France: le frère de Mohamed Merah au coeur de l'enquête sur le parcours du tueur

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Des gens se sont rassemblés au France, en mémoire des victimes, le 23 mars 2012. (AFP)
Des gens se sont rassemblés au France, en mémoire des victimes, le 23 mars 2012. (AFP)

PARIS, 24 mars 2012 (AFP) - Le frère de Mohamed Merah, l'auteur des tueries du sud-ouest de la France, un jeune engagé dans l'islam radical, était samedi au coeur de l'enquête sur les sept assassinats de son cadet qui ont bouleversé la France et dont il s'est dit "fier".

Abdelkader Merah, 29 ans, et sa compagne ont été transférés samedi matin du commissariat central de Toulouse au siège de la Sous-direction antiterroriste (SDAT) à Levallois-Perret (près de Paris) où leur garde à vue se poursuivra.

Lors des auditions, Abdelkader Merah a indiqué qu'il était présent au moment du vol du puissant scooter avec lequel le tueur circulait lorsqu'il a abattu froidement trois enfants et un enseignant juifs et trois militaires entre le 11 et le 19 mars à Toulouse et Montauban, a-t-on appris de source policière.

Abdelkader Merah, qui a affirmé aux policiers n'avoir pas été au courant des projets meurtriers de son cadet, s'est dit "fier" des actes de son frère, a ajouté cette source.

Lui et sa compagne ont été interpellés mercredi près de Toulouse au moment même où le Raid (unité d'élite de la police) entamait un siège de 32 heures devant le domicile toulousain du tueur finalement abattu jeudi.

Ils devaient terminer dimanche matin les quatre jours de garde à vue possibles en matière de terrorisme dans les locaux de la SDAT. Leur présentation à la justice devrait nécessairement avoir lieu dans la capitale puisque c'est le parquet de Paris qui dirige l'enquête du fait de sa compétence antiterroriste.

Mohamed Merah, un délinquant de 23 ans reconverti en moujahid passé par l'Afghanistan et le Pakistan et se réclamant d'Al-Qaïda, était seul au moment des tueries.

Mais les enquêteurs se demandent qui aurait pu aider logistiquement le jeune homme qui vivait apparemment au-dessus de ses faibles ressources officielles.

Son frère aîné est connu par les services de police pour son engagement de longue date en faveur d'un islam radical.

Mercredi, le procureur de Paris François Molins expliquait qu'Abdelkader Merah était "apparu en 2007 comme impliqué" dans une filière d'acheminement de jihadistes en Irak, sans toutefois être mis en examen (inculpé).

Deux jeunes hommes avaient été arrêtés en Syrie au moment de passer en Irak et un coup de filet en France avait permis d'interpeller au total onze hommes. Huit d'entre eux devaient être condamnés à Paris en 2009 à des peines de 6 mois à six ans.

L'un des deux hommes arrêtés en Syrie, condamné à cinq ans de prison, s'est retrouvé apparenté à la famille Merah, son père partageant la vie de la mère d'Abdelkader et Mohamed.

Tous ont gravité à un moment ou un autre autour de la communauté d'Artigat (Ariège, sud-ouest) dirigée par un Franco-syrien Olivier Corel, 65 ans. Ce dernier a confirmé à l'AFP recevoir des jeunes qui venaient le consulter pour, selon lui, mieux comprendre l'islam.

Le ministre de l'Intérieur Claude Guéant avait décrit Mohamed Merah comme un petit délinquant qui s'est radicalisé "dans un groupe d'idéologie salafiste" toulousain, groupe qui n'était toutefois pas soupçonné par les services d'entretenir de projet criminel.

Les enquêteurs sont déterminés à poursuivre l'interrogatoire d'Abdelkader pour savoir notamment s'il a apporté une aide financière ou logistique à Mohamed.

Le tueur a dit dans les discussions qu'il a menées avec les négociateurs du Raid avant de mourir qu'il aurait acheté ses armes "grâce à des cambriolages ou des hold-up qu'il faisait pour se procurer de l'argent", a indiqué samedi à à la chaîne de télévision BFM-TV le coordinateur national du renseignement, Ange Mancini.

"Ce sont des armes qu'il dit avoir achetées, et je pense que c'est vrai, il les aurait payées 20.000 euros (26.000 dollars ndlr)", a-t-il expliqué. "Les armes, elles aussi, vont parler. On aura petit à petit des éléments qui vont accréditer ou infirmer ces déclarations", a ajouté M. Mancini.

A l'inverse d'Abdelkader, la garde à vue de la mère du tueur, Zoulika Aziri, qui avait débuté mercredi, a été levée vendredi soir, a-t-on appris samedi de source judiciaire.

Alors que le pouvoir et la police française doivent depuis plusieurs jours faire face aux critiques sur les failles de la surveillance antiterroriste et sur les conditions de l'assaut, le président Nicolas Sarkozy a convoqué samedi une réunion sur les questions de sécurité.

Le Premier ministre, les ministres de l'Intérieur et de la Justice, ainsi que les directeurs de la police nationale, des renseignements intérieurs (DCRI) et extérieurs (DGSE) participaient à cette réunion.

Selon un sondage Ifop à paraître dans le journal Dimanche Ouest France, 53% des Français estiment que la menace terroriste est élevée, mais ce résultat est parmi "les plus bas enregistrés" depuis que l'institut de sondage pose cette question aux Français en octobre 2001.

VIDÉO: L'intérieur de l'appartement de Merah filmé juste après le raid