd le second tour électoral, dimanche, après 12 ans au pouvoir.

La décision du président de se présenter pour un troisième mandat, à l'âge de 85 ans, a déclenché la colère de plusieurs Sénégalais, dont certains l'ont hué alors qu'il votait le mois dernier.

M. Wade n'a pas réussi à obtenir une majorité des voix lui permettant d'éviter un second tour, ne recevant que 34,82 pour cent des voix. Il affrontera dimanche le même homme qui dirigeait sa dernière campagne il y a cinq ans, l'ancien premier ministre Macky Sall, qui a reçu 26,58 pour cent des votes et recueille désormais l'appui de la dizaine d'autres candidats de l'opposition qui se sont présentés au premier tour.

Dans les rues de la capitale sénégalaise, des affiches vandalisées du visage de M. Wade laissent voir des trous au lieu des yeux. Son convoi motorisé a également été atteint par des jets de pierres lors des derniers jours de la campagne.

Au dire de Jennifer Cooke, la directrice du programme pour l'Afrique du Center for Strategic and International Studies, à Washington, une victoire de M. Wade, légitime ou non, serait extrêmement controversée. Selon elle, le président sortant a poussé la patience des Sénégalais à sa limite, et plusieurs citoyens estimeraient que l'élection a fait l'objet de fraudes, même s'il l'emporte de façon légale.

Sous la présidence de M. Wade, ce pays de la côte ouest de l'Afrique, peuplé de 12 millions d'habitants, a connu une croissance économique sans précédent.

Ces gains n'ont cependant pas profité à la majorité des électeurs sénégalais, qui ont dû se battre contre une augmentation du coût de la vie, le chômage et de fréquentes pannes de courant.

De violentes manifestations dans les semaines menant à l'élection de cette année ont fait au moins six morts, et les analystes ont mis en garde contre d'autres troubles si M. Wade remporte le scrutin de dimanche.

Le Sénégal, l'une des démocraties les plus matures de la région, est l'un des rares endroits de l'Afrique sub-saharienne où des électeurs pourraient remplacer un politicien en place depuis longtemps à l'aide des urnes, dimanche.

La course de dimanche est présentée comme un choix entre le vieux leader ou le jeune Macky Sall, qui est né après l'indépendance du Sénégal. «Au nom du père ou du fils», titre la une du Quotidien.

M. Sall, âgé de 50 ans, est un géologue de formation et a travaillé pendant plusieurs années pour M. Wade, dirigeant même sa campagne de 2007. Les deux ont toutefois rompu leurs relations amicales, et M. Wade décrit désormais son rival comme un apprenti qui n'a pas encore appris «les leçons de son mentor».

Dans une entrevue accordée depuis sa maison de Dakar, samedi, M. Sall a expliqué à des journalistes qu'il espérait que M. Wade respecte le résultat du vote du deuxième tour.

Les États-Unis ont déjà qualifié de «regrettable» la candidature de M. Wade, parlant également de menace envers la démocratie du pays.

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