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Mali: les putschistes disent ne pas craindre de contre-coup d'État

24/03/2012 08:20 EDT | Actualisé 24/05/2012 05:12 EDT

BAMAKO, Mali - Le leader du putsch qui a renversé mercredi le président malien Amadou Toumani Touré a indiqué qu'il était en contrôle du pays, ne craignait pas un contre-coup d'État et voulait entamer des négociations de paix avec les rebelles touaregs, dont la révolte dans le nord du pays a été le déclencheur du coup d'État qui a renversé le président démocratiquement élu.

Le capitaine Amadou Sanogo, qui est apparu épuisé, la voix éraillée, a souligné l'importance de restaurer l'unité de ce pays d'Afrique de l'Ouest lors d'une entrevue exclusive avec l'Associated Press dans la garnison de Kati, à l'extérieur de la capitale Bamako. Ce qui avait débuté à cet endroit, mercredi, comme une mutinerie d'officiers de moindre importance et de soldats s'est transformé en véritable coup d'État.

Parlant des peuples touaregs et arabes comme de «frères», le capitaine Sanogo a dit vouloir les inviter tous à s'asseoir à la table des négociations après l'entrevue pour discuter du processus à venir.

Le renversement, mercredi, du président Toumani Touré, cinq semaines seulement avant la fin du mandat de celui-ci après les élections présidentielles, menace la vigueur de la démocratie dans une région propice aux coups d'État et remet en question la place du Mali au sein de la lutte, soutenue par l'Occident, contre la branche africaine d'al-Qaïda.

L'Union européenne, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement ont toutes suspendu leur aide à la suite du coup d'État, et l'Union africaine a suspendu le membership malien.

Les États-Unis envisagent de suspendre toutes leurs relations, à l'exception de l'aide humanitaire.

«Présentement, je suis en contrôle de tout le pays», a déclaré, confiant, le capitaine Sanogo.

Les rebelles espérant créer un État distinct dans le nord du Mali pour le peuple touareg nomade ont toutefois profité du vide en matière de sécurité pour s'approcher de la ville stratégique de Kidal, à 1200 km au nord-est de Bamako. Les soldats désertent par dizaines, tandis que d'autres battent en retraite sans combattre, alors que le commandement militaire est en déroute, a expliqué jeudi à l'Associated Press un haut commandant rebelle. Les forces touareg sont menées par des colonels aguerris qui ont combattu dans l'armée du dictateur libyen Mouammar Kadhafi avant de rentrer chez eux, lourdement armés.

Les frontières terrestres et l'espace aérien maliens sont demeurés fermés, samedi, emprisonnant des milliers de visiteurs, y compris trois ministres africains des Affaires étrangères qui se trouvaient dans le pays pour une réunion. Le pays est sous le coup d'un couvre-feu depuis le coup d'État.

Le capitaine Sanago a déclaré samedi qu'aucun de ses hommes n'assurait la protection du président déchu, Amadou Toumani Touré, se refusant toujours de dire s'il savait où «ATT» se trouve deux jours après le putsch.

«En tant que soldat, j'ai mes secrets», a déclaré le capitaine Amadou Sanogo dans un entretien accordé à l'Associated Press depuis le camp militaire de Kati, près de la capitale Bamako, où l'insurrection a débuté mercredi.

Interrogé sur une protection éventuelle de soldats dont bénéficierait le président malien, il a affirmé: «aucune». Sa version sur la situation d'Amadou Toumani Touré a toutefois été contredite par celle d'un officier qui, sous couvert d'anonymat, a déclaré à l'AP qu'une poignée de parachutistes qui faisaient partie de sa garde présidentielle restaient à ses côtés.

Amadou Sanogo a toutefois assuré que ces soldats étaient désormais avec lui. Il a aussi réaffirmé que les mutins avaient agi ainsi pour éviter une crise en raison de la mollesse du gouvernement civil face à la rébellion touarègue dans le nord désertique du pays, et le fait qu'il ne fournissait pas les armes et les munitions nécessaires pour la combattre.

L'Union africaine a également mentionné jeudi qu'elle possédait des informations selon lesquelles le président Touré était sain et sauf, sous la protection des parachutistes dans un endroit situé non loin de Bamako.

Vendredi, la télévision et la radio publiques ont cessé d'émettre pendant environ une heure et des soldats ont dressé des barricades autour du siège de l'armée dans le centre de Bamako, suscitant des rumeurs sur un éventuel contre-coup d'État.

Samedi, la télévision et la radio publiques ont répété leurs mises en garde contre les soldats qui, depuis vendredi, participaient à des pillages, allant des vols de voitures particulières à des vols de bananes sur les étalages.

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