Grève étudiante: la ministre Beauchamp resserre l'étau, les étudiants persistent

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LINE BEAUCHAMP MENACE ETUDIANTS
La balle est maintenant dans le camp des étudiants, a dit Mme Beauchamp. (PC) | PC

QUÉBEC - La grande démonstration de solidarité étudiante contre la hausse des droits de scolarité jeudi à Montréal n'a pas fait dévier d'un iota la trajectoire de la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp.

Au contraire, la ministre a resserré l'étau vendredi, évoquant les lourdes conséquences encourues par les étudiants s'ils poursuivent le boycott de leurs cours.

«À ce moment-ci, il faut que les étudiants comprennent que la perturbation sera avant tout dans leur vie. Boycotter ses cours, c'est choisir de perturber sa propre vie, ça va vouloir dire un prolongement de la session, la reprise des cours, possiblement des cours de soir», a-t-elle brandi.

En conséquence, la balle est dans le camp des associations étudiantes, a affirmé Mme Beauchamp dans une entrevue à La Presse Canadienne. Sans leur fixer une date butoir, la ministre a prévenu les étudiants qu'ils auront un choix crucial à faire d'ici les prochains jours s'ils veulent éviter de «perturber leur vie».

«La décision est entre les mains des étudiants. Il y a beaucoup de votes (sur la poursuite de la grève) qui vont devoir se prendre aujourd'hui (vendredi), lundi, mardi, mercredi, jeudi, et je souhaite que ce soit des votes secrets et que les débats se fassent au sein de la communauté étudiante au cours des prochains jours», a-t-elle dit.

Parce que les positions sont irréconciliables et que la décision de hausser de 1625 $ les droits de scolarité sur cinq ans «est prise», il n'y aura pas de négociations avec les étudiants, a aussi statué Mme Beauchamp.

«Les associations étudiantes défendent deux options: l'une veut discuter de la gratuité complète, l'autre veut le gel et faire assumer la facture par d'autres. C'est un peu du 'pas dans ma cour' et ça, ça ne peut pas être une position de discussion», a-t-elle soulevé.

Qu'il y ait eu 100 000 ou 200 000 manifestants dans les rues jeudi ne change rien à la nécessité de relever la part du financement assurée par les étudiants, selon la ministre.

Elle se réjouit que la grande manifestation se soit déroulée sans anicroches mais refuse d'y voir un événement «historique» ou encore l'expression d'un quelconque «Printemps québécois».

«C'est une mobilisation importante, mais elle a réuni les joueurs que l'on voit traditionnellement. Le mouvement étudiant aux côtés des alliés syndicaux, du Parti québécois et de Québec solidaire, on savait que ça allait entraîner ce genre de mobilisation», a-t-elle dit.

De leur côté, les organisateurs ont salué «le caractère pacifique» de la manifestation de jeudi. Ils ont néanmoins lancé un avertissement: la situation pourrait s'envenimer si le gouvernement continue à faire la sourde oreille.

«Je pense qu'il y a des dangers que ça pète, oui, surtout si le gouvernement maintient la ligne dure pour la prochaine semaine», a dit le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin.

«À un moment donné, ça va devenir une véritable crise sociale. Les gens vont manifester à tous les jours, ils vont perturber les bureaux de députés et je n'aurai plus aucun contrôle», a-t-il ajouté.

Pour sa part, la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, a invité la ministre de l'Éducation à saisir la main tendue par la foule de manifestants.

«On attend que le gouvernement fasse aussi preuve de responsabilité et demande une table de discussion avec les étudiants. Il est plus que temps qu'on règle ce conflit-là, parce que du côté des étudiants, on va se montrer de plus en plus déterminés. Ce n'était que le début de la mobilisation», a-t-elle lancé.

L'absence d'ouverture affichée par la ministre au lendemain de cette démonstration d'unité du mouvement étudiant n'a pas surpris outre mesure le coporte-parole de la Coalition large pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), Gabriel Nadeau-Dubois.

«C'est certainement décevant, c'est très décevant. C'est très provocant comme attitude, mais ce n'est pas surprenant. C'est l'attitude qu'a la ministre depuis le début de cette grève, elle fait comme si tout allait bien alors qu'il y a la moitié du système d'éducation post-secondaire québécois qui est en paralysie totale», a-t-il affirmé.

Et si Mme Beauchamp a ressenti vendredi le besoin de rappeler que la grève aurait des conséquences sur le déroulement des sessions au cégep et dans les universités, c'est essentiellement parce qu'elle a été poussée dans ses derniers retranchements, estime M. Nadeau-Dubois.

«Les gens qui ont voté la grève connaissaient très bien ces risques-là (...) Ça me semble être une tentative désespérée, encore une fois, de saboter ce mouvement de grève», a-t-il suggéré.

À en croire les trois leaders étudiants, la mobilisation étudiante semble vouloir se poursuivre de plus belle.

En plus de manifestations prévues le 27 mars (à Montréal et en régions) et le 4 avril (dans la circonscription de Sherbrooke, celle du premier ministre Jean Charest), les moyens d'action à venir cibleront les députés libéraux qui ont été élus de justesse dans une dizaine de circonscriptions du Québec, ont annoncé vendredi la FECQ et la FEUQ.

La CLASSE doit quant à elle déterminer quelles seront les prochaines étapes de sa stratégie au cours d'un congrès qui se tiendra au cégep Édouard-Montpetit ce week-end.