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Des milliers de Yéménites demandent que l'ancien président Saleh soit jugé

23/03/2012 05:58 EDT | Actualisé 23/05/2012 05:12 EDT

SANAA, Yémen - Des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues de plusieurs villes du Yémen, vendredi, pour demander que l'ex-président ne bénéficie plus de l'immunité et soit jugé pour la mort de manifestants durant le soulèvement.

L'ancien président Ali Abdallah Saleh, qui a dirigé le Yémen pendant 33 ans, a quitté le pouvoir le mois dernier dans le cadre d'un accord appuyé par les États-Unis qui lui a accordé l'immunité judiciaire en échange de sa démission. Les observateurs s'attendaient à ce qu'il quitte le pays ensuite, mais il est toujours au Yémen.

L'accord de transfert du pouvoir a aussi donné au parti de M. Saleh la moitié des postes dans le nouveau gouvernement. Les opposants estiment que cela lui permet d'interférer dans les activités du gouvernement par le biais de ministres qui lui sont fidèles et d'alliés qui détiennent encore des postes de haut niveau dans l'armée.

Les manifestations se sont poursuivies après la démission de M. Saleh, les manifestants dénonçant l'immunité dont il bénéficie et exigeant qu'il soit jugé. Selon les autorités, au moins 2000 personnes ont été tuées pendant le soulèvement.

Vendredi, certains manifestants portaient des pancartes où l'on pouvait voir l'ex-président avec un faux nez attaché autour du cou. Les manifestants ont réclamé justice pour leurs compatriotes tués dans la répression des forces de l'ordre.

La poursuite des manifestations reflète la frustration grandissante des Yéménites, qui estiment que leur soulèvement, inspiré du Printemps arabe, n'a pas atteint ses objectifs même si un nouveau président a été nommé.

Lors du rassemblement vendredi à Sanaa, la capitale, le militant Abdel-Hadi al-Azazi a déclaré qu'Ali Abdallah Saleh tentait toujours «de saboter la révolution».

L'opposition estime aussi que le nouveau gouvernement est incapable d'empêcher Al-Qaïda de gagner du terrain dans le sud du pays. La filiale yéménite du réseau terroriste est considérée par Washington comme la frange la plus menaçante d'Al-Qaïda, après ses tentatives répétées de mener des attentats sur le territoire américain. Les militants islamistes ont profité de l'instabilité créée par le soulèvement pour prendre de la force et se sont emparés de plusieurs villes du sud du pays.

Des politiciens de l'opposition ont aussi accusé des partisans d'Ali Abdallah Saleh d'être responsables des récentes coupures d'électricité dans le pays. Vendredi, le ministère de l'Électricité a diffusé un communiqué accusant des membres de tribus dans les zones contrôlées par la garde républicaine, dirigée par l'un des fils de M. Saleh, d'avoir saboté des centrales électriques.

L'hebdomadaire «Al-Madr» a rapporté jeudi que la garde républicaine avait empêché des camions qui transportaient du carburant d'entrer dans la capitale au cours des derniers jours et a publié des photos montrant les camions bloqués au bord de la route.

L'ambassade des États-Unis à Sanaa a diffusé un communiqué notant une «détérioration de la coopération politique» au Yémen, affirmant qu'aucun parti ne devait empêcher la mise en application de l'accord qui a mené au départ de M. Saleh. Le communiqué a été perçu comme avertissement voilé à l'ancien président.

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