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Toulouse: le suspect Mohamed Merah est mort

22/03/2012 06:13 EDT | Actualisé 22/05/2012 05:12 EDT
AFP

TOULOUSE (France), 22 mars 2012 (AFP) - Le jeune Français suspecté d'avoir abattu sept personnes dans le sud-ouest de la France en se réclamant d'Al-Qaïda, est mort jeudi matin lors d'un assaut de la police après des fusillades nourries à l'issue d'un siège de 32 heures autour de son immeuble.

Le dénouement est intervenu jeudi vers 11h30 après un siège entamé la veille à 03h00 autour de l'appartement toulousain où Mohamed Merah, 23 ans, s'était retranché, selon lui muni de nombreuses armes.

Après des heures d'attente, la fin s'est déroulée très vite: vers 11H00 trois détonations ont retenti, puis quelques minutes après les policiers du Raid (unité d'élite de la police) ont pénétré à l'intérieur de l'appartement où ils ont progressé "pas à pas", selon une source proche de l'enquête.

L'ancien délinquant devenu l'auteur proclamé de l'assassinat de trois militaires et de quatre juifs a résisté. Plusieurs rafales de tirs très nourries ont été entendues -- 300 cartouches au total. Finalement, le suspect "a sauté par la fenêtre une arme à la main, en continuant de tirer. Il a été retrouvé mort au sol", a raconté le ministre de l'Intérieur Claude Guéant.

Dans la fusillade, un policier a été blessé, selon une source policière.

Dans les dernières heures de cette longue guerre d'usure que les autorités entendaient gagner en capturant le suspect vivant, les policiers s'étaient demandé s'il vivait "encore", car "aucun contact" n'avait plus été établi dans la nuit.

Le gouvernement le voulait vivant

"Nous avons une priorité, qu'il puisse se rendre, pour le livrer à la justice, et donc le prendre vivant", avait répété jeudi matin M. Guéant. Après avoir dit à deux reprises mercredi qu'il entendait se rendre et accepté de parler avec les policiers, il était ensuite entré dans une "logique de rupture" et avait même déclaré "vouloir mourir les armes à la main", avait ajouté le ministre.

Au cours de cette longue nuit de siège, à intervalles réguliers les policiers ont fait détoner de puissantes charges auprès de ses fenêtres dans l'intention évidente de l'empêcher de dormir et d'ébranler sa résilience. Au même moment, un faisceau lumineux balayait la façade du bâtiment où la police a fait couper l'eau, le gaz et l'électricité. Mercredi le Raid avait tenté en vain à plusieurs reprises d'entrer dans l'appartement et deux autres policiers avaient été blessés.

Mohamed Merah a revendiqué dans des discussions avec les policiers être l'assassin entre le 11 et le 19 mars à Toulouse et Montauban (sud-ouest) de trois militaires d'origine maghrébine, de trois enfants de 4, 5 et 7 ans et d'un professeur dans une école juive. Il projetait encore d'assassiner deux policiers et un militaire dès mercredi, selon le procureur le procureur de Paris François Molins.

Des crimes qualifiés d'"exécution terroriste" par le président Nicolas Sarkozy.

Les obsèques militaires des trois militaires se sont déroulées mercredi à Montauban en présence du président français Nicolas Sarkozy et d'autres candidats à la présidentielle d'avril et mai dont le socialiste François Hollande.

Les corps des victimes de l'école juive, dont trois avaient la double nationalité franco-israélienne, ont été transportés en Israël où elles ont été inhumées.

S'épanchant volontier, le suspect a affirmé "être un moudjahidine, appartenir à Al-Qaïda et avoir voulu venger les enfants palestiniens autant qu'avoir voulu s'en prendre à l'armée française" du fait de sa présence en Afghanistan, selon Claude Guéant. Il entendait aussi punir la France pour sa loi interdisant le port public du voile islamique intégral.

Ce jeune Français d'origine algérienne se serait radicalisé dans les milieux salafistes et à la faveur de deux séjours en Afghanistan et au Pakistan. Lors des discussions avec les policiers, il s'est vanté d'avoir été formé par Al-Qaïda et a affirmé avoir accepté une mission pour le réseau en France et d'avoir "toujours agi seul".

"Aucun regret"

Capable de rester enfermé chez lui à regarder des scènes de décapitation, il n'a exprimé "aucun regret", sinon de "ne pas avoir fait plus de victimes".

Si aucun élément n'a permis de le rattacher à une organisation quelconque en France selon le procureur, les enquêteurs devraient beaucoup s'intéresser à ses fréquentations. Parmi les gardés à vue, son frère Abdelkader, 29 ans, avait été inquiété dans une filière d'acheminement de jihadistes en Irak.

La controverse a commencé à apparaître sur une faille dans la surveillance des réseaux islamistes radicaux par le renseignement français. Selon M. Guéant lui-même, Mohamed Merah était suivi depuis des années. En novembre 2011, il avait été convoqué par le renseignement intérieur à Toulouse pour s'expliquer sur ses séjours en Afghanistan et au Pakistan.

"Je comprends qu'on puisse se poser la question de savoir s'il y a eu une faille ou pas. Il faut faire la clarté là-dessus", a reconnu le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé.

M. Guéant a défendu le travail des enquêteurs en affirmant que "manifester des opinions salafistes ne suffit pas à déférer à la justice". "Dans le parcours des salafistes toulousains comme dans celui de Mohamed Merah, jamais n'est apparue une tendance criminelle", a-t-il insisté en soulignant également la difficulté de lutter contre "un individu isolé".

Après l'assassinat des trois parachutistes, les 11 et 15 mars, les policiers ont recoupé leurs listes d'individus à surveiller avec des renseignements recueillis au cours de l'enquête. Mais les enquêteurs n'ont pu l'identifier et le localiser avec certitude que mardi.

Les services de renseignement occidentaux estimaient récemment à quelques dizaines ces jeunes jihadistes de retour des zones troublées à la frontière du Pakistan et de l'Afghanistan, dont quelques-uns en France où les dernières attaques islamistes remontent à la vague d'attentats à la bombe de 1995.

La presse française s'accordait jeudi pour dire que la dérive meurtrière de Mohamed Merah était un défi pour la classe politique française en pleine campagne présidentielle et qu'il y aura un avant et un après Toulouse.

Dès mercredi soir, la campagne a repris sur un ton virulent, le parti de Nicolas Sarkozy accusant le socialiste François Hollande et la candidate du Front national Marine Le Pen de vouloir "instrumentaliser" ces tueries.

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