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Mulcair bat Topp et devient chef de l'opposition après 4 tours de scrutin

24/03/2012 10:14 EDT | Actualisé 24/05/2012 05:12 EDT

TORONTO - C'est grâce au Québec que le Nouveau Parti démocratique (NPD) est devenu l'opposition officielle aux Communes et c'est à un Québécois que ses militants ont choisi de donner les clés du parti, samedi soir.

Dans une lutte finale l'opposant au stratège Brian Topp, Thomas Mulcair a remporté l'investiture néodémocrate avec 57,2 pour cent des voix, devenant ainsi le chef de l'opposition officielle qui affrontera quotidiennement Stephen Harper au Parlement.

Cela lui aura pris pas moins de quatre tours de scrutin pour venir à bout de ses six adversaires. Ses détracteurs ont eu beau le dépeindre comme un centriste au tempérament trop bouillant pour prendre le relais du défunt Jack Layton, rien n'a été en mesure de stopper l'élan du député d'Outremont.

À l'annonce de sa victoire, un tonnerre d'applaudissements a fait vibrer le Centre des congrès de Toronto, où plus de 4500 militants s'étaient rassemblés pour sélectionner leur nouveau leader.

Pour montrer que son parti était toujours uni après cette longue course à la chefferie, le nouveau leader a attrapé la main de son rival Brian Topp afin de la brandir dans les airs, et a même partagé une poignée de mains avec l'un de ses principaux opposants, l'ancien chef Ed Broadbent.

L'unité — du parti, mais aussi du pays — a d'ailleurs été au coeur du discours qu'il a immédiatement livré à la foule.

«Pour gagner lors de la prochaine élection et former le premier gouvernement fédéral néodemocrate, notre parti doit aller au-delà de sa base traditionnelle et unir toutes les forces progressistes sous la bannière du NPD», a déclaré le chef nouvellement couronné.

Il a dénoncé la politique de division qu'exercent à son avis les conservateurs, en opposant notamment les anglophones et les francophones du pays.

«Nous allons nous unir, nous allons unir notre pays, et ensemble, nous bâtirons un Canada plus juste et un monde meilleur», a assuré M. Mulcair.

Sur la scène où s'était agglutinée sa famille, mais aussi les autres candidats et une bonne partie du caucus néodémocrate, il s'est rappelé que le message de Jack Layton était de «donner aux gens une raison de croire qu'ils peuvent voter pour le changement qu'ils veulent - et l'obtenir».

«Notre futur est illimité si nous avons les bonnes priorités», a tranché le député d'Outremont.

Thomas Mulcair était le seul Québécois néodémocrate à siéger aux Communes avant que la vague orange déferle sur le Québec le 2 mai dernier. Si la personnalité rayonnante du «bon Jack» est à l'origine de cette percée historique, la place que cet ancien chef du cabinet Charest a su se tailler dans les médias le printemps dernier n'y est pas complètement étrangère.

Brian Topp, le candidat de l'establishment du parti que les observateurs donnaient gagnant sur la ligne de départ, a dû rendre les armes au fil d'arrivée. Le tour précédent, c'est Nathan Cullen, jeune représentant de la Colombie-Britannique, d'abord perçu comme un candidat marginal en début de course puis considéré comme un rival sérieux, qui s'était incliné, récoltant un peu moins de 25 pour cent des voix.

Les résultats du dernier tour de scrutin ont été annoncés uniquement vers 21 h 30 samedi, après d'innombrables retards forcés par des tentatives d'attaques de pirates informatiques sur le système néodémocrate. La présidente du parti, Rebecca Blaikie, a assuré que ces tentatives avaient échoué et que la sécurité des votes des militants n'avait pas été mise en danger.

«D'après ce qu'on voit, c'est sûr que (l'attaque) est organisée. On va enquêter demain (dimanche)», a-t-elle ajouté.

En tout début de journée, trois candidats ont d'emblée été écartés de la course: Niki Ashton — qui avait obtenu le moins d'appuis au premier tour de scrutin —, mais aussi Paul Dewar et Martin Singh, qui ont choisi volontairement de se retirer devant des résultats décevants. L'Ontarienne Peggy Nash a été éliminée au deuxième tour de scrutin.

Mêmes déçus, les candidats défaits et leurs partisans se sont rapidement remis. Car les néodémocrates souhaitent afficher un front uni derrière leur nouveau chef pour mieux déloger du pouvoir les conservateurs.

«Quand c'est fini, c'est fini», a déclaré un Brian Topp souriant, malgré la défaite. «On a notre chef, Thomas Mulcair, on est tous derrière lui», a insisté celui qui s'est battu jusqu'à la fin. Et qui refusait de critiquer son adversaire après sa victoire.

Cela n'a pas empêché les adversaires politiques des néodémocrates de justement relever certaines dissensions qui sont apparues entre les candidats lors de la course.

Selon le député libéral Denis Coderre, présent lors du congrès, il s'agit d'un «parti divisé», et le nouveau chef aura fort à faire pour rassembler ses troupes.

Il a félicité M. Mulcair pour sa victoire, citant certains de ses atouts comme son expérience politique mais ajoutant du même souffle «qu'il a les qualités de ses défauts».

«Il a la mèche courte. Jack Layton était un guerrier heureux (happy warrior) mais M. Mulcair, c'est un guerrier tout court», estime-t-il.

Quant aux conservateurs, ils ont rapidement donné le ton.

«C'est un député qui est très vicieux, très agressif. (...) il est un homme d'extrême-gauche», a déclaré le ministre du Patrimoine canadien James Moore, peu avant l'annonce finale, puisqu'il prévoyait déjà la victoire du Québécois.

Le taux de participation aux différents tours n'a jamais dépassé les 50 pour cent, un chiffre relativement bas. En comparaison, en 2003, lorsque Jack Layton l'avait emporté au premier tour, il s'était élevé à près de 71 pour cent.

Pour gagner, un candidat devait obtenir 50 pour cent des voix. À chaque tour de scrutin, le candidat arrivant en queue de peloton était éliminé, et ainsi de suite jusqu'à ce que quelqu'un obtienne la majorité des voix.

Environ 56 000 des détenteurs d'une carte de membre avaient déjà scellé leur vote en se prononçant par anticipation, par la poste ou par internet, en inscrivant les noms des candidats par ordre de préférence.

Le retour de M. Mulcair à Ottawa aux côtés des candidats défaits siégeant aux Communes — dont plusieurs sont de parlementaires redoutables — promet d'ajouter du piquant à la période de questions.

Prenant la place de la plus discrète chef intérimaire Nycole Turmel, Thomas Mulcair talonnera le premier ministre avec son style combatif, alors que le scandale des appels frauduleux des dernières élections continue de semer l'émoi.

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