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Tuerie à Toulouse: le suspect voulait «tuer encore»...

21/03/2012 10:45 EDT | Actualisé 21/05/2012 05:12 EDT
AFP/Getty Images

TOULOUSE, France, 21 mars 2012 (AFP) - La France attendait mercredi l'arrestation du suspect des tueries visant des militaires et des juifs dans le sud-ouest, un jeune Français d'origine algérienne cerné par la police, qui se réclame du jihad et préparait apparemment de nouveaux crimes.

Le président Nicolas Sarkozy, en déplacement sur les lieux à Toulouse (sud-ouest), a affirmé aux représentants des communautés religieuses que le suspect "avait déjà un plan pour tuer encore", dès mercredi matin, a rapporté une représentante de la communauté juive.

Mohamed Merah, 23 ans, est l'auteur présumé de sept assassinats, ceux de trois militaires et de quatre juifs, dont trois enfants, lors de trois attaques dans la région de Toulouse. Selon une source proche de l'enquête, c'est un militaire qui devait être la nouvelle cible du tueur en série.

Le suspect "revendique être un moudjahidine, appartenir à Al-Qaïda et avoir voulu venger les enfants palestiniens autant qu'avoir voulu s'en prendre à l'armée française", a dit le ministre de l'Intérieur Claude Guéant.

Deux policiers ont été blessés au cours de l'opération des unités d'élite de la police qui a commencé vers 03H00 (02H00 GMT) dans un quartier résidentiel de Toulouse, et était toujours en cours en début d'après-midi.

Mohamed Merah, retranché dans son appartement au premier étage d'un petit immeuble, a fait savoir aux policiers qu'il disposait de nombreuses armes mais qu'il se rendrait "dans l'après-midi", selon le ministre de l'Intérieur.

Claude Guéant a précisé qu'il faisait partie des quelques jeunes Français radicalisés qui ont effectué des séjours en Afghanistan et au Pakistan.

Des "explosifs" ont été trouvés lors de perquisitions dans la voiture de l'un des frères de Mohamed Merah interpellé mercredi matin et "engagé lui aussi dans l'idéologie salafiste", selon une source policière.

Nicolas Sarkozy avait réuni dans la matinée à Paris les représentants des grandes religions de France, dont les juifs et les musulmans. "J'ai tenu à les réunir ensemble pour montrer que le terrorisme ne parviendra pas à fracturer notre communauté nationale", a-t-il déclaré.

Les autorités musulmanes, comme celles du judaïsme, ont immédiatement rejeté tout amalgame entre l'islam et ces crimes. "Ces actes sont en contradiction totale avec les fondements de cette religion", a assuré Mohamed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman (CFCM).

La France compte les plus fortes communautés juive et musulmane en Europe, avec respectivement plus de 500.000 et plus de 4 millions de membres.

-La police "certaine" de tenir le coupable-

Le ministre de l'Intérieur s'est dit "certain" que le suspect est bien le coupable de la série d'assassinats commis le 11, le 15 et le 19 mars, qui ont bouleversé la France.

Trois enfants juifs et un professeur de religion ont été exécutés par ce tueur en série lundi dans des conditions effroyables, à l'école Ozar Hatorah de Toulouse. Les corps des victimes, dont trois avaient la double nationalité franco-israélienne, ont été transportés en Israël.

Jonathan Sandler, 30 ans, professeur de religion juive, ses deux fils Arieh, 5 ans, et Gabriel 4 ans, ainsi que la petite Myriam Monsonego, 7 ans, étaient inhumés mercredi matin dans le plus grand cimetière de Jérusalem, Har Hamenouhot (Mont du repos), dans le quartier de Givat Shaoul.

Les 11 et 15 mars, le tueur en série présumé avait abattu trois militaires français, tous trois d'origine maghrébine, à Toulouse puis à Montauban, une ville voisine.

Les obsèques de ces trois hommes, Imad Ibn Ziaten, Mohamed Legouade et Abel Chennouf, ont été célébrées dans l'après-midi à Montauban, en présence de Nicolas Sarkozy, du Premier ministre François Fillon et d'une partie de la classe politique française. Ils ont été victimes d'une "exécution terroriste", a dit le président français, affirmant que le tueur voulait "mettre la République à genoux".

Pour chacun de ces crimes, le tueur s'était déplacé sur un gros scooter puissant de marque Yamaha. A chaque fois, il avait utilisé une arme de calibre 11,43 mm.

"C'est quelqu'un qui a des attaches avec des personnes qui se réclament du salafisme et du jihadisme", a dit M. Guéant, soulignant qu'il avait deux séjours en Afghanistan et Pakistan dans le passé. Il avait été arrêté en Afghanistan pour des faits de droit commun à Kandahar, le berceau des talibans, selon une source proche de l'enquête.

-Suivi depuis des années par les services français-

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Mohamed Merah "était suivi depuis plusieurs années par la DCRI", les services du renseignement intérieur français, "mais jamais aucun élément de nature à (faire) penser qu'il préparait une action criminelle n'était apparu", a confié le ministre de l'Intérieur.

Claude Guéant a précisé qu'il avait commis dans le passé en France "plusieurs actes de délinquance, une petite dizaine, parfois avec violences".

Il a précisé que le tueur présumé appartenait à un petit "groupe idéologique" de Toulouse. "Ce n'est pas un groupe qui ait jamais semblé prêt à passer à des actes criminels", a-t-il insisté.

Les services occidentaux estimaient récemment à quelques dizaines ces jeunes jihadistes de retour des zones troublées à la frontière du Pakistan et de l'Afghanistan, dont quelques-uns en France. Le passage à l'acte de la part de ces individus a toujours été considéré comme la principale menace constituée par ces jihadistes.

L'école Ozar Hatorah de Toulouse, visée lundi par la pire attaque antisémite en France depuis 30 ans, rouvrait mercredi ses portes. Les parents d'élèves se disaient "soulagés" de savoir le suspect assiégé par la police mais attendaient son arrestation, leur "délivrance".

Même soulagement pour les proches des militaires. "Je l'avais dit au chef du corps où exerçait mon petit, que j'étais confiant, qu'on allait lui mettre la main dessus cette semaine (...) C'est fait et j'en suis soulagé", a commenté le père d'Abel Chennouf, l'un des trois parachutistes assassinés.

Mais l'identité du suspect et sa revendication d'appartenance à Al-Qaïda a immédiatement alimenté le débat politique et la campagne pour l'élection présidentielle, mise en grande partie entre parenthèses depuis lundi.

Pour la candidate de l'extrême droite, Marine Le Pen, "le risque fondamentaliste a été sous-estimé dans notre pays".

"Des groupes politico-religieux se développent face à un certain laxisme. Il faut maintenant mener cette guerre contre des groupes politico-religieux fondamentalistes qui tuent nos enfants chrétiens, nos jeunes hommes chrétiens, nos jeunes hommes musulmans et les enfants juifs il y a deux jours", a-t-elle affirmé.

Par Alexandre PEYRILLE

Fusillade devant une école juive de Toulouse